samedi 26 décembre 2015

LE NOUVEAU: LES CINQ VEINARDS





Ceux qui ont survécu à l'adolescence ont toute mon admiration. Vous-même qui me lisez, si vous avez plus de dix-sept ans, je vous témoigne toute mon estime.

À 14 ans


J'ai eu 14 ans. J'ai été entourée de ces idiots au rire de hyène, de ces pestes adolescentes que Benoît supporte avec courage dans le film de Rudi Rosenberg.

J'ai eu 14 ans. J'ai connu les fêtes où nous n'étions que cinq quand j'avais invité la classe entière. J'ai connu le Tipp-Ex renversé dans mon sac lorsque j'avais le dos tourné, les mots injurieux dans mon agenda, les moqueries, les surnoms. Jusqu'à mes dix-sept ans où je rencontrai deux autres Misfits. Et nous étions la force face aux imbéciles. À 14 ans, Baudelaire me sauva d'un chagrin perpétuel. À dix-sept ans, Hugo prit la relève, puis il y eut Dickinson, mais j'avais dix-huit ans, et je venais de découvrir ce lieu magique où je respirais mieux: l'université.

On ne sort pas indemne de l'adolescence. Le Nouveau est trop vrai, trop juste. Il faut être maso pour voir un film pareil en salle, surtout pendant les vacances de Noël, ce temps de repos justement là pour oublier les tracas de l'école.

Si ce film m'a émue, si j'ai ressenti de la colère face aux injustices des cygnes envers le vilain petit canard, c'est que je ne me suis pas tout à fait remise de ce que j'ai appelé, dès que j'en fus sortie, "mes années noires." Il faut dire qu'à 14 ans on se déteste. Dans l'enfance, on ne se pose pas la question; à l'âge adulte, on finit par accepter ses dents de travers, ses formes trop rondes, son nez trop grand.

Pourquoi étais-je ainsi traitée par mes camarades, me demanderez-vous ? Parce que j'écoutais du gospel au lieu du rap à la mode, que je portais des vêtements choisis par ma mère dans le catalogue de la Redoute plutôt que les jeans hors de prix des filles de PDG; parce que j'avais toujours un bouquin à la main. Pas de ces livres pour l'école qu'on était obligé de lire pour Madame Tirebouchon, mais des livres bien à moi, que je voulais lire, et que j'aimais; parce que je portais des lunettes vertes avec des notes de musique dessus.

Cette année, je change de métier et sors pour la première fois de l'école. Détester l'adolescence et devenir prof, c'est un peu comme être agoraphobe et devenir star du rock. Et j'en ai vu des comme moi, avec leurs lunettes trop grandes et leurs bouquins cornés, et cette timidité maladive qu'ils portaient sur le dos telle la chimère de mon poète. Les ai-je aidés ? Certains, peut-être. Ceux qui venaient me voir en fin d'année, la bouche pleine de métal et de remerciements.

La bande à Benoît


Mais vous voulez sûrement que je vous parle du film. Pas grand-chose à dire, sinon qu'on s'y croirait, et que la bande à Benoît me rappelle les sept veinards de Stephen King.

Les sept veinards dans Ça de Stephen King, adapté en téléfilm en 1990
Les sept veinards dans Ça de Stephen King, adapté en téléfilm en 1990

Ces Misfits se faisaient taper dessus par la brute du collège. Parmi eux il y avait un gros, un bègue, un asthmatique, un binoclard, un intello, un Noir mélancolique. Et une fille, Beverley, l'un de mes amours d'enfance.

On retrouve les brutes et les gentils dans le film de Rudi Rosenberg. Et une jolie fille.



La bande à Benoît, c'est un peu la nôtre, enfin celle des paumés qui se trouvent quelques âmes sœurs sur les bancs de l'école.

Le casting des collégiens du Nouveau est très réussi. Ils sont tous plus vrai que nature.

La scène du cinéma rappellera La Boum aux nostalgiques. Les incompris de Rudi Rosenberg, nous les comprenons, sous cette caméra tendre et pourtant sans complaisance.

Le Nouveau met mal à l'aise pour peu que l'on ait étouffé au collège. Il faut dire qu'on retrouve, en 2015, les mêmes "connards" communs à toutes les générations.

Mais on sort de la salle empli de gratitude. J'ai survécu au collège, j'ai plus de deux fois quatorze ans. Tout va bien. Les tourments adultes ne sont rien comparés à une ado qui vous dit "restons copains" quand vous rêvez de tout autre chose, assis au fond de la classe.

On se surprend à poser un regard tendre sur une gamine qu'on croise, un matin, avec son sac trop gros et qui fredonne un air d'un autre temps, ou face à un môme qui prétend avoir déjà fait l'amour. Ils ont 14 ans, ils sont complexés, potaches, insupportables. Justement. Aimons-les plus fort.


Si t'es pas d'accord avec l'article, tare ta gueule à la récré


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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !