lundi 6 juillet 2015

UNE SECONDE MÈRE: TELLE MÈRE, QUELLE FILLE ?






Par Caroline et Marla


Depuis de longues années, Val travaille en tant que femme de ménage et garde d'enfant dans une famille aisée des beaux quartiers de Sao Paulo. Timide, dévouée, toujours à sa place.

Tout le contraire, en somme, de sa fille Jessica, qui débarque soudainement dans la ville Brésilienne. Val n'a pas vu Jessica depuis dix ans, contrainte de l'abandonner pour s'occuper des autres.


Magnifique portrait de femme


Mais sa fille n'a pas l'intention de se laisser faire. Belle, ardente et ambitieuse, elle ne conçoit pas l'idée de se faire traiter comme inférieure chez les employeurs de sa mère. Son tempérament rebelle va venir perturber le calme et la sérénité régnant chez ses patrons...

Ah, qu'il est beau de parler des mères au cinéma... Douce, souriante et lumineuse, Regina Casé, l'actrice principale, est ici sublimée dans ce magnifique portrait de femme qu'est Une seconde mère.


Régina Casé (Val) dans Une Seconde mère, de Anna Muylaert (2015)
Régina Casé (Val) dans Une Seconde mère, de Anna Muylaert (2015)

La figure maternelle est un thème récurrent chez plusieurs cinéastes contemporains. On pourrait citer le superbe Mommy de Xavier Dolan, qui offrait à la mère son plus bel hommage, ou encore Tout sur ma mère d'Almodovar.

Les mères d'un(e) autre en littérature et au cinéma


Mais on parle assez peu de ces femmes qui élèvent, en toute discrétion, les enfants des autres.

Toni Morrison, dans The Bluest Eye, parlait de ces nounous noires qui s'occupaient davantage des enfants des maîtres que de leurs propres enfants. En adoptant le regarde d'une petite fille, Claudia, elle dénonçait cette injustice d'une nounou indulgente avec les enfants blancs, qui devenait, une fois à la maison, une mère sévère pour ses enfants noirs.



Le plus bel exemple de nounou dévouée aux riches, c'est sans conteste la nounou de Scarlett O'Hara (appelée Mammy, déformation de "Mommy") dans Autant en emporte le vent. Devenue un archétype de la nounou noire, elle élevait Scarlett comme une seconde mère, et pour cause, sa mère véritable est décédée.

Scarlett et Mammy dans Autant en emporte le vent, de Victor Flemming (1939)
Scarlett et Mammy dans Autant en emporte le vent, de Victor Flemming (1939)


Il n'y eut guère que La Couleur Pourpre pour dénoncer le paradoxe d'une nounou dévouée aux Blancs qui ne voyait jamais ses propres enfants. Dans le film de Spielberg, c'est Oprah Winfrey (méconnaissable) qui incarnait Sofia, rebelle devenue victime une fois domestique des Blancs. Dans une scène bouleversante, elle revoit à peine ses enfants le jour de Noël.


Sofia (Oprah Winfrey) dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg (1985)
Sofia (Oprah Winfrey) dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg (1985)

Une critique subtile des inégalités de classes


Une Seconde mère dénonce par ailleurs la condescendance des patrons envers leur employée. On retrouve un peu ce ton dans Mon Amie Victoria, où une jeune femme noire avait enfanté, sans le dire à personne, la fille d'un homme blanc.


Dans Une seconde mère, la complexité des relations mère-fille est mise en avant. Dans le passé, Val a dû se résoudre à abandonner sa fille Jessica, pourtant même le temps qui passe n'est parvenu à altérer son amour, presque sa férocité maternelle.

L’œuvre émet également une critique subtile, jamais amère, des inégalité de classes avec, comme toile de fond, un Brésil en plein essor. Jessica est très représentative de la jeune génération brésilienne: elle a une personnalité affirmée et surtout, poursuit des études universitaires et échappera, on l'imagine, au destin de sa mère.

Anna Muylaert nous prouve, après le touchant Au Premier regard de Daniel Ribeiro, que le nouveau cinéma brésilien se porte à merveille.

Une mère pour tous


Dans ce long-métrage réalisé par une femme, Anna Muylaert, Val est une mère pour tous, une confidente, dépassant le statut de simple employée. Dans le film, on la voit devenir libre, s'affranchir de toute contrainte.

Une seconde mère séduit par sa fraîcheur et sa sensibilité. Ébloui par sa douceur et son optimisme, on ne peut que s'émerveiller devant tant d'espoir et de maîtrise. Ce film est une œuvre à la fois drôle et mélancolique, vernie de lumière. La définition même d'une mère, en somme.


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