mardi 2 juin 2015

KURT COBAIN, MONTAGE OF HECK: ENFER ET NIRVANA






La Philarmonie m'a mise d'humeur rock cette semaine.






J'ai passé un temps infini à l'expo qui rendait hommage à mon musicien favori et qui s'est terminée le 31 mai.

Émue en écoutant la voix qui me suit depuis mon enfance, j'ai visité l'expo comme on s'abreuve à une oasis dans le désert. J'ai tout bu: les costumes, les vidéos, le moindre commentaire, la moindre anecdote.

J'ai eu les larmes aux yeux devant le brouillon des paroles de Five Years et Starman.

L'expo s'est beaucoup concentrée sur les années Stardust, à mon grand plaisir, mais ne s'est pas penchée sur le phénomène de double personnalité de Bowie, qui s'est pris, pendant un temps, pour son personnage.


De David Bowie à Kurt Cobain


L'expo n'a pas mentionné non plus les passages de Bowie au cinéma, et c'est fort dommage. J'ai déjà parlé de Labyrinthe. Un petit clin d’œil à Furyo ou à L'Homme qui venait d'ailleurs aurait été bienvenu.

En vérité, le meilleur film sur Bowie s'est fait sans lui.

L'artiste a hélas refusé de participer à la création du film Velvet Goldmine (Todd Haynes, 1998) qui lui rend pourtant hommage de manière explicite. Il souhaitait, selon la rumeur, réaliser son propre film. 


Velvet Goldmine est une odyssée glam-rock, qui fantasme une amitié entre Brian Slade (alter-ego de Bowie) et un certain Curt Wild... alias Kurt Cobain. 


Kurt Cobain, Montage of Heck a été présenté au festival Sundance 2015, et il est sorti en France, mais pour un jour seulement: le 4 mai dernier. C'est regrettable, car de nombreux fans auraient aimé découvrir sur grand écran ce documentaire de 2h10 sur une figure emblématique du grunge. 





Cobain est mort à 27 ans. Parce qu'on ne revient jamais après le saut final, il ne pourra pas nous dire ce qui s'est passé le 5 avril 1994. J'avais 12 ans quand Cobain est mort, et je ne savais rien de lui ni de ses chansons. C'est à 17 ans que j'ai découvert "Smells Like a Teen Spirit." À 12 ans, j'avais entendu qu'un chanteur de rock très aimé s'était mis une arme dans le bouche, et que des fans, par désespoir, avaient fait le même geste. 


Avec Kurt Cobain, Montage of Heck, Brett Morgen ne tombe pas dans le travers complotiste. Il appuie même clairement la version officielle, en présentant un musicien tourmenté par la question du suicide depuis son adolescence. 



Avant Montage of HeckAbout a Son 


Un autre documentaire s'était penché sur Kurt Cobain en 2006: About a SonPlus de 20 ans après la mort du chanteur, le réalisateur AJ Schnack proposait une longue interview où Cobain évoquait sa vie, son enfance, ses douleurs. Il indiquait, comme dans une prémonition en fin de film, que ses fréquentes douleurs à l'estomac lui avaient souvent donné l'envie de mettre fin à ses jours. 


Les deux films se rejoignent sur une chose: très marqué par le divorce de ses parents, Kurt aurait préféré vivre avec sa mère plutôt qu'avec son père et sa belle-mère. 


L'originalité de About a Son réside dans sa bande-originale: on pouvait s'attendre à une orgie de chansons de Nirvana. Eh bien pas du tout. Tous les morceaux étaient de ceux qui ont pu influencer l'artiste, sans jamais être les siens, à part "The Man Who Sold the World," repris par Nirvana, et écrit à l'origine par un certain... Bowie. 





Le générique de About a Son, c'est la chanson de Arlo Guthrie, chanteur des années Woodstock, "The Motorcycle Song." Les paroles résonnent ironiquement avec le destin de Cobain: 


I don't want to die 
Just wanna ride on my motorcycle  
(Je ne veux pas mourir, juste chevaucher ma moto) 

La chanson de Queen quand Cobain évoque sa brouille avec son père remplit le même rôle: 



It's late, it's late, it's late 
But not too late 

(Il est tard... mais pas trop tard) 


Le défaut de About a Son est aussi son intérêt: on n'entend, pendant 1h30, rien d'autre que la voix de Cobain. Il s'agit moins d'un documentaire que d'une autobiographie posthume, une voix d'outre-tombe qui nous conterait son histoire.

Montage of Heck: sacré montage




Montage of Heck, au contraire, multiplie les voix et les images.

Il commence comme un sage docu, avec des témoignages des proches de Cobain.

Puis le docu se transforme, dans ses meilleurs passages, en film d'animation, comme pour The Wall d'Alan Parker, qui a adapté en clip géant l'album phare des Pink Floyd.





Le montage de Brett Morgen est intéressant et très bien  pensé, mais finit par fatiguer sur 2h10 de film. Le docu insiste trop sur les notes suicidaires de Cobain dans ses journaux intimes. On se perd un peu dans ce flot d'informations et ce montage nerveux.

Les images intimes de Kurt et Courtney Love sont touchantes mais anecdotiques.

Restent les reprises audacieuses de "Smells Like teen spirit," version violons dans une scène d'animation, version chœur dans un passage onirique.




Comme dans About a Son, la bande-originale correspond à merveille à ce qui est dit.


Il donne aussi une image positive de Courtney Love, quand bien des fans de Cobain s'en sont pris à elle après la mort de son compagnon.

Le montage de Brett Morgen, là aussi, est judicieux: il enchaîne les images heureuses de Kurt, Courtney et leur fille Frances, et Courtney Love aujourd'hui, encore belle, cigarette au bec, qui se souvient avec émotion de son amour perdu.

Le mystère Cobain reste entier



Montage of Heck évite l'hagiographie. S'il est un peu long et répétitif, il demeure d'une grande beauté formelle, innovant dans son montage et le choix de sa BO, uniquement de Nirvana, cette fois.



Cobain disait à juste titre, pendant l'interview diffusée dans About a Son, qu'on lui parlait beaucoup de sa vie intime, mais finalement assez peu de musique. Voilà le défaut que je reproche aux deux films: aucun n'analyse comment Cobain a changé la face du rock. Aucun n'explique la différence entre rock et grunge. Aucun ne pose la question, pourtant évidente, de la source de son inspiration et des artistes qu'il admire.


Je n'ai jamais vu Cobain en concert, il est parti trop tôt. Il restera pour moi un mystère. About a Son et Montage of Heck apportent des pièces au puzzle, mais il en manque tant...

À croire que l'on ne percera jamais le mystère de ce jeune homme débordant de bruit et de fureur.








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