jeudi 2 juillet 2015

TALE OF TALES: LES CONTES CRUELS DE MATTEO GARRONE







Tout était prometteur dans Tale of Tales. Il faut dire, d'abord, que je suis très amoureuse de Salma Hayek. De sa danse au serpent dans Une Nuit en enfer à sa sublime interprétation de Frida Khalo, Salma Hayek me fait chavirer: ses yeux noirs, son élégance tragique, ses cheveux de geai qui disent à la fois le Mexique et le Liban, métissage magnifique.

En reine malheureuse, elle donne hauteur et prestance à Tale of Tales





Les frères Taviani viennent d'adapter au cinéma le Decamerone de Boccace ? C'est au Pentamerone que Garrone s'attelle, aussi appelé Le Conte des contes (Il Racconto dei Racconti) d'où le titre du film.




Une esthétique étonnante 


Le film de Matteo Garrone est à mille lieues de Gomorra et Reality, qui l'avaient fait connaître.




Garrone est un vrai caméléon. Gomorra était d'une violence crue, Reality une comédie à l'italienne, et voici Tale of Tales, film choral sous forme de contes gothiques. L'esthétique travaillée du film est sans doute sa plus grande réussite.




Le monstre marin ravira les amateurs de Tolkien, les femmes endeuillées évoquent les tableaux de Goya.

Dona Narcisa Baranana de Goicoechea, par Goya



Mateo Garrone nous offre une mosaïque esthétique étonnante: tantôt drame en costume, tantôt film fantastique, le cinéaste manie avec maestria toutes les époques et tous les genres, dans une photographie qui sublime l'ensemble.

Quand vient la scène des servantes, c'est un peu de Vermeer pour le sens de la lumière et des costumes.


Jeune fille lisant une lettre à la fenêtre, par Vermeer (1657-1659)
Jeune fille lisant une lettre à la fenêtre, par Vermeer (1657-1659)


Pêle-mêle, des comédiens grimés et costumés comme les fous de Shakespeare, une gémellité à la Lynch pour Elias et Jonah, un peu des préraphaélites pour la nymphe en forêt



Nymphe rousse dans Tale of Tales
Nymphe rousse dans Tale of Tales



Hylas et les nymphes par William Waterhouse (1896)
Hylas et les nymphes par William Waterhouse (1896)

des monstres dignes du Labyrinthe de Pan, et une atmosphère gothique pour envelopper l'ensemble.

Oui mais voilà: ces multiples références à la peinture donnent à Tale of Tales un côté posé, figé, presque académique, comme si le film avait été fait pour plaire à la critique. Il faisait d'ailleurs partie de la sélection officielle de Cannes cette année.


Gore et gothique



Matteo Garrone s'est-il mangé (c'est le cas de le dire) du cinéma gore italien quand il était petit ?



Salma hayek mange le coeur d'un monstre marin dans tale of tales de matteo garrone



Hannibal Lecter se délectait en déclarant "J'ai dégusté son foie avec un excellent chianti." C'est le cœur d'un monstre marin que la reine Salma Hayek dévore dans Tale of Tales.



En ce qui concerne les contes, on se souvient de l'adaptation Blanche-Neige et le chasseur (2012) où Charlize Theron, en méchante reine voulant conserver à tout prix jeunesse et beauté, dégustait des cœurs d'oiseaux et aspirait littéralement la vie des jeunes filles.


Charlize Theron dans Blanche-Neige et le chasseur (2012)


Mais le Pentamerone est beaucoup plus ancien que les contes des frères Grimm et de Perrault. ils nous prouvent qu'à l'origine, les contes ne s'adressaient pas aux enfants. Les premiers contes sont étonnamment cruels, c'est le 20ème siècle qui en édulcoré quelques uns.


Certaines scènes de Tale of Tales ont un côté série B voire Z, en mieux réalisé et mieux monté.

La puce géante buveuse de sang rappelle la plante très carnivore de La Petite boutique des horreurs.



Curieux, cette passion entre un roi et une puce.


Le roi et sa puce géante dans Tale of Tales

Mais point de jugement hâtif. Chez Woody Allen, on voyait bien un type amoureux d'un mouton.




Les personnages de Tale of Tales ne sont guère attachants. John C. Reilly est peu crédible en monarque, et Salma Hayek l'écrase de sa classe et son charisme. Vincent Cassel tombe dans la caricature du séducteur (Garrone a sans doute choisi un Français pour cette raison.)





L'obsession des deux sorcières à faire rajeunir leur doigt rappelle la scène de Peau d'Âne de Jacques Demy où toutes les femmes du royaume tentent de se faire mincir le doigt pour y passer la fameuse bague.






La jeune génération d'acteurs, peut-être, est meilleure, notamment les jumeaux qui interprètent Elias et Jonah, Christian et Jonah Lees.



Le roi amoureux de sa puce apparaît grotesque. Sa fille un peu gourde et son ogre, c'est un peu le couple Daenerys / Drogo de Game of Thrones, en moins sexy.



La princesse et l'ogre dans Tale of Tales
La princesse et l'ogre dans Tale of Tales

Daenerys et Drogo dans Game of Thrones
Daenerys et Drogo dans Game of Thrones

Un ensemble trop sombre


Si le travail des artistes est impressionnant sur le film de Garrone, le maquillage des vieilles dames, lui, est raté: quand elles sont de dos, on remarque la jeunesse de leur cou. J'avais entendu un maquilleur dire: "Si on ne nous voit pas, c'est qu'on a réussi." Raté pour cette fois, donc.

Travailler sur ce type de film est sûrement le rêve de tout maquilleur.


Les paysages sont magnifiques et très bien exploités, mais l'ensemble est trop sombre, et tombe parfois dans le grotesque, comme la crise de larmes finale.

La symbolique du sang et du cannibalisme est omniprésente et finit par lasser.

Bref, avis mitigé sur cet OVNI de Cannes, même s'il reste une curiosité à voir cette semaine.


D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire:


      


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire