jeudi 23 juillet 2015

NOS FUTURS: HIER ENCORE





La bande-annonce de Nos Futurs suggère un film mineur sur le passage à l'âge adulte, à croire que c'est une constance du cinéma en ce moment.




On pouvait s'attendre à une bluette, et le film est meilleur qu'il n'y paraît. Tout, au départ, semble cliché: le bon élève Yann devenu courtier d'assurance, comme son père, face à l'éternel ado Thomas, fêtard invétéré vivant dans un squat.


Un scénario trop mince


Les deux amis, réunis longtemps après le lycée, partent sur les routes de France (encore) pour retrouver leurs anciens copains de classe et organiser une fête, comme au bon vieux temps.

Quelques surprises prévisibles, comme le beau-gosse du collège devenu bedonnant, et la jolie fille du lycée, hélas mariée.

Le scénario est bien mince. J'ai vu le film hier, et j'en ai déjà très peu de souvenirs. L'essentiel du film est hélas mal amené, l'ensemble est mal construit quand l'idée de départ était bonne: sous ses allures de film de camaraderie, Rémi Bezançon nous propose une réflexion sur la difficulté du deuil.

Fort bien. Mais qu'on est loin de la fraîcheur du Premier Jour du reste de ta vie, de sa drôlerie, de sa justesse !



Rémi Bezançon reste sincère dans Nos Futurs, mais cela ne suffit pas. Ma Vie en l'air était déjà décevant.


Une double lecture intéressante (Attention Spoilers)


Rémi Bezançon a quand-même le talent de lier quotidien et imaginaire, avec un certain goût pour... le téléphone. Vous vous souvenez, dans Le Premier Jour du reste de ta vie, quand l'un des fils, Raphaël, appelle, des années après, une jeune fille qu'il avait croisée lors d'un concours de guitare, belle brune nommée Moira ?




Il l'appelle, laisse un message sur son répondeur.

Une jeune fille rappelle, laisse aussi un message. Mais ce n'est pas Moira. Elle a sans doute, depuis le temps, changé de numéro et d'adresse.

Le leurre proposé dans Le Premier jour du reste de ta vie devient le point de départ de Nos Futurs: le coup de téléphone à Thomas ne lui parvient jamais. Mort dans un accident de moto, il a en réalité quitté la fête. La fête comme métaphore de l’existence est d'ailleurs la scène la plus réussie du film, et cette chute sauve un scénario autrement sans intérêt.


Il faudrait d'ailleurs "relire" le film à la lumière de cette révélation.

Il s'agit vraiment pour Yann d'apprendre à affronter la mort, ce qui est l'une des étapes de l'âge adulte.


Faisons un rêve


La scène où Yann rencontre le fantôme de son père  rappellera aux fans de Six Feet Under les apparitions de Nathaniel Fisher à ses enfants dans la série d'Alan Ball. Il leur apparaît d'ailleurs en rêve.


Nathaniel Senior dans Six Feet Under, série télévisée signée Alan Ball
Nathaniel Senior dans Six Feet Under, série télévisée signée Alan Ball

Nos Futurs, film onirique et "téléphoné" vaut donc surtout pour sa fin. Comme dans les romans classiques, il faut la mort de l'autre pour que le héros réapprenne à vivre.

Yann (Pierre Rochefort) dans Nos Futurs, de Rémi Bezançon
Yann (Pierre Rochefort) dans Nos Futurs, de Rémi Bezançon


Quelques gags à retenir, comme le tableau du Titanic dans le cabinet du psychiatre. Dans l'ensemble, cependant, les gags sont prévisibles, répétitifs, et finalement lourds.


Pierre Rochefort ne s'en sort pas trop mal en homme sage, et Pio Marmai, toujours énergique et tendre, est efficace dans son rôle de guide spirituel inventé. 

Pio Marmai (Thomas) dans Nos Futurs
Pio Marmai (Thomas) dans Nos Futurs

C'est l'un des acteurs fétiches de Bezançon depuis Le Premier jour du reste de ta vie, avec Zabou Breitmann, que l'on retrouve avec plaisir ici. Pour le reste du casting féminin, on notera la classe de Mélanie Bernier, Camille Cottin ne fait que de la figuration. 

La photographie est trop proche du téléfilm pour vraiment servir cette fable onirique. Dommage de ne pas avoir un meilleur sens de l'espace, des travellings, de la lumière, pour un film censé se dérouler dans l'imaginaire d'un homme.

Nos Futurs n'est pas le film de l'année, mais c’est un film qu'on a envie de défendre, car la fin, surprenante, permet à l'émotion de triompher. 

Le film,  enfin, m'a évoqué deux chansons d'Aznavour...





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