lundi 13 juillet 2015

MICROBE ET GASOIL: MON POTE, MA CAISSE ET MOI



Par Lucas

Michel Gondry, réalisateur atypique


Atypique est sans doute le premier adjectif qui vient à l'esprit de celui qui connaît Michel Gondry.




Français, il a été adopté par le cinéma américain, notamment depuis son oscar du meilleur scénario original en 2004 pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind

C'est sur cette terre d’accueil qu'il a réalisé la plupart de ses longs-métrages. Connu pour son côté carton-pâte et le do it yourself qui caractérise ses productions, il revient, deux ans après L'Écume des Jours, et un an après Conversations avec Noam Chomsky, pour son onzième film : Microbe et Gasoil

Road-movie décomplexé


L'un est surnommé Microbe parce qu'il est petit pour son âge, l'autre Gasoil parce qu'il sent l’essence à tant travailler sur des voitures. Les deux collégiens se mettent en tête une idée folle: construire un véhicule, et partir ensemble sur les routes de France pendant les vacances. 

Road-movie décomplexé, Microbe et Gasoil n'hésite pas à flirter avec le délire complet. Le tout est très amusant à voir et assez jouissif (que celui qui n'a jamais eu envie de faire pareil enfant me jette la première pierre). Gondry a expliqué que le film avait une part autobiographique: Microbe et Gasoil est un véritable hommage à sa propre enfance, et surtout à l'inventivité.

On voit pendant une bonne partie du film les deux amis se débrouiller seuls et obtenir le nécessaire pour construire... une maison qui roule, fonctionnant avec un moteur de tondeuse à gazon. 


Microbe et Gasoil dans leur voiture de bric et de broc
Microbe et Gasoil dans leur voiture de bric et de broc


On retrouve la patte Gondry et son côté carton-pâte. Mais l'originalité du film, c'est qu'il n'est non pas fait de, mais sur le carton-pâte. 

Pour ne pas se faire remarquer des gendarmes sur la route, la maison-voiture possède une planche de bois qui tombe pour cacher les pneus à leur passage. 

Et en plus, ça marche.

Un fin portrait de l'âge difficile


Mais le film ne se résume pas à un concept farfelu: il dresse un portrait de la jeunesse à l'âge difficile de treize / quatorze ans. 

Chez les ados, cruels et intolérants entre eux, ceux qui sortent des rangs deviennent victimes des autres, et sont affublés de petits noms méchants. C'est le cas de Gasoil, qui n'hésite pas à réagir. Il jette aux voyous des remarques d'une grande maturité, et détonne au milieu de ses camarades. Tout, dans ce personnage, sort de l'ordinaire : sa façon de parler, son comportement, ses connaissances en terme de mécanique ou d'écriture... 


Théo, dit Gasoil, dans le film de Michel Gondry
Théo, dit Gasoil, dans le film de Michel Gondry

Gasoil (Théo) contraste ainsi avec sa famille: sa mère, à la masse pondérale aussi impressionnante que son accent; son père, qui l'exploite sans considération pour ses études; son frère (accro à la drogue et l'alcool) parti faire l'armée. 

Cette opposition aurait pu être soulignée, et devenir l'un des éléments forts du film, mais ce n'est pas le cas. En situant son action à Versailles, dans un collège ni très aisé, ni très modeste, c'est de la classe moyenne dont Gondry peint le portrait. Le film ne cherche pas, cependant, à tenir un propos sur l'inégalité sociale.

Ici, la seule opposition est celle des familles de Microbe et Gasoil, mais sans véritable lecture, sans vision.

Celui qui contraste avec Théo, c'est Daniel (appelé Microbe): peu sûr de lui, timide maladif face à la fille qui lui plaît, il grandira grâce au voyage.


Microbe et Gasoil dans le film de Michel Gondry
Microbe et Gasoil dans le film de Michel Gondry


Microbe et Gasoil trouvera-t-il son public ?


Avant tout, il s'agit d'une œuvre sur les jeunes, qui n'est pas sans rappeler un autre de ses films, The We and The I (2012) qui se dé-roulait dans un cadre tout autre: un bus américain, dans le Bronx, après le dernier jour de cours. 

Dans ce cas aussi, le film mettait en scène presque uniquement des adolescents, dont Gondry proposait déjà un tableau, tout en distillant des éléments de sa propre enfance. Il reprenait le jargon, les manières, la façon d'être de ces jeunes. 




Mais si The We and the I arrivait à trouver son public à travers sa dimension technique (il s'agit d'un huit-clos épatant dans un bus), on est droit d'être inquiet pour Microbe et Gasoil qui, sans être un chef-d’œuvre, est de bonne qualité. Il risque d'avoir peine à convaincre les spectateurs en plein été, face aux énormes machines hollywoodiennes. 

On espère donc que le nouveau Gondry arrivera à leur tenir tête parce que ces temps-ci, les bons films sur l'adolescence sont rares.



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