vendredi 22 avril 2016

DEMOLITION: JAKE GYLLENHAAL CASSE LA BARAQUE




Dans Demolition, de Jean-Marc Vallée, Jake Gyllenhaal joue un homme terne, mal dans sa peau, au triste quotidien d'employé de bureau. Il perd sa femme dans un accident de voiture, et se rend compte, comme l’Étranger de Camus après la mort de sa mère, qu'il ne ressent rien.




Le personnage de Camus était en procès pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère, et l'on intenterait presque un procès à Davis Mitchell de ne pas pleurer la mort de sa douce épouse, Julia, incarnée par Heather Lind.

Jean-Marc Vallée continue donc, après C.R.A.Z.Y., son exploration du mal être, et s'attaque à ce fléau du siècle: l'impossibilité, pour certaines personnes anesthésiées du monde, d'avoir accès à leurs émotions.

Un film qui vous en rappellera d'autres


Bien sûr que Julia manque à Davis, il pense à elle, à son visage, à sa douceur. Elle lui manque, mais il ne s'en rend pas compte. En bref, il ne sent pas qu'il sent. Le cinéma s'est souvent penché sur ce phénomène contemporain, dont Matthieu Delaporte et son très bon Un Illustre Inconnu. 

La voix off de Davis, qui semble avoir tant agacé les critiques, a en fait toute sa place dans ce voyage introspectif. Cette voix off qui parle de lui à la troisième personne rappelle le cheminement du narrateur dans Fight Club, notamment le monologue "Je suis la vie gâchée de Jack." 


Le désir anarchique de Davis évoque la révolte du narrateur, aidé par Tyler Durden.

Alors bien sûr, Demolition vous rappellera d'autres films, sans doute meilleurs, et même la série Six Feet Under, avec cette réflexion du père (toujours impérial Chris Cooper) sur l'absence de mot pour désigner les parents qui ont perdu leur fils ou fille. Brenda, dans Six Feet Under, disait:

You know what I find interesting? If you lose a spouse, you're called a widow, or a widower. If you're a child and you lose your parents, then you're an orphan. But what's the word to describe a parent who loses a child? I guess that's just too fucking awful to even have a name.
Tu sais ce que je trouve intéressant ? Si tu perds un époux, on t'appelle veuf ou veuve. Si tu es un enfant et que tu perds tes parents, on te nomme orphelin. Mais quel est le mot pour désigner un parent qui a perdu un enfant ? J'imagine que c'est trop affreux pour être nommé.


Sans oublier les films où le héros, comme Davis Mitchell, finit par péter un câble dans sa vie bien rangée.

Davis démonte les objets du quotidien (armoires, appliques) pour voir ce qui se cache à l'intérieur, incapable de comprendre comment il fonctionne lui-même. Métaphore intelligente, donc, d'un mal du siècle.


Jean-Marc Vallée s'attelle à nouveau à l'un de ses sujets de prédilection, l'homosexualité. Dans C.R.A.Z.Y. comme Dallas Buyers Club, le héros a une homosexualité difficile à assumer. Dans Demolition, il s'agit d'un ado mal dans sa peau. Chris. Davis et Chris vont s'aider l'un l'autre quant à leur crise existentielle. Naomi Watts vient compléter ce trio attachant.

Demolition est vraiment un film à voir, et l'un des meilleurs du moment. C'est une bonne surprise, surtout après Wild, du même Jean-Marc Vallée, qui était carrément mauvais. 

Demolition, histoire de deuil pas comme les autres, vous donnera, plutôt que l'envie de tout casser, la sensation de respirer mieux.



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !