samedi 19 décembre 2015

KILL YOUR FRIENDS: COMME UNE ODEUR DE POUDRE



   

British Psycho


Kill your Friends, c'est American Psycho en Angleterre avec, en guise de golden boy, un jeune loup de l'industrie du disque. Comme le personnage de Christian Bale, celui de Nicolas Hoult se met aisément en colère et tente, tant bien que mal, de se calmer pour éviter l'explosion de violence.


Nicolas Hoult dans Kill Your Friends de Owen Harrus (2015)
Nicolas Hoult dans Kill Your Friends de Owen Harrus (2015)


Steven Stelfox, c'est un peu le Frank Underwood de la pop.


Prêt à tout pour réussir, le personnage de Kill Your Friends rappelle aussi le rapace de Night Call.

Oui, les cyniques ont le vent en poupe au cinéma. Et quand ils sont brillants, ça donne un bon film.


Le film britannique le plus audacieux depuis Trainspotting


On se demande pourquoi  Kill Your Friends est passé quasi inaperçu: on n'a pas vu aussi audacieux depuis TrainspottingKill Your Friends, c'est aussi sexe et drogue, le rock en plus. 

Gros plan sur les années 90: l'industrie du disque est reine, elle décide de se qui passe sur les ondes, dans les boîtes de nuit, dans votre salon. On ne donne pas aux gens ce qu'ils aiment, mais leur impose ce qu'ils vont aimer. Le film montre comment une chanson épouvantable devient un tube, pourvu qu'on y mette suffisamment d'argent. Le girls band coaché par Steven est en cela un exemple éloquent.

"Ambition, concurrence  et meurtre" pourrait être la devise du film de Owen Harris.


Pour l'amour dollar


Le cynisme de Steven Stelfox est convaincant. Le film de Owen Harris dénonce le machiavélisme des maisons de disque, et leur désintérêt pour l'art qu'elles sont censées défendre. La scène où Steven fantasme qu'il assène leurs quatre vérités au groupe The Lazies résume le véritable but de l'industrie du disque: faire du fric.

Le film m'a rappelé le coup de gueule de Noir Désir lors des Victoires de la musique, en 2002. À l'époque, ce n'était pas encore Bolloré qui faisait hurler les artistes, mais un certain Jean-Marie Messier appelé "Moi-Même Maître du Monde" par les Guignols de l'Info.




Les scènes de coke dans Kill Your Friends rappellent aussi Le Loup de Wall Street de Scorsese.


Une BO à (re)découvrir


La BO, bien sûr, est formidable. Elle prend, en accompagnant les scènes de Kill Your Friends, un sens nouveau: on redécouvre par exemple "Karma Police" de Radiohead, en ayant sous les yeux un homme tourmenté par son karma puisque il a du sang sur les mains.




Dur dur de reconnaître, sous les traits de Nicolas Hoult, le petit garçon qui faisait craquer Hugh Grant dans About a Boy.



La composition de l'acteur dans Kill Your Friends est impressionnante, et le reste du casting est très bon également. Le film brille par son humour grinçant et son ironie dramatique.


Quoi de neuf depuis les 90s ?


On peut se demander si, avec l'apparition d'iTunes qui a révolutionné l'industrie du disque telle qu'elle fonctionnait il y a 20 ans, ce monde existe encore. Les internautes ont l'impression de choisir davantage leurs artistes, grâce à Youtube, et aux plateformes participatives.

Mais Kill Your Friends me fait dire que les requins ont juste changé de forme. Ils nous vendent toujours de la musique, mais d'une manière nouvelle. En 90 ou en 2015, les artistes sont toujours floués, et les auditeurs ont toujours l'illusion du choix. Aznavour, dans son texte sur un chanteur déçu, disait "d'autres ont réussi avec peu de voix et beaucoup d'argent." Il s'agissait de son premier succès, en 1960.

Plus d'un demi-siècle plus tard, les artistes en galère, victimes de producteurs véreux ou de la dématérialisation de la musique, peuvent dire qu'ils connaissent la chanson.



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !