samedi 24 octobre 2015

MON ROI: QUAND L'AMOUR FAIT MAL





Superbe Emmanuelle Bercot


Mon Roi est une histoire de femmes. Maïwenn dirige Emmanuelle Bercot, quatre ans après Polisse. Dans le film de 2011, Bercot incarnait une femme policier un peu trop portée sur la boisson. On ne la voyait pas tant à l'image, mais on se souvenait d'elle.

Je la connais surtout comme réalisatrice, d'un téléfilm diffusé sur Canal, remarquable, à propos d'une jeune fille qui se prostitue pour payer ses études.


On la connaît aussi pour avoir présenté son propre film à Cannes: La Tête Haute. Mon Roi était présenté au festival également, où Bercot a reçu le prix, amplement mérité, de l'interprétation féminine.

Une autre qu'elle n'aurait pas fait si bien. Maïwenn, si elle n'avait pas eu l'intelligence de choisir sa complice, aurait démoli son film, en cédant au cliché d'une actrice plus jeune, plus lisse, qui aurait rendu le personnage inconséquent.

Marie-Antoinette ?


Marie-Antoinette. Curieux de choisir en guise de prénom de l'héroïne celui de la reine de France qui reste, dans l'esprit de bien des gens, la grande naïve qui aurait déclaré à table, quand on lui dit que le peuple manquait de pain: "Qu'ils mangent de la brioche." 

La faute à Rousseau: rien ne prouve que la reine de France ait dit pareille chose. 

Même Sofia Coppola nous a présenté une reine acidulée et frivole dans son film de 2006:




Alors pourquoi ? Marie-Antoinette et Georgio apparaissent comme un couple improbable même sur le papier, un peu comme Marilyn et Di Maggio.

Et pourtant ils s'aiment, ces deux-là. Enfin...

Je, Nous, Il


Tout commence sur des sommets majestueux. Marie-Antoinette, dite Tony, fonce dans la neige, et se casse le genou.

Une psychologue lui fait découvrir qu'elle s'est cassé le "je nous," et dans "je nous," il manque le "il," c'est bien ça qui la tu(e).

L'homme est absent dans cette première scène, et pourtant il est partout. Cassel est doué pour jouer les salopards, on le savait déjà avec Black Swan.



Quand il dit à son amante, au creux du lit et sur le ton de l'humour, "Je suis le roi des connards," il annonce, l'air de rien, que le "roi" de Marie-Antoinette lui fera perdre la tête.

Tout est fin, dans Mon Roi. On saisit pourquoi l'héroïne tombe amoureuse de Georgio, séducteur, spirituel, gonflé. On aime ce couple avant de le voir se déchirer. 

La structure du film rappelle le 5X2 d'Ozon.




Le film d'Ozon nous racontait d'abord la séparation d'un couple, puis sa première dispute, puis l'enfant, puis le mariage, jusqu'à la rencontre, sur une plage au couchant, où tous deux regardaient vers l'avenir.

Mon Roi n'est pas tout à fait monté à rebours, mais dans un ordre non-chronologique; Il rappelle une autre histoire de couple qui flanche, cette fois sur le ton de la comédie: 500 jours ensemble.



Mon Roi est un drame d'amour.

Tony n'est pas masochiste. Amoureuse, elle accepte tout de son homme: ses lâchetés, ses mensonges, ses tromperies - elle lui trouve toutes les excuses du monde.

Vous vous souvenez d'Adèle, que l'on voyait s'éloigner en robe bleue à la fin du film de Kechiche, parce qu'elle avait Emma, son ancienne amante aux cheveux bleus, dans la peau ? Eh bien Tony a son homme dans la peau. Elle le bouffe des yeux jusqu'à la dernière seconde.

Avant-première aux Halles avec Maïwenn, Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel


J'ai eu la chance d'assister à la dernière avant-première du film, à Paris. Maïwenn a indiqué: "J'ai voulu faire un film non pas sur l'amour mais sur l'addiction. La plus grande drogue, c'est l'amour."


"Dans un film de Maïwenn, on ne sait pas ce qu'on va dire. Faut garder ça en tête quand elle parle du film. On arrive, et dès qu'on dit le texte, elle est pas contente, donc on est obligé d'inventer des trucs, et elle tourne, elle tourne tout, et après elle fait un film, mais qui ressemble pas du tout à ce pour quoi on avait signé. C'est plutôt mieux, d'ailleurs." 

Ses paroles ont fait rire Bercot et Maïwenn, et la cinéaste a répondu: 

"C'est toujours mieux quand on ne sait pas ce que l'on tourne." 

Ses déclarations font écho à ce que me disait Pierre Aïm, sur le talent de la réalisatrice de trouver des acteurs qui "jouent sans jouer."


On devine les scènes improvisées avec régal. Maïwenn est faussement désinvolte: elle sait où elle va, du moins sa maîtrise de la réalisation emporte tout. Son jeu sur la profondeur de champ est remarquable. Quand Marie-Antoinette témoigne avec émotion du mariage d'un autre couple, flou au premier plan quand son visage est net au second, on l'imagine en train de rêver son propre grand jour.

Parce que Bercot a de la force, elle est tout sauf cul-cul. Le couple est excellent. Les grands bonheurs, comme la naissance de l'enfant, éclatent à l'écran. 

Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot dans Mon Roi, de Maïwenn (2015) bébé naissance enfant
Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot dans Mon Roi, de Maïwenn (2015)


Ne lisez pas les mauvaises langues sur le film, qui démolissent Maïwenn par habitude, par bêtise ou incompréhension. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui disent du mal de Cannes parce que c'est l'usage.

Ne vous laissez pas non plus guidé(e) par moi. Le film, s'il vibre en vous, le fera d'une autre manière. C'est le talent des grands réalisateurs que de parler différemment à chacun avec les mêmes images.

Allez voir Mon Roi. Aimez-le. Ou non. Mais revenez ici et dites-moi pourquoi.

Je terminerai sur la phrase de Bercot à l'avant-première: 

"Je vous envie de voir ce film, car je me souviens de mon émotion quand je l'ai découvert."


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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !