lundi 20 juillet 2015

LES OISEAUX: HITCHCOCK, CORBEAU MAGNIFIQUE





Bientôt en réédition, le classique d'Hitchcock ! De quoi se réjouir, et proposer, pour l'occasion, une analyse détaillée du film.

Les Oiseaux, sorti en 1963 se déroule à San Francisco puis Bodega Bay, une île à 60 km de là. Dans cette île vont se produire des événements étranges: une série d'attaques d'oiseaux devenus soudainement agressifs envers les habitants de l'île.

Pourtant, les premiers oiseaux auxquels on s'intéresse dans le film, ce sont ceux-là. 




Pas vraiment terrifiants ? Normal, ce sont des tourtereaux, appelés en anglais "lovebirds," oiseaux de l'amour.


Oiseaux d'amour, oiseaux de mort


Mitch, joué par Rod Taylor, souhaite offrir des tourtereaux à sa petite sœur pour son anniversaire. Quand il entre dans la boutique d'animaux, cependant, il ne demande pas conseil à une vendeuse, mais à une cliente, Melanie Daniels, incarnée par Tippi Hedren. On assiste donc à une scène de drague, où les personnages eux-mêmes apparaissent comme des tourtereaux.



Pendant la scène, on entend les cris des oiseaux qui noient presque le dialogue du couple. Ce parallèle entre les volatiles et le couple est essentiel. Le suspense des Oiseaux, c'est aussi cette tension sexuelle qui va crescendo entre l'homme et la femme. Eros (les tourtereaux) et Thanatos (les corbeaux, oiseaux de mort) se prennent le bec pendant tout le film.

La jeune femme sera séduite par le dragueur invétéré, au point de commander des tourtereaux à la boutique, et de les livrer elle-même à Mitch en se tapant les 60 bornes en voiture.





Hitchcock préfère les blondes


Le mot bird désigne aussi la femme, en argot : le terme est connoté négativement quand on parle de la petite amie de quelqu'un ou d'une jeune fille légère. Il qualifie, plus généralement, une jolie femme.



L'oiseau rare d'Hitchcock, c'est l'actrice Tippi Hedren, qu'il a révélée et dont il était très amoureux, au point de la harceler pour en faire sa compagne.

Rétrospectivement, on peut se demander si le cinéaste n'a pas ressenti un certain plaisir à torturer son héroïne, en la punissant, par le biais des attaques d'oiseaux, du désir qu'elle inspirait au hommes et de son attirance pour eux.




Ce n'est pas la première fois que le cinéaste torture une beauté blonde et froide à l'écran. Dans Psychose, il tue son héroïne au bout de 30 minutes, dans La Mort aux trousses, il manque de la faire tomber du Mont Rushmore, et, dans Le Crime était presque parfait, il met en scène sa tentative d'assassinat.

C'est justement Grace Kelly, actrice principale du Crime était presque parfait, que Hitchcock voulait engager pour le rôle de Melanie dans Les Oiseaux. La princesse de Monaco, alors à la retraite de sa carrière de cinéma, ne s'est pas laissée convaincre.

Il avait également pensé à Carol Lynley, qui se consolera deux ans plus tard, dans un autregrand film à suspense, Bunny Lake a disparu, de OttoPreminger.






Des corbeaux et des mouettes


Dans Les Oiseaux, Melanie est attaqué par des mouettes, mais aussi des corbeaux. Cette idée d'attaques d'oiseaux sur les humains vient d'un article auquel Hitchcock s'était intéressé : Le 18 août 1961, à Santa Cruz en Californie, des dizaines d’oiseaux, sans raison apparente, avaient fondu sur les habitations. Une enquête en 2011 a révélé que cette soudaine crise de folie était due à une intoxication alimentaire.

D'un point de vue cinématographique, le choix des mouettes et des corbeaux n'a rien d'anodin.






Tout d'abord, ces deux oiseaux sont des charognards. Dans le film d'Hitchcock, ils ne se contentent pas d'attaquer les humains, ils les dévorent ensuite (voir la scène terrifiante du fermier aux yeux crevés.)

De plus, les cris des mouettes et des corbeaux sont très reconnaissables: ils deviennent un outil pour Hitchcock qui, dans ce film a choisi une bande-son particulière. Les cris d'oiseaux, sont manipulés électroniquement grâce à un Tratorium. Ce qui fout les jetons dans le film, c'est à la fois la musique et le silence. La preuve dans une scène d'anthologie : la chanson des enfants, et le silence des corbeaux dans la cour de l'école.






Un peu étrange, cette comptine. La chanson d'enfants est un canon du film d'horreur, et celle-ci, obsédante, avec son "Now Now Now," ressemble à une incantation de sorcières pour faire venir les corbeaux, ces démons déguisés. Oiseau de malheur par excellence, devenu mascotte de Hitchcock, la présence d'un corbeau dans un film n'est jamais bon signe. Dans Le Fléau de Stephen King, il s'agit carrément du diable, caché sous les plumes noires.





La comptine, moqueuse, parle d'une femme qui ne se peigne jamais les cheveux, et l'on se souvient de Tippi Hedren décoiffée par la mouette qui fond sur elle. À la fin du film, elle est décoiffée comme au saut du lit, après une nuit d'amour, ce qui confirme l'attaque des oiseaux comme punition du désir sexuel.



L'humour au cœur de l'horreur


Ces scènes ont été maintes fois reprises. Ceux qui ont allié avec humour la scène de la mouette et celle des corbeaux dans un film, ce sont les rêveurs des studios Pixar, qui ont parodié le film dans Le Monde de Nemo.





Apparemment, chez Pixar, ils sont fans d'Hitchcock:




Hitchcock aussi avait le sens de l'humour et de la dérision. On le voit, au début du film, sortir de la boutique d'animaux accompagné de ses deux chiens écossais.






Oui, il y a aussi beaucoup d'humour dans ce qui reste dans les esprits comme un film d'horreur. Mention spéciale pour les tourtereaux qui suivent, en voiture, le rythme de la route.



Une scène finale magistrale (Attention Spoilers, forcément)


On retient aussi les attaques sur les enfants, et dans la cabine téléphonique. On remarque dans cette dernière un usage de l'animation et de corbeaux-marionnettes. Ils paraissent un peu trop visibles à l'heure où le spectateur est habitué au CGI.

Reste la scène finale, magistrale.





Cette fin, je pense, confirme la métaphore sexuelle des attaques des volatiles. Les tourtereaux sont recouverts d'un drap, ce qui laisse à penser qu'ils sont endormis. Mitch, d'abord dragueur incorrigible, devient chevalier servant. Sa mère, auparavant jalouse de Melanie qui lui "volait" son fils, finit par l'accepter avec tendresse. C'est ce rétablissement de la morale qui sauve les personnages, épargnés par les prédateurs. Cependant, la menace "plane" au-delà de la scène: le mot FIN n'apparaît jamais à l'écran.

(Re)découvrez Les Oiseaux en salle, à la fois drôle et terrifiant, classique formidable. Vous ne verrez plus nos amis volants de la même façon, et vous sourirez à la vue d'Hitchcock, corbeau magnifique qui donna ses ailes au cinéma.




D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !





Ça peut vous plaire:

       


2 commentaires:

  1. Wow quelle analyse, je n'avais jamais vu ce film comme ça mais effectivement là tu m'as fait changer la perception que j'avais de ce film et tant mieux, je l'aime encore plus du coup !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça alors, merci ! Pour la métaphore sexuelle, il s'agit de ma lecture, je n'ai pas lu de bouquin spécialisé sur Hitchcock qui nous éclairerait sur le mystère "Les Oiseaux"...

      À bientôt !

      Marla

      Supprimer