lundi 25 avril 2016

EXTRAORDINARY TALES: LA POÉSIE DANS LA POE






Fans d'Edgar Poe, à vos écrans ! Extraordinary Tales propose une série de courts métrages d'animation sur le pionnier du gothique. Chaque court métrage adapte une nouvelle de Poe.

En guise de fil rouge, un corbeau narrateur, Poe lui-même, en visite sur sa propre tombe. Il dialogue avec une voix féminine qui n'est autre que la Mort, son obsession, sa source d'inspiration en prose et en poésie.



Le roi et le corbeau


L'intro du film de Raul Garcia a un côté Le Roi et l'oiseau, avec sa bande originale mélancolique et cet oiseau noir aux ailes de papier. Tous les personnages de Poe peuplent ce cimetière, où il s'en va nous conter ses célèbres histoires.

Ce sont bien les meilleurs moments du film, ces interludes poétiques entre l'esprit de Poe et la grande faucheuse.

La série de courts pose le problème attendu, celui d'un ensemble inégal. Si l'on peut être séduit par le graphisme de "La Chute de la maison d'Usher," "Le Puits et le Pendule," et "Le Masque de la mort rouge," on peut s'interroger sur celui du "Coeur révélateur" et "La Vérité sur le cas de M. Valdemar."

Et encore, même le graphisme des meilleurs courts peut rappeler les jeux vidéo, ce qui ne sera pas du goût de tout le monde. "La Chute de la maison Usher," par exemple, évoque le jeu vidéo Dracula.



"Le Puits et le Pendule" peut plaire par sa dimension ultra-réaliste (les rats, à ce titre, sont effrayants) mais ne vaut pas les adaptations de Roger Corman (d'ailleurs présent au casting) ou le court de Jan Svankmajer


Un film trop scolaire


L'aquarelle du "Masque de la mort rouge" est bien trouvée, et il est intéressant d'avoir choisi l'absence de dialogue. Car c'est bien le problème de Extraordinary Tales: la narration. Le film donne l'impression d'un livre audio illustré au cinéma.

La vieille cassette avec la voix enregistrée de Bel Lugosi en est le meilleur exemple: Vous vous souvenez de ces cassettes qui sautent pendant le cours d'anglais, avec un bruit de crachat en guise de fond sonore ?


C'est ce genre de son que l'on entend sur "Le Cœur révélateur," hélas. Avec ce graphisme façon BD qui évoque Frank Miller sans la fluidité, le conte de Poe apparaît vieillot, ampoulé, scolaire.




Comment intéresser la jeune génération aux nouvelles de Poe, si on leur donne le sentiment qu'ils regardent un film pédagogique ? À part quelques vieux profs d'anglais nostalgiques, qui ce film peut-il séduire ?

Le cinéma, plutôt que de dire, permet de montrer. Pourquoi, dans ce cas, garder la voix off traditionnelle, si ce n'est se faire plaisir en invitant un prestigieux casting de voix: Christopher Lee, Bela Lugosi, Corman et Guillermo Del Toro restent entre eux, se font un bœuf, mais ne parviennent pas à transmettre la beauté du texte et de la trame au spectateur.

Nouvelles pas fraîches


Tous les clichés gothiques sont poussés à l'extrême: la maison qui craque, l'orage au-dehors, la femme pâle et émaciée, habillée de noir, qui traverse les couloirs tel un fantôme. 

Plutôt que de rajeunir les histoires de Poe, les raconter de manière différente, Extraordinary Tales semble guindé. J'imagine déjà mes nièces somnoler devant, bercées par la musique des mots sans vraiment les comprendre, intéressées par les images le temps de la nouveauté seulement.

Allez voir Extraordinary Tales par curiosité, et revenez me voir pour qu'on en parle. Mais on gagne peut-être plus à (re)découvrir les nouvelles à l'écrit. Quand l'auteur est grand, les images jaillissent d'elles-mêmes.




D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !





Ça peut vous plaire:



     


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire