vendredi 26 février 2016

BROOKLYN, AVEC SAOIRSE RONAN: SHOULD I STAY OR SHOULD I GO ?



Eilis Island


Eilis est irlandaise. Elle a 18 ans et veut quitter sa petite ville natale à la mentalité étriquée. Sa sœur, avec l'aide d'un prêtre installé en Amérique, lui obtient un emploi et un logement. "Eilis" peut donc partir pour "Ellis" Island, lieu de passage des immigrants pour le nouveau monde. 


Brooklyn commence comme "Eveline" de Joyce. La jeune fille de Dubliners hésite entre prendre le bateau avec l'homme qu'elle aime et rester auprès de son père, comme elle l'avait promis à sa mère sur son lit de mort.




Elle oscille jusqu'à la dernière seconde, puis laisse partir son amoureux, en restant finalement sur le quai. Eilis se demande si elle a le droit de traverser l'Atlantique, et laisser derrière elle sa mère et sa sœur. Eveline et Eilis travaillent toutes deux dans une boutique aux ordres d'une patronne peu commode, et rêvent d'évasion.

Je ne pensais pas dire un jour d'un film qu'il est trop littéraire, et pourtant, c'est ainsi que m'est apparu Brooklyn: sage, linéaire. Si le scénario ne manque pas de drames, il manque de rebondissements, le rythme est bancal, et malgré les épreuves d'Eilis, le film semble ne rien raconter.

De Brooklyn à Dublin


Les Irlandais savent habituellement conter les histoires d'émigration. Il faut dire que beaucoup d'entre eux ont quitté l'île d'émeraude dans les périodes de famine ou de crise, souvent pour les Etats-Unis. John Crowley et Paul Tsan tenaient un beau sujet en adaptant le roman de Colm Toibin. Eilis a le cœur prisonnier de deux endroits, Dublin et Brooklyn. L'adaptation se permet de changer sa ville natale, Dublin, en Enniscorthy, bourgade du sud-est de l'île. Ce patelin est caricaturé, montrant la patronne de la boutique, Miss Kelly, en représentante de la bêtise locale.

Le drame qui lui fera regretter l'Irlande arrive très tard dans le film, et la fin apparaît bâclée. Saoirse Ronan porte le film, comme souvent, mais elle ne suffit pas. On peut être touché par le destin d'Eilis mais le personnage ne parvient pas à bouleverser.

C'est drôle, l'un des meilleurs récits d'émigration parlait d'un voyage en sens inverse, de Brooklyn en Irlande. Frank McCourt, né dans dans la banlieue new-yorkaise, s'étonnait s'embarquer pour Limerick, sur la côte ouest irlandaise, suite à la décision de son père de revenir aux sources.



Nous voilà plongés dans la misère irlandaise des années 30 et 40, par la voix d'un petit garçon inoubliable. Ça a d'ailleurs donné un bon film.




Franck McCourt est devenu l'un des écrivains les plus aimés d'Irlande. Pourtant, il n'épargne pas le pays: sévérité des prêtres à l'école, misère générale, méfiance entre Irlandais du Nord et du Sud, le roman n'idéalise rien, ne gomme rien du malheur.

Il existe de nombreux films qui valent le détour sur l'immigration en Amérique, comme The Immigrant, de James Gray, sorti en 2013.




Marion Cotillard y incarne une immigrante polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur.

Sur un ton plus léger et plus familial, on découvrait en 1986 un souriceau russe qui émigrait avec sa famille, et se perdait dans la Grande Pomme.




Brooklyn: un casting répétitif


C'est toujours une joie de voir Saoirse Ronan à l'écran. Les autres acteurs sont bons, mais une chose me gêne concernant les productions récentes des îles britanniques. Vous avez remarqué comme les mêmes acteurs tournent en boucle ? Je les appelle "La bande à Potter," tant on retrouve, presque à chaque fois, les comédiens de la saga Warner Bros. Dans Brooklyn, il s'agit de Julie Walters, Jim Broadbent et Domhnall Gleeson.

Le film, enfin, est trop long. Il narre en 1h50 ce qui tiendrait largement en 1h30. Le scénario est assez cul-cul (rien d'étonnant de la part de Nick Hornby, scénariste de About a Boy.) Je me demande pourquoi Brooklyn a reçu tant d'honneurs, et une ovation à Sundance, ce qui est généralement bon signe. Il est même nommé aux oscars. Je souhaite le meilleur à Saoirse Ronan, que je trouve douée depuis The Lovely Bones, sorti en 2009, mais pour la statuette je parie sur Cate Blanchett dans Carol.


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