mercredi 6 mai 2015

L'ÉPREUVE, AVEC JULIETTE BINOCHE: LES RISQUES DU MÉTIERS







Certains risquent leur vie pour une photo. C'est ce que fait Rebecca. Dans une réalisation nerveuse qui dit l'urgence d'une course contre la mort, Erik Poppe nous plonge dans le dilemme d'une femme, tiraillée entre son métier de photographe de guerre et sa vie familiale.

Luc Besson, dans The Lady, avait évoqué la vie de Aung Suu Kyi sous cet angle.



Le cinéaste avait choisi de montrer à la fois son engagement politique pour la Birmanie et son amour pour son mari et ses fils, éternellement inquiets pour cette femme courageuse.

Juliette Binoche incarne avec passion cette photographe pleine de colère face aux injustices du monde, et qui tente de les dénoncer en braquant son objectif sur les horreurs dont elle témoigne.




Ils mitraillent, elle mitraille.

Ils tirent dans le tas, elle vise mieux qu'eux.

Ils tuent, elle immortalise.


Erik Poppe rend fort bien le génie de Rebecca et son sens de la lumière, du cadrage, le choix magnifique des sujets, des points de vue.

On se demande pourquoi le film, sorti en 2013, a mis tant de temps à nous parvenir. On se demande aussi pourquoi la presse l'a démoli.

Il y a des instants d'émotion, mais qui ne tombent jamais dans le pathos. La famille morte d'inquiétude, cela pourrait être la nôtre pour peu que notre mère soit au combat.

Le mari amoureux et bouffé d'angoisse (excellent Nikolaj Coster Waldau) pourrait être tout homme pensant à son épouse sur le champ de bataille, et qui la souhaite, comme tant d'autres, auprès de lui dans une vie paisible. Steph (étonnante Lauryn Canny) pourrait être n'importe quelle adolescente tremblant pour sa mère en danger.

Le titre original, Mille Fois bonne nuit, ne rend pas service au film, et lui donne une dimension gnan-gnan qu'il ne possède pas du tout.

Le génie du film de Erik Poppe est de nous faire saisir le point de vue de chacun: l'angoisse de la famille, la passion de la journaliste.

Comment fait-on si l'on a son métier dans les tripes ? Si risquer sa vie fait, peut-être, partie du plaisir ?

Rebecca est une femme engagée. Elle montre ce que nous autres refusons de voir.




Elle trouve de la beauté dans l'insoutenable.





Rebecca me fait penser à ceux qui sont derrière l'objectif.

On se rappelle les photos. Mais leurs auteurs ?

Savez-vous qui a photographié ceci ?




Ou ceci ?



J'ai peu de réponses, mais beaucoup de questions.

Combien de vies Rebecca sauve-t-elle en risquant la sienne ?

Aurai-je un jour ce courage-là ?

Est-ce que je sentirai cette urgence de montrer, d'aller sur place et prendre un vrai risque ?

Ou serai-je parmi tous les autres, qui sursautent face à ces images devant leur café du matin, mais pensent bien vite à l'école des enfants, au prix de l'essence, au nombre d'invités le soir de Noël ?



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !