samedi 5 septembre 2015

MISS HOKUSAI: LA FILLE SUR LE PONT


Miss Hokusai




Miss Hokusai apparaît comme le délice nippon du moment. 




Dès le départ, le ton est donné: une jeune fille privilégiée dans un Tokyo qui ne porte pas encore son nom, traverse un pont. Belle animation, dialogues très écrits qui confinent à la poésie, et en même temps, une BO rock. 

Quand on dit "Hokusai," on pense davantage au père qu'à la fille.


Auto-portrait de l'artiste Katsushika Hokusai
Auto-portrait de l'artiste Katsushika Hokusai


Keiichi Hara a très bien rendu à l'écran le visage ridé du vieil homme, et fait de multiples références à son oeuvre dans un Japon représenté tout en délicatesse. Vous trouverez un clin d’œil à son dessin le plus célèbre, "La Vague."


La Vague de Katsushika Hokusai

Les amateurs reconnaîtront aussi le goût de l'artistes pour la beauté des paysages naturels.

Hokusai est surtout connu pour ses dessins érotiques.


dessin érotique de Katsushika Hokusai


Peu de gens savent que derrière ces œuvres se cachent non pas deux, mais quatre mains. Le cinéma nous a montré qu'il y avait souvent une femme derrière un homme artiste. Sans tomber dans l'imposture dénoncée par Tim Burton dans Big Eyes, Hokusai travaillait de concert avec sa fille pour réaliser ses dessins. Il était étonnant pour l'époque que cette éternelle jeune fille participe à la conception de dessins parfois très explicites.


dessin érotique de Katsushika Hokusai


L'empire des sens


On suit en douceur le destin de cette jeune fille, O-Ei, qui emmène souvent, dans ses pérégrinations artistiques, sa sœur aveugle de naissance, O-Nao. Le film de Keichii Hara nous propose une synesthésie: il parvient à éveiller tous nos sens à la fois: la vue lors des couchers de soleil, l'ouïe avec sa bande originale détonante, le goût et l'odorat lorsque l'on imagine, sur le pont, les senteurs de la mer. Le toucher, quand on témoigne des découvertes de O-Nao.


Sakae Hokusai, dite O-Ei, et sa petite soeur aveugle dans Miss Hokusai
Sakae Hokusai, dite O-Ei, et sa petite soeur aveugle dans Miss Hokusai


La scène où O-Ei cherche sa petit sœur dans toute la ville offre une réflexion sur la vue et son absence, dans une superbe mise en images. 

Tout cela se déroule en 1814. Si, dans les romans victoriens, l'héroïne tombe souvent sur un homme séduisant et quelques fâcheux, on se rend compte qu'il en était de même en Orient. O-Ei reste vieille fille. Elle sera, comme Beauvoir, toujours liée à son âme sœur au travail.


On remarque avec plaisir une évolution vers la finesse de l'animation de Hara. On est loin de l'aspect un peu sommaire de Un Été avec Coo, rattrapé par un tendre scénario. 


Si l'ensemble de Miss Hokusai n'est pas aussi parfait que chez Takahata ou Miyazaki, Hara donne envie, avec Miss Hokusai, d'en savoir plus sur ses autres animations.




Miss Hokusai est un véritable plaisir des sens, d'une grande finesse. Il joue hélas dans trop peu de salles, et il faut se dépêcher de le découvrir: les délices sont trop rares pour être négligés.



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2 commentaires:

  1. Tres beau film qui fait découvrir un autre japon et un grand artiste

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    1. Je suis bien d'accord ! Je ne connaissais pas Hokusai et je suis ravie d'avoir vu ce petit bijou en salle. Dommage qu'il n'y soit resté que si peu de temps...

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