jeudi 11 février 2016

CHOCOLAT: LE TRIOMPHE D'OMAR SY






On a lu beaucoup de choses sur Chocolat, et j'ai voulu attendre une semaine pour parler d'un film que j'ai trouvé touchant, bien vu, et bien interprété.

Omar Sy, éternel clown ?


Omar Sy a démarré avec Omar et Fred dans le SAV (service après vente) des émissions. Des sketches sympathiques, courts, où il on le voyait souvent rire à ses propres blagues.





Il m'a semblé, dans Intouchables, qu'il tenait le même type de rôle: l'amuseur, le bouffon qui faisait rire le riche paraplégique. Pour avoir revu le film récemment, je le trouve toujours émaillé de clichés gênants. Le jeune incarné par Omar Sy vient des quartiers, c'est un cliché ambulant: au début du film, c'est un paresseux qui attend ses allocations. Une fois chez le millionnaire, il ne s'intéresse qu'à la luxueuse salle de bains et à la voiture. Il méprise l'opéra et la musique classique en général. Il méprise aussi l'art contemporain, jusqu'au jour où il peut en tirer de l'argent. Son employeur dit de lui "il est costaud, il a deux bras, deux jambes, un cerveau qui fonctionne." Il sait danser sur du funk, aussi.

Dans Intouchables se succèdent les clichés, et le succès populaire, s'il faisait plaisir pour le cinéma français, me mettait quelque peu mal à l'aise: le public se reconnaissait dans ces stéréotypes et les acclamait, en applaudissant en fin de projection. Ils y ont vu une belle amitié entre deux abîmés de l'existence ? Fort bien. Mais moi et ma tête d'intello, on y a vu que les clichés coloniaux avaient la vie dure. Le Noir, dans Intouchables, rit toujours à ses propres blagues, il est ignare mais sympathique.


Marre.

On me trouvera sans doute trop sévère avec ce film qui a ému les foules. Chose nouvelle cependant dans la trame d'Intouchables: l'employé n'est pas soumis au maître comme les gentils esclaves d'Autant en emporte le vent.

C'est cette veine-là qui m'a plu dans Chocolat.

Le rire comme arme subversive


On a reproché au film de n'être pas assez politique. Mais si. Il est politique sans arrêt. Seulement, plutôt que de choisir le ton de l'indignation et du pamphlet, Roschdy Zem a élu le rire comme arme subversive, et ça marche. On comprend suffisamment les clichés coloniaux dans Chocolat: le nom même du protagoniste (c'est la Colonisation, rappelons-le qui a importé le chocolat en France) son rôle de sauvage dans le premier cirque où il travaille, la caricature de Felix Potin du clown en singe. Pas besoin de marteler l'époque pour qu'elle soit omniprésente.

Omar Sy a trouvé dans ce rôle une place intéressante. Il n'est jamais plus drôle et subversif que lorsqu'il se moque des Blancs. Dans l'une des scènes il imite le blanc bourgeois, son accent, ses manières, pour convaincre Footit de rejoindre une nouvelle troupe.

Les Noirs qui se moquent des Blancs, c'est finalement assez rare. se moquer d'eux-mêmes, oui. D'un dictateur africain, sans doute. C'est ce qu'a fait Eric Blanc, au nom ironique. Mais avant cela, il avait osé, pendant la 13ème nuit des Césars, se moquer d'Henri Chapier, alors grand manitou de la télévision et du cinéma (à 30 secondes sur cette vidéo.)



Je n'aime pas non plus les clichés sur les homosexuels. Mais a-t-on reproché à Fernandel de se moquer d'eux ? Il y avait quelque chose de plus dans le sketch d'Eric Blanc: de l'insolence. Il s'attaquait au pourvoir en place et ça lui a d'ailleurs coûté sa carrière à l'époque. Le texte de son sketch était très drôle, dommage qu'il s'en repente aujourd'hui. Il avoue à demi-mots, en fin d'interview, qu'il pratique l'auto-censure. Ardisson le félicite pourtant de son talent pour imiter les Blancs. Il dit de lui qu'il est un "Bounty," et Eric Blanc, étonnamment, le prend bien. Or, "Bounty," et "Oreo" de l'autre côté de l'Atlantique, désignent ces Noirs que l'on pense blancs à l'intérieur. Obama, entre autres, a été victime de l'insulte. 

Je n'aime pas le terme "Bounty." Je pense que c'est justement ce type d'insulte qui empêche l'égalité entre Noirs et Blancs. Est-ce que Raphaël Padilla (vrai nom de Chocolat) était un Bounty de vouloir jouer Shakespeare ? De donner, pour la première fois, un visage noir à Othello ? Omar Sy joue très bien ce clown qui, comme Molière, a du mal avec la tragédie. Raphaël Padilla en Othello n'est ni plus mauvais, ni meilleur qu'un autre. Il émeut cependant la salle, mais au moment du salut, il redevient Chocolat, clown noir qui a osé s'atteler à un classique, et se fait huer par des bourgeois en costard.


Le vrai triomphe d'Omar Sy



Le triomphe d'Omar Sy aura lieu quand on ne fera plus la différence entre un acteur noir et un blanc. Quand un Noir jouera Hamlet ou le Médecin malgré lui sans qu'on s'en étonne, sans que l'on demande au metteur en scène s'il y a derrière son choix une conviction politique.

Je veux voir une Lady Macbeth noire sans entendre à la fin du spectacle "Une Lady Macbeth noire, c'est original." Je veux entendre "Elle était douée pour le rôle" ou "Elle était mauvaise." Quand on verra à la Comédie Française un Noir dans le premier rôle plutôt qu'un rôle secondaire. Quand le Noir ne sera plus le rigolo de service, ou l'intello à lunettes (vous verrez dans Chocolat une figure de Malcolm X, qui est un autre cliché du Noir au cinéma.) Je veux voir un Noir en héros ailleurs que dans un film social. Je veux que ma voisine ne dise plus de sa fille parce qu'elle rit aux éclats devant Omar Sy "Elle adore les Noirs" mais "Elle aime Omar Sy" ou "Omar Sy la fait rire." Cette petite fille, qui a cinq ans aujourd'hui, verra peut-être un jour un Roméo noir au théâtre sans s'en étonner. 

C'est le "peut-être" qui me tue.



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4 commentaires:

  1. Pour ma part, j'ai trouvé ce film intéressant, sincère mais maladroit, je trouve que la mise en scène reste faible par rapport à l'importance du sujet. Omar Sy est, comme souvent, bon mais, même si le duo formé fonctionne, je trouve que son partenaire James Thierrée plus impressionnant.

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    1. Assez d'accord. c'est vrai que le film, surtout au début, apparaît un peu scolaire. Je suis comme toi, je préfère James Thierrée, excellent en clown triste. Il a sûrement été acteur de théâtre, c'est l'impression qu'il donne dans sa diction...

      Bonnes séances !

      Marla

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  2. On pouvait espérer mieux. C'est vrai que la mise en scène est un peu faible.
    Dommage, il y avait de quoi faire mieux.

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    1. Oui, c'est un peu scolaire, avec des rôles secondaires caricaturaux, comme ces méchants patrons de cirque façon Thénardier dans Les Misérables. Mais je trouve que l'émotion l'emporte tout de même.

      Bonne soirée,

      Marla

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