mercredi 30 décembre 2015

STEVE JOBS, AVEC MICHAEL FASSBENDER: NOM DE CODE LISA





Après un premier biopic en 2013 sur l'homme qui mit une pomme lumineuse au dos des ordis, en voici un deuxième, avec Fassbender dans le rôle-titre plutôt que Ashton Kutcher.

Si Ashton Kutcher ressemblait davantage au jeune Jobs physiquement, Fassbender est meilleur acteur, mais là, je ne vous apprends rien.

Le film de Joshua Michael Stern avait le défaut attendu: celui de l'hagiographie. On témoignait vaguement, lors d'une courte scène, du caractère colérique de Jobs en tant que patron, mais l'essentiel du film célébrait le génie, jusqu'au final, écœurant. Jobs insiste sur la dimension décalée, geek et sympa de ce futur roi de la technologie.




Le ton de Steve Jobs de Danny Boyle est disons aux antipodes. C'est le côté désagréable du businessman qui est mis en lumière, et sa relation compliquée avec sa fille, qu'il n'a reconnue qu'au bout de plusieurs années. Ce pan de la vie de Jobs était complètement occulté dans le film de 2013, et on peut dire qu'ici il est omniprésent.

Qu'apprend-t-on réellement de Steve Jobs ? Rien. Même les novices sur son parcours ne sortiront pas plus instruits de la salle de cinéma.

Danny Boyle fait dans Steve Jobs ce qu'il n'avait jamais fait avant: la morale. C'est l'histoire d'un méchant monsieur qui néglige son ex-femme et sa fille, raconte des horreurs dans la presse et méprise ses plus fidèles amis et collaborateurs, Steve Wozniak et Andy Hertzfeld.


Michael Stuhlbarg (Andy Hertzfeld) Michael Fassbender et Kate Winslet dans Steve Jobs, de Danny Boyle (2015)
Michael Stuhlbarg (Andy Hertzfeld) Michael Fassbender et Kate Winslet dans Steve Jobs, de Danny Boyle (2015)

Dans le rapport qu'il entretient avec les autres, cette version de Steve Jobs rappelle le Mark Zuckerberg de Fincher dans The Social Network: obsédé par lui-même, blessant, à l'ego surdimensionné.




 On ne s'étonnera pas que le scénariste de Steve Jobs soit celui de The Social Network. Dommage que Fincher n'ait pas été aux commandes de la réalisation cette fois-ci. En effet, Fincher parvenait à rendre Zuckerberg attachant: il finissait millionnaire, mais seul, sans amis et privé de la fille qu'il aime.

L'aimée de Steve Jobs selon Danny Boyle, c'est Lisa.




Difficile d'imaginer la nuit de noces.

En fait, l'ordi s'appelle Lisa en référence, non pas à la femme de Jobs, mais à sa fille.




Danny Boyle pense nous montrer Jobs par l'angle de l'intime en insistant sur cette petite fille, reniée jusqu'à l'âge adulte par un père obsédé par son oeuvre. 

Seulement, le scénario tourne court. On passe une bonne partie du film avant le grand moment de Jobs, où son ordinateur dira au public "Hello," et suscitera une l'admiration générale.

Le Steve Jobs de Danny Boyle est un énième Scrooge, vilain monsieur qui s'amende, salopard qui s'excuse après des années de négligence auprès de sa fille, restée douce et intègre.




J'aimerais tant vous en dire plus. À part la composition convaincante de Fassbender, le plaisir de voir Kate Winslet à l'écran, et Seth Rodgen autrement que dans un rôle potache, je ne sais pas quoi écrire.

Est-ce la vie de Jobs qui s'avère finalement peu intéressante, alors qu'il a révolutionné le monde de l'informatique, de la téléphonie, de la musique même ?

Quatre ans après la mort du visionnaire, une question demeure: réalisera-t-on un jour un bon biopic de Steve Jobs ?


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