samedi 2 janvier 2016

THE REVENANT, AVEC LEONARDO DICAPRIO: LÉO LE SURVIVANT




Un survival movie pas comme les autres


Qui a dit que le survival movie était forcément un blockbuster épouvantable ? The Revenant est un survival movie pas comme les autres: photo superbe, paysages majestueux, plans magnifiques en steady cam et acteurs de composition peuplent ce nouveau film d'Alejandro Gonzales Inarritu.

Après l'homme-oiseau, voici l'homme-ours. Hugh Glass est trappeur: il tue des animaux pour leur fourrure avant de les revendre.


Leonardo di Caprio dans The Revenant, de Alejandro Gonzales Inarritu (2015)
Leonardo DiCaprio dans The Revenant, de Alejandro Gonzales Inarritu (2015)


Le fusil sur l'épaule, il se fait un jour attaquer par une ourse qui protège ses petits. Hugh Glass se fait laminer par ce grizzly en colère dans un réalisme saisissant. Une fois que l'ourse s'éloigne, plutôt que de faire le mort, Glass, contre toute attente et toute logique, essaie de la tuer à coup de fusil. C'est folie, et sur le moment je me suis dit qu'il s'agissait d'une grosse incohérence scénaristique: si un homme connaît la nature comme ce doit être le cas d'un trappeur, il sait qu'un ours n'attaque que s'il se sent menacé. Un fusil, bien sûr, ne pardonne pas. Tirer sur un ours qui vient de l'attaquer revient à signer son arrêt de mort. Effectivement, le grizzly revient à la charge, et l'écrase de nouveau.

Incohérence scénaristique, alors ? Peut-être pas. Hugh Glass agit envers ce grizzly comme le capitaine Achab envers Moby Dick: il veut sa vengeance.


La soif de vengeance


Cette scène expose la faille tragique de Glass. Dans toutes les tragédies, la vengeance consume d'abord le rancunier, et le méchant dont il se venge jubile, y compris dans le dernier instant, comme un diable qui lui aurait volé son âme. 

C'est la faille de Glass, sa fragilité: si l'on se fie à l'onomastique, il s'agit d'un homme de verre (il s'appelle Grass - herbe - dans le roman original de Michael Punk.)  Fragile dans l'âme, fort par le corps et la psychologie, Hugh Glass est un survivant. Il réchappe de peu à l'attaque de l'ourse. Puis l'un des trappeurs de son équipe, John Fitzgerald, veut le laisser pour mort. Dans une bagarre, il tue le fils de Glass, né d'une mère indienne.

John Fitzgerald (Tom Hardy) dans The Revenant
John Fitzgerald (Tom Hardy) dans The Revenant

Voilà donc le point de départ de The Revenant. Le revenant, c'est cet homme qui aurait dû mourir plusieurs fois mais s'accroche à la vie, et traverse des contrées hostiles dans un hiver terrible, avec pour seul moteur sa soif de vengeance.

Les plans sur les paysages rappellent les plus beaux films de Jean-Jacques Annaud. Nous sommes dans le Missouri, en 1823. La fameuse expédition de Lewis et Clark ordonnée par Jefferson a ouvert la frontière vers l'Ouest. Inarritu préfère les plans larges aux plans-séquences quelque peu complaisants de Birdman.


Le rapport à la nature et aux Indiens évoque Danse avec les loups. The Revenant est riche, complexe, et offre une réflexion sur l'ambiguïté des relations entre hommes blancs et Indiens en Amérique du Nord. La femme indienne de Glass et son fils sont une invention d'Inarritu, et donnent une ampleur au film que le roman n'avait pas.



La couverture du livre est trompeuse: elle donne l'impression que Glass voudra à tout prix se venger de l'ourse, comme Achab de Moby Dick. Or, c'est bien des traîtres qui ont voulu le laisser mourir qu'il cherche à se venger. Surtout, dans le film, il traquera l'assassin de son fils, John Fitzgerald.

Une étonnante lutte pour survivre


La lutte de Glass pour sa survie est en tout point étonnante: seul contre les forces de la nature, parfois aidé par des Indiens qu'il rencontre, Glass traverse maintes épreuves qui auraient eu raison de nombreux hommes. Certaines scènes paraissent invraisemblables, notamment celle de la chute dans le ravin, qui tue le cheval et non le cavalier. Glass a comme ça un côté MacGyver.

Plus sérieusement, la photo du film et le personnage évoquent La Route, de John Hillcoat, inspiré du roman de MacCormac.

Viggo Mortensen dans La Route, de John Hillcoat (2009)
Viggo Mortensen dans La Route, de John Hillcoat (2009)

Leonardo di Caprio dans The Revenant, de Alejandro Gonzales Inarritu (2015)
Leonardo DiCaprio dans The Revenant, de Alejandro Gonzales Inarritu (2015)

Tout est surprenant, dans The Revenant. La fin est pleine de rebondissements qui confinent le film au chef-d'oeuvre.

Oui, un film peut être meilleur que le livre d'où il est tiré. Si l'on met un génie à la réalisation et que l'on ajoute à la trame des éléments qui l'élèvent vers l'universel. The Revenant vaut aussi pour ses interprètes: DiCaprio, bien sûr, mais aussi Tom Hardy (que l'on retrouvera bientôt dans le très bon Legend) en John Fitzgerald, et Domhnall Gleeson dans le rôle de Andrew Henry.


DiCaprio mérite l'oscar


DiCaprio est un bosseur. Il donne la sensation, pendant The Revenant, d'avoir "Je veux l'oscar" imprimé sur son front. Il ne l'aurait pas volé pour Le Loup de Wall Street, même si j'ai un faible pour la performance de Matthew Mc Connaughey dans Dallas Buyers Club.

Il est temps que la profession voie DiCaprio autrement que comme un naufragé qui fait pleurer les jeunes filles. DiCaprio est un acteur de composition qui choisit extrêmement bien ses rôles. Si jamais il n'obtient pas la statuette d'or cependant, on se souviendra de son regard cristallin, plein de colère et de chagrin. On se souviendra de l'avoir suivi, une fois de plus, jusqu'à son dernier souffle.


D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire: 


          


Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !