jeudi 20 août 2015

LA BELLE SAISON: MY SUMMER OF LOVE






On a découvert Cécile de France en homosexuelle dans L'Auberge espagnole de Klapisch (2002.) L'étudiante belge se liait d'amitié avec Xavier, le héros. Elle lui parlait avec passion de sa prof de flamenco qui l'avait séduite lors de leçons particulières.

Dans La Belle saison de Catherine Corsini, Cécile de France joue Carole, prof d'espagnol à Paris, où elle rencontre l'héroïne, Delphine, fille de fermiers montée dans la capitale.

On retrouve dans La Belle saison le contraste entre la citadine et la campagnarde dont on témoignait dans My Summer of Love. Dans le film de Pawel Pawlikowski, Mona avait le bon accent du Yorkshire, Tam l'anglais éduqué des Londoniennes. 




Été de liberté dans les Yorkshire Dales pour le film de 2005, été délicatement sensuel dans Summer, sorti tout récemment, la belle saison semble idéale pour les amours féminines.

Osez le féminisme


Delphine et Carole se rencontrent dans de curieuses circonstances. Un groupe de féministes court dans les rues en mettant la main aux fesses des hommes, dans une rébellion improvisée contre le sexisme ordinaire.

Stop. La Belle Saison se déroule en 1971. Alors pourquoi, tout au long du film, je n'ai pensé qu'à des événements récents ?

Du harcèlement de rue dénoncé sous plusieurs formes ces derniers mois à un article du monde, en passant par les slogans écœurants de la manif pour tous, une question me taraudait pendant la séance: est-ce que rien n'a changé depuis les seventies ? 

Le film de Corsini ne se contente pas de décrire un amour féminin ou l'éveil des sens, comme c'est trop souvent le cas au cinéma. Il place le couple dans un contexte passionnant: le début d'une longue série de combats pour les droits de la femme. La Belle saison aide à se rendre compte du chemin parcouru. Il s'agit d'un film solaire dans tous les sens du terme, d'un optimisme militant. Delphine est féministe sans le savoir. Carole lui ouvrira les yeux sur sa condition de femme, Delphine révélera à la citadine son homosexualité latente.

Certaines scènes joyeuses de La Belle saison, comme Carole dansant sur du rock avec la mère de Delphine, font pétiller l'ensemble.

Le contraste ville / campagne est peut-être un peu trop appuyé, mais la photographie est superbe. Jeanne Lapoirie, directrice de la photographie, s'était déjà chargée de celle du Procès de Viviane Amasalem. La photo était radicalement différente, mais il s'agissait aussi d'un film sur une femme en lutte.


Ronit Elkabetz dans Le Procès de Viviane Amsalem (Gett) de Shlomi Elkabetz (2014)
Ronit Elkabetz dans Le Procès de Viviane Amsalem (Gett) de Shlomi Elkabetz (2014)

Une interprétation remarquable


Noémie Lvovsky incarne avec un naturel déconcertant une mère campagnarde prisonnière des préjugés de son temps. 

Contrairement à plusieurs films dits "lesbiens," les hommes, dans La Belle saison, ne tombent pas dans la caricature. Manuel, compagnon de Carole avant sa passion pour Delphine, est d'une tolérance admirable et se laisse même chasser de chez lui pour que la réunion féministe ait lieu. Même le campagnard Antoine échappe au cliché grossièrement viril pour un personnage sensible. Kévin Azaïs, prometteur dans Les Combattants, confirme ici son talent.

Izïa Higelin, si elle a raté le César pour son rôle dans Samba, où elle était déjà fraîche et grande gueule, le décrochera peut-être cette année.

Et puis il y a Cécile de France, qui fait chavirer tous les cœurs, hommes et femmes confondus.

Cécile de France (Carole) et Izïa Higelin (Delphine) dans La Belle saison, de Catherine Corsini (2015)
Cécile de France (Carole) et Izïa Higelin (Delphine) dans La Belle saison, de Catherine Corsini (2015)


La fin, d'une grande justesse, évite le happy end facile et pose la question de l'engagement, dans tous les sens du terme. Le dilemme de Delphine entre l'amour et le devoir, thème ancien en littérature et au cinéma, est remis au goût du jour avec intelligence.

Si le long-métrage de Corsini fait le bilan des acquis concernant les droits de tous, il donne envie, en sortant de la salle, de mener de nouveaux combats.

Il faut découvrir La Belle saison, qui porte si bien son titre: Corsini nous prouve que le mois d'août n'est pas forcément la morne saison du cinéma.



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