vendredi 12 août 2016

L'ÉCONOMIE DU COUPLE: QUAND L'AMOUR RÈGLE SES COMPTES




L'Economie du couple, c'est quand on ne parle plus d'amour mais d'argent. Le dialogue de Marie et Boris est envahi par les chiffres. Comme deux personnes en instance de divorce. Et ça crie dans la maison, et les fillettes en pleurent. On partage les choses quand on partage plus les rêves. 

Tant pis si parfois les voix sonnent un peu faux, dans un couple qui déchante après tout c'est normal. Ce qui est grand dans le film de Lafosse, c'est que beaucoup se reconnaîtront: les couples qui se déchirent, ceux qui ont vu leurs parents en disgrâce l'un de l'autre, se disputer un meuble, un livre, un bout d'appartement, les bijoux de grand-mère.

Ça rappelle l'amertume du personnage de Billy Cristal dans Quand Harry rencontre Sally. Il conseille à ses amis pendant qu'ils s'installent: "Mettez vos noms dans vos bouquins dès maintenant. Un jour vous vous battrez pour savoir à qui appartient  cette putain d'assiette. Cette assiette à trois dollars vous coûtera des milliers de dollars en coups de fil à votre avocat."

C'est que Harry avait divorcé d'Helen peu avant. Mais la femme de sa vie, c'est Sally, d'avec qui il divorce tous les cinq ans pour mieux la retrouver, la connaître, l'aimer.

L'Economie du couple ne vaut pas 5X2, l'un des deux grands films d'Ozon avec Sous le sable, où il contait à rebours le désamour d'un couple, du divorce aux premières lueurs.

La photo s'ensoleillait, depuis le gris comptable au soleil estival, en passant par le bleu de l'enfant et le blanc des noces.





La photo de Joachim Lafosse est sobre, sans pour autant faire téléfilm. Le plan-séquence passe d'un personnage à l'autre avec fluidité, les moments de bonheur font respirer la trame, tout est juste, tout sonne vrai. Dans le public, on a la sensation de participer à ce dîner entre amis où flotte le malaise. On espère avec eux, dans une chorégraphie à quatre. Tout est montré avec délicatesse, les non-dits, les enfants qui trinquent, chacun veut gagner mais se trompe de victoire.

Divorcer avec classe, c'est dur dans la comédie, alors imaginez le drame.

Il faut voir L'Economie du couple. Certains frissonneront de reconnaître des attitudes, des réflexions, des tons de voix où perce la rancœur là où le cœur n'est plus. Ce n'est pas haïr l'autre, c'est souffrir de ne plus le souffrir. Tout y est: la mauvaise foi de l'un, le désespoir de l'autre de tout contrôler, et le regard des gosses au milieu, navrés du naufrage.

Il faut voir L'Economie du couple, mais il faut pour cela avoir le cœur bien accroché. Et s'il est accroché à quelqu'un, douterez-vous de cette personne à la fin de la séance, ou la serrez-vous plus fort pour ne pas qu'elle s'évade ?

Si l'on pouvait commencer son histoire par la fin, comme dans le film d'Ozon, oserions-nous aimer ?

Oui, puisqu'il le faut. Puisque la mort d'un amour prouve au moins qu'il a vécu. On ne repousse pas le fruit avant d'avoir mordu dedans. Et si l'on s'empoisonne, au moins aura-t-on eu la pulpe et le jus et le sucre avant l'amertume. Et puisque sans le fruit, on meurt de soif, autant mourir moins vite et pour une belle raison.

Surtout, le poison n'est pas certain. C'est pour ça qu'on essaie.



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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !