jeudi 6 août 2015

THE ROSE: BETTE DE SCÈNE





Quand j'étais môme, je n'aimais pas la chanson "The Rose," avec ses phrases cliché et son rythme plan-plan.




Bette Midler et moi


Ma mère est fan de Bette Midler, et ça l'a poussée à m'emmener voir un navet Disney, le premier film que j'aie vu en salle en le trouvant mauvais. Midler y jouait une sorcière pas finaude entourée de deux consœurs: Sarah Jessica Parker, à qui j'allais vouer un culte à la vingtaine avec la série Sex and the City, et Kathy Najimi, future sœur soprano dans Sister Actqui a connu un autre rôle douteux chez Disney récemment.




Cinq ans avant, j'avais découvert Bette Midler sous les traits d'une chienne vaniteuse dans Olivier et Compagnie, bien loin du malicieux Billy Joel.





La même année, elle jouait une femme d'affaire requin, accompagnée de sa sœur au goût prononcé pour... la campagne.



Je me disais que Le Club des ex, sorti en 1996, allait me réconcilier avec l'actrice.


Pas du tout. Ça a même failli me fâcher avec Diane Keaton.

Autant vous dire que Bette Midler et moi, c'était pas le big love.


Il a fallu attendre 2015, et la réédition du film The Rose, pour me faire changer d'avis.


Ceci n'est pas Janis Joplin


Pourtant, ça commençait mal. 

Ecran noir. Je reconnais d'emblée dans le grain de voix de Midler ma chère Janis Joplin, qui m'a fait bousiller mon DVD du concert de Woodstock, chanter "Move Over" à tue-tête dans un bus, scander "Mercedes Benz" dans des bars avec des potes, et hurler "Piece of my heart" après un chagrin d'amour.

Puis Bette Midler apparaît à l'image, alors âgée de 34 ans. L'épuisement de son personnage lui donne la quarantaine bien sonnée.

Ce n'est pas Janis, morte à 27 ans d'une overdose. Et merde.

En faisant des recherches après le film, je me suis rendue compte que le scénariste d'origine, Bill Kerby, voulait en effet adapter la vie de Joplin à l'écran. La famille refuse de céder les droits au réalisateur, Mark Rydell. Exit Janis.

À croire que la volonté de raconter la vie de Joplin au cinéma est maudite. La version avec Amy Adams, qui devait sortir prochainement, est aussi ralentie pour des questions légales.




Restent dans The Rose la voix et la grande gueule du personnage, et une certaine idée du rock. Joplin, qui aimait un peu trop l'héro, est ici dépeinte en ancienne junkie devenue alcoolique.

Difficile, en cet été 2015, de ne pas penser à Amy Winehouse, morte d'avoir, une fois de trop, forcé sur l'alcool. Comme Joplin, Jim Morrison et Kurt Cobain, elle fait partie du tristement célèbre club des 27.

Le burn-out du siècle


Bon, d'accord, la photographie de The Rose a vieilli et la coupe années 80 pour cette star de Woodstock, c'est pas top. 





Le film est sorti en 79 et, du coup, son esthétique est coincée entre le glam rock et les eighties.

The Rose raconte burn-out du siècle. Rose le dit dès le début du film: elle est fatiguée, et souhaite prendre une année sabbatique. Son manager est contre, obsédé par la machine à fric. 

Pour respirer, l'artiste s'évade à l'arrière d'une limousine, dont le chauffeur deviendra son amant. Commence alors, en plus du drame musical, un road movie haut en couleurs et en chansons. La rencontre de Rose avec son double travesti est une scène d'anthologie.

Bette Midler fait éclater dans le film tout son talent d'actrice et de chanteuse (elle a d'ailleurs sorti plusieurs albums.) Son discours féministe suivi de l'interprétation de "When a Man Loves a Woman" vaut aussi le détour.




Destin d'une star du rock


Rose est au faîte de sa gloire, et devra choisir, comme tant d'autres femmes, entre son amour et sa carrière. Mais la dope de Rose, ce n'est pas seulement l'alcool. On le voit tout au long du film: elle est accro à la scène. Elle continue au-delà de l'épuisement, comme la danseuse dans Les Chaussons rouges, avant la reprise de la trame par Aronofsky pour Black Swan. Écrasée de solitude, Rose est abîmée, fêlée de partout, une routière du rock qui a passé le mur du son.


La fameuse chanson que je trouvais ennuyeuse devient touchante quand elle s'élève, au générique de fin, pour sceller le destin peu ordinaire de cette star du rock.

Le jeu de Bette Midler en vaut la chandelle. Elle déploie tout son charisme, toute cette force qui plus tard sera bridée par les studios Disney. Le rôle de Rose lui a valu l'oscar, fulgurance dans une carrière grise, comme un concert de James Blunt soudain réveillé par un solo de batterie.


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