dimanche 6 décembre 2015

"MIA MADRE," DE NANNI MORETTI: QUAND LA MÈRE SE RETIRE






Longtemps que je voulais voir le dernier Nanni Moretti. Déçue que le film n'obtienne rien à Cannes, je voulais ardemment le découvrir en salle, pour pouvoir taper un peu sur ce jury, qui a préféré le plus mauvais film d'Audiard à la finesse de l'Italien.

L'attente et la joie


J'habite à Montmartre. de ces appartements privilégiés nichés sur la Butte, loué pour une modeste somme à une amie généreuse. 

À droite, le Sacré-Cœur. À gauche, Château-Rouge. Le tourisme d'un côté, le quartier populaire de l'autre, et entre les deux un village que je traverse, rues pavées inondées de lune quand je rentre rompue d'une journée de travail; rues pavées sous le ciel clair dans ce décembre doux, quand je me rends un samedi au cinéma, à deux pas de là.


Le Louxor, c'est un peu mon quartier en un cinéma: un îlot bourgeois et intellectuel en plein Barbès, un thé et une part de cake pour 9 euros, quand en face, Hakim vous sert la même chose pour trois sous, le sourire en plus.

Oui, mais la salle Youssef Chahine... C'est là que j'ai découvert Mustang et sa réalisatrice il y a quelques mois.


Attendre un film longtemps a du bon. Aller au cinéma redevient un événement. J'ai retrouvé ma joie d'enfant, le plaisir de l'attente avant la récompense.

Premières notes mélancoliques au piano. Retardataires qui chuchotent dans mon dos.

Premières images: manifestation. "Travail pour tous," scandent-ils. On se croirait chez nous, l'italien en plus.

Puis surprise: c'est un film que l'on tourne. La réalisatrice dirige ses acteurs avec ces phrases énigmatiques que l'on entend parfois chez les artistes.

La réalisatrice, c'est Margherita. Elle nous fait un remake italien du Ressources Humaines de Cantet.



Margherita est accro au boulot. Peut-être se perd-elle dans le travail pour oublier sa mère à l'hôpital.

Elle a une trouille bleue de perdre sa mère. Son frère, Giovanni, s'occupe de sa mère depuis longtemps, et prend le deuil à venir avec sérénité. On suit Margherita, dans son métier, sa vie de famille. Point de flashbacks, point de pathos. Aucune facilité de la part de Moretti, juste une photo sobre, des plans à la fois simples et élégants, comme le frère et la sœur que l'on voit s'éloigner, Margherita et sa démarche élégante, et Giovanni, digne et discret, les mains dans la dos.

Vivre et laisser partir


Nanni Moretti sait parler de deuil comme personne. On le savait avec La Chambre du fils.



Margherita reste un mystère. Point d'explication psychologisante du pourquoi de sa trouille. Le jeu des acteurs suffit. Tout est dit en images.

Mon esprit littéraire pourrait creuser les éléments du film pour y trouver quelque métaphore, mise en abîme du cinéma, oui oui, absurdité du métier et de l'existence, d'accord, la mort si ténébreuse qu'on y perd son latin... pourquoi pas.

Mais voilà, pas envie. Pas envie de parler métaphore aujourd'hui. Le méta-filmique c'est bien pour les dissertations, mais Mia Madre donne envie d'autre chose. 

L'un de mes profs, à la Sorbonne, il y a des années m'avait dit:

"L'art, c'est ce qui vous dit que la vie est plus importante que l'art."

Nanni Moretti est un artiste. Il donne  envie de vivre plus fort.


D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire:


      



Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !