vendredi 29 mai 2015

TOKYO TRIBE (TOKYO TORAIBU): LE DÉLIRE MUSICAL DE SION SONO




Par Lucas

Tokyo Tribe, OVNI musical



La projection d'un film de Sion Sono au cinéma est toujours un événement exceptionnel. Réalisateur japonais atypique, il s'est forgé une réputation au fil des années, notamment auprès de cinéphiles aventureux capables d'accepter... des OVNIS, des films en décalage complet avec ce que l’œil occidental est habitué à voir. 





C'est grâce à des films comme Love Exposure (2008), film-fleuve de 4 heures totalement fou, Guilty of Romance, sorti en 2011 et présenté à la Quinzaine des réalisateurs à l'époque, que l'on a découvert Sion Sono. Land of Hope (2012), évoque la catastrophe de Fukushima, événement qui a durablement marqué son œuvre. Why Don't you Play in Hell ? a été présenté pour la première fois en 2013 à la Mostra de Venise, et il est sorti il y a quelques mois seulement en France.



Un événement du festival Hallucinations Collectives


Peu projetée en salle, car totalement trash, underground et hardcore, sa filmographie sort, le plus souvent, directement en DVD. D'où l'importance de la projection de Tokyo Tribe (2014) pour la première fois en version originale sous-titrée français, lors du dernier festival Hallucination collective à Lyon.

Affiche du festival Hallucinations collectives de Lyon 2015


Tokyo Tribe adapte le manga éponyme : il s'agit d'une guerre des gangs sous forme de comédie musicale. Le casting est composé des principaux rappeurs japonais, dans une ambiance ghetto post-apocalyptique (ou post-nucléaire, au choix.) 


Un film délirant 


L'ensemble, d'un point de vue formel, est assez délirant. Sans aucune pause, (hormis deux ou trois silences bénis) Sion Sono inonde le spectateur de cris, de hurlements, de sons, de cliquetis, d'instruments et de cordes vocales maltraités. 

D'une esthétique glauque, le film laisse sans voix tout du long, enchaînant les prestations improbables de personnages hauts en couleur. 

Nous retrouvons, entre autres, Riki Takeuchi, qui jouait dans les Dead or Alive (1999, 2000 et 2002) de Takeshi Miike. Il incarne particulièrement bien son rôle de chef de gang baraqué, hystérique et ultra-violent. Son énorme globe doré "Fuck da world" rappelle la devise de Scarface, "the world is ours" (le monde est à nous.)

Le véritable reproche que l'on peut faire au film concerne un problème de fond. Tokyo Tribe est un film de commande: Sion Sono n'avait pour mission que d'adapter un manga populaire pour faire un max d'entrées en profitant des vacances scolaires au Japon. S'ensuit une production qui, contrairement à ses autres œuvres, sonne plus creux.


Un spectacle jamais vu ailleurs



Mais le véritable tour de force du film réside dans sa forme. La réalisation touche au grand art: le plan-séquence d'introduction, entièrement réalisé à la grue, est brillant. Tout commence par le slam de l'un des personnages, qui introduit l'univers d'une bien belle manière.


Tokyo Tribe résume bien le talent de Sion Sono : la réalisation est maîtrisée, unique, le cinéaste japonais nous offre du grand spectacle, impossible à voir ailleurs. Profitons-en pour saluer le travail titanesque de Wild Side, qui a sous-titré le film en français du premier au dernier vers, restituant au mieux les raps et autres chansons interprétés par les différents artistes.

Spectaculaire, superbe visuellement et rythmé dans tous les sens du terme, Tokyo Tribe vous laissera K.O.

En plus, il sort en DVD pour la rentrée...


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