lundi 28 décembre 2015

LES 8 SALOPARDS, DE QUENTIN TARANTINO: PAS SORTIS DE L'AUBERGE




Le voici, le Tarantino. Vous auriez dû me voir, surexcitée au générique comme une gosse à Disneyland. Le plaisir de l'attente, la récompense de la découverte.


Ça ressemble à du Tarantino, mais...


L'hiver fait rage dans le Wyoming. Un chasseur de primes, John Ruth, conduit une criminelle, Daisy Domergue, à l'échafaud.

Sur la route, ils rencontrent un ancien officier noir et un shérif. Surpris par une tempête de neige, tous se retrouvent dans une auberge isolée, celle de Minnie, nichée sur une colline. Un vieil homme y est assis, le général Smithers, ancien confédéré.

La première partie du film est emplie de dialogues caustiques propres à Tarantino, qui rappellent, en moins loufoque, Le Shérif est en prison de Mel Brooks.



Paysages majestueusement filmés, plans magnifiques, montage impeccable, BO extra: oui, Les 8 salopards ressemble à un Tarantino.

On s'ennuie vite


L'esthétique est proche de Django Unchained. Les répliques humoristiques amusent un temps, puis lassent, car une bonne partie d'entre elles tombent à plat. Juste une série d'acteurs charismatiques qui n'ont, semble-t-il, pas grand chose à se dire. L'exposition est fort longue, et Tarantino aurait pu la raccourcir aisément.

Une fois que les acteurs ont répété cent fois que le commandant Warren (Samuel L. Jackson) correspondait avec Lincoln, et que la prisonnière était conduite à la pendaison, on s'ennuie vite. Jennifer Jason Leigh se fait régulièrement taper sur la gueule, histoire de réveiller le public. Elle ressemble assez vite à une publicité sur les femmes battues.


Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)
Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)

Il est rare de voir des femmes se faire tabasser au cinéma. Le premier Sin City, en 2005, avait fait scandale pour cette raison. Or, si on y regarde de près, les femmes se défendent bien.




Loin de moi l'idée de blâmer Tarantino. Il est l'un des rares réalisateurs à montrer des personnages féminins forts, qui écrasent leurs ennemis avec brio (Jackie Brown et la mariée de Kill Bill pour n'en citer que deux.)


Casting de choix pour mauvais scénario


Jennifer Jason Leigh, très bonne actrice sous-estimée, est convaincante dans le rôle. Dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur du casting.

Tarantino s'entoure de ses vieux complices (Michael Madsen, Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Zoe Bell et Tim Roth) et s'offre un western.

Le général afro-américain incarné par Samuel L Jackson était pourtant prometteur, surtout lors de son face à face avec l'ancien soldat confédéré dans l'auberge. 


Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino
Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino


Les 8 Salopards se déroule quelques années seulement après la Guerre de Sécession, qui s'est terminée en 1865. Or, il faudra attendre 1940 pour qu'un afro-américain soit promu général dans l'armée américaine: il s'agit de Benjamin O. Davis. Mais qu'importe. Tarantino n'est jamais meilleur que quand il réécrit l'Histoire. On se souvient du jubilatoire Inglorious Basterds, où les chefs nazis finissaient carbonisés dans un cinéma.




Tarantino n'a pas son pareil pour offrir, par le biais de la fiction, une revanche des opprimés sur les oppresseurs. Or, le récit du commandant Warren se résume à une anecdote sadique, qu'il raconte, en jubilant, au soldat confédéré. Le dialogue tourne court. Le film traîne en longueur. Tarantino essaie d'enchaîner des répliques et des scènes cultes, mais ne parvient qu'à une orgie de violence pour masquer l'absence de scénario.

Cluedo loupé


Une fois dans l'auberge, le western se change en Cluedo. On assiste à un classique Whodunnit (qui a tué ?) Le huis-clos à l'auberge évoque Les Dix petits nègres d'Agatha Christie.



Hôte absent, série de meurtres et suspicion généralisée, comme dans le roman de 1939. Mais le cluedo de Tarantino, lui aussi, tourne court. Même l'accent britannique de Tim Roth ne parvient pas à créer l'illusion.

Beaucoup de bruit pour rien


Le suspense commence donc au bout d'1h37 (à croire que c'est une habitude) on espère une deuxième partie formidable, un final grandiose, mais non. Rien ne vient. Les 8 salopards rappelle une tragédie shakespearienne sans le talent de l'auteur: la trame se termine faute de personnages encore en vie. Jets de sang partout, comme dans Titus Andronicus, Les 8 salopards apparaît comme une mauvaise pièce, un huis-clos sans intérêt. Un autre titre de Shakespeare vient à l'esprit: beaucoup de bruit pour rien.

Après la folie Star Wars, vous pouvez être sûrs qu'on va nous bassiner avec le dernier Tarantino. La promotion du film est rondement menée: on en bâtit toute une légende depuis des mois. À tant faire saliver les fans, cependant, le retour de bâton est probable. En même temps, je m'étonne de voir l'excellente note de 8.2/10 sur IMDb. Est-ce que les fans de Tarantino sont inconditionnels au point de ne pas voir que Les 8 Salopards n'est que l'ombre de sa gloire passée ?

C'est vrai que c'est cool d'aimer Tarantino, et il surfe sur cette réputation depuis Pulp Fiction, qui date tout de même de 95... Si le film est mauvais, a-t-on le droit de le dire sans passer pour un ringard ou un réac ?

Une parodie de western ratée


Le plus dur: le film dure 3 heures. C'est interminable. Inglorious Basterds dure 2h33 et passe en un éclair. Jackie Brown dure 2h30 et tient en haleine de bout en bout. Ce n'est pas le cas des 8 salopards. On attend mollement la résolution du "mystère." On finit par se foutre de qui a fait le coup. Ce dernier Tarantino donne une furieuse envie d'aller prendre un café (enfin, peut-être pas un café... :-) )

Quand, à dix-huit ans, je regardais la trilogie du Parrain avec une copine, notre jeu était de deviner qui tirerait en premier. On peut faire la même chose devant ce western caricatural où les acteurs surjouent, et forcent l'accent américain jusqu'au ridicule. On se croirait, en somme, dans une parodie de western ratée. Tarantino aime les références, et on en témoigne à nouveau ici: Sergio Leone, comme d'hab, mais aussi The Thing de Carpenter pour le décor neigeux et la présence de Kurt Russell. Le réalisateur donne aussi dans l'auto-référence (Reservoir Dogs, déjà inspiré de The Thing) mais allez savoir pourquoi, cette fois, il semble juste se répéter. Dommage, il est habituellement doué pour jouer avec les codes des films de genre et nous proposer quelque chose de neuf et personnel (dans Boulevard de la mort, entre autres.)

Les 8 salopards donne l'impression d'une suite d'idioties magnifiquement filmées. Pour Noël, Tanrantino nous offre un bel emballage. Le cadeau, hélas, est très décevant.


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orange star.jpg Pas bon À hurler !