mardi 9 août 2016

BAD MOMS : TROIS FEMMES À LA MÈRE







Par Clément


Que doit être la famille ? Une cellule où les désirs du couple doivent s’effacer au nom de "l’unité familiale" et "les compromis". Les enfants ? Des têtes blondes qui exigent votre attention et votre énergie en permanence, sans quoi vous êtes un parent égoïste. À coup de sacrifices pour la sacro-sainte famille, névrose et frustration bouillonnent. 

Et il suffit d’un grain de sable, comme une Lolita, pour tout bousiller. Comme dans American Beauty (1999) où Kevin Spacey retrouve son amour-propre, Annette Bening apprend à s'affirmer, et Thora Birch découvre l’art et la sexualité. Le tout se fait en dynamitant l’image de la famille souriante et lisse, celle-là même que raillait La famille Jones, famille publicitaire, avec son papa, sa maman, et ses ados au sourire Colgate… Mais c’est toujours mieux que de transformer le cocon familial et les conventions sociales en tombeau des volontés, comme pour le héros du Temps de l’innocence  de Martin Scorsese (1993).

Mais comment font les femmes ?


Et la mère ? Renforçons le patriarcat avec du féminisme mal digéré: qu’elles fassent tout à la fois ! Soyez une working girl, élevez votre mari comme un autre enfant car il est bien fatigué avec ses petits problèmes, occupez-vous de vos enfants, et soyez une fée du logis car ça fera toujours bien sur votre CV de femme exemplaire. 


L’une des iconiques figures de cette matriarche sacrificielle est Ruth Fisher, la mère de la série Six Feet Under (créée par Alan Ball, scénariste d’American Beauty), personnification de la "mère parfaite" qui, à la mort de son époux, prend conscience qu’elle n’a jamais rien fait pour elle-même, et décide que cela change, envers et contre tout.

Frances Conroy en Ruth Fisher, mère-courage dans Six Feet Under
Frances Conroy en Ruth Fisher, mère-courage dans Six Feet Under


Kristin Scott Thomas suivra le même exemple dans Partir… de Catherine Corsini.  Idem pour Isabelle Huppert dans Villa Amalia

Bad Moms: une comédie pop-corn


Mais dans une comédie pop-corn (j’en ai réellement pris pour la séance, je plaide coupable), il faut que le changement soit rapide et spectaculaire. Aussi, Amy Mitchell (Mila Kunis), WonderMother des temps modernes, en a marre d’être sous-payée, de courir d’un endroit à l’autre, d’élever sa progéniture dans le culte de "l’enfant-roi", d’être délaissée par un mari paresseux, fatigué, et à sa manière lui aussi piégé dans la sacralisation de la famille. 


Mila Kunis dans Bad Moms
Mila Kunis dans Bad Moms


Un jour, elle explose, et se métamorphose en "bad mom", soutenue par deux consœurs d’infortune, et ça va faire mal...

Un honnête divertissement


Ce besoin de régression comme échappatoire à une vie sclérosée ne date pas d’hier : John Cassavetes le mettait en scène dès 1972 dans HusbandsDans son soap malin Desperate Housewives, Marc Cherry créait un quatuor de femmes engoncées souhaitant trouver un sens à leur vie, quitte à semer de (nombreuses) catastrophes. 

Amy, Kiki, et Carla cherchent à leur tour à fuir leurs familles-sépulcres où reposent leurs désirs et leurs volontés. Comme elles n’ont aucune chance qu’un élément fantastique leur rende leur vie de jeune fille comme dans Camille redouble, elles vont retrouver leur jeunesse par tous les moyens : beuveries, dérapages dans un supermarché, infidélités, enfants livrés à eux-mêmes, débauches en tous genres… 

Elles retrouvent ce faisant les facettes de leur vrai caractère, très largement inspirées de Sex and the city. Amy tient pas mal de Carrie (la mode en moins), Kiki a les douces intonations de Charlotte, et Carla, la "crazy" du film, est une Samantha sous LSD : elle enchaîne 10 répliques qui tuent par minute. Sur leur chemin, une vipère blonde. Sur le papier, cette comédie a tout du film réussi. Alors pourquoi Bad Moms ne reste qu’un honnête divertissement ?


En avant la caricature !


Les scénaristes/réalisateurs de ce film s’y connaissent en rythme comique : ils ont écrit les deux premiers volets de Very Bad Trip, comédies qui valent ce qu’elles valent, mais dont on ne peut nier le train d’enfer. Or, c’est là le problème : ces faiseurs de gags ne se servent que de stéréotypes grossis jusqu’à l'extrême. Chacun des personnages est unidimensionnel : la croqueuse vulgaire, la timide effacée, la tyrannique et sa garde rapprochée, le mari falot et désespérant, les enfants (plus ou moins) criards, le bel étalon… Même Amy, la protagoniste, en reste à un mélange consensuel de ces caractères. On a l’impression de voir des rouages plutôt que des personnages. 

La famille d’Amy est ainsi trop stéréotypée pour convaincre. Le film donne l’impression de ne s’adresser à personne, suivant un scénario rachitique (tout est prévisible à des kilomètres, la seule variable étant le degré de comédie et de gras) jusqu’à son happy end étiré et caricatural, mais qui ne manque pas d’une légère amoralité.


Si vous aimez les comédies régressives...


Et l’humour ? Soyons honnêtes, je suis grand fan de Judd Apatow, fin observateur des crises d’adultes sous sa tonique couche d’humour gras, et le film s’en inspire vraisemblablement (on compte dans le casting Annie Mumolo, de la comédie Mes Meilleures amies). Sauf que l'humour lui-même est caricaturé.

Comédie pop-corn de l’été, dont l’ambition sociologique sincère est minorée par ses personnages clichés et son humour gras, Bad Moms est un exemple d’essai non transformé en matière de comédie populaire sociale. Elle est souvent drôle, rapide, les actrices s’en donnent à cœur joie. Le film fera fuir, cependant, les intolérants à la comédie régressive. À regarder en laissant le cerveau à l'entrée de la salle.



Et vous, que pensez-vous du film ? Dites le en commentaire !



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !