mercredi 21 septembre 2016

JUSTE LA FIN DU MONDE, DE XAVIER DOLAN : UN AIR DE FAMILLE


Gaspard Ulliel (Louis) dans Juste la fin du monde, de Xavier Dolan (2016)




Je n'ai pas hésité une minute quant au titre de cet article. Depuis que j'ai découvert la bande-annonce, je me dis "Un Air de famille, ce sera très bien." Parce que j'aime bien le film de Klapisch. 


Affiche d'Un Air de famille, de Cédric Klapisch (1996)



Pendant Juste la fin du monde, j'ai beaucoup pensé au film de 96 : Cassel, c'est Bacri en plus agressif, Léa Seydoux reprend le rôle d'Agnès Jaoui, rebelle et plus intelligente que les autres. Marion Cotillard, c'est un peu Catherine Frot, perdue là avec son désespoir discret. 

La famille du film de Klapisch au grand complet : Catherine Frot, Wladimir Yordnaoff, Claire Maurier, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Jean-Paul Daroussin
La famille du film de Klapisch au grand complet : Catherine Frot, Wladimir Yordanoff, Claire Maurier, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Jean-Paul Daroussin


Reste Nathalie Baye, qui ressemble chez Dolan à une rombière sous la pluie, maquillée comme un carré d'as et habillée en clown. Et Gaspard Ulliel, que j'aime plutôt ici, même si je n'ai pas apprécié Saint-Laurent. Oui, tous ces acteurs sont doués, mais ne sauvent pas le film.

Moi qui ai tant aimé Mommy, en décernant à Dolan la caméra d'or, je suis allée, impatiente, à l'avant-première de Juste la fin du monde  à Bercy. Je m'attendais à pleurer, à crier au génie, mais rien. Quelques moments bien vus mais un ensemble lourd, pesant, trop long. Des plans arty pour cacher le manque d'enjeu, des gros plans sur les visages et sur les yeux pleurants du héros, dont personne ne remarque la tristesse.

  Le dîner de famille dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016)
Le dîner de famille dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016)

Les familles dysfonctionnelles au cinéma


La famille dysfonctionnelle n'est pas aisée à représenter au cinéma. Pourtant, certains films l'ont fait avec brio.

Festen, c'est génial. Mais bonjour le malaise.

Affiche de Festen


Le malaise dans Juste la fin du monde est bien là, mais au lieu d'être diffus, il passe d'un personnage à l'autre, ou plutôt d'un archétype à l'autre : le héros sensible, le frère agressif, la sœur artiste et rebelle, la mère qui surjoue la joie pour cacher le mal-être, la belle-sœur venue là comme une clandestine, impuissante au milieu de cette famille souffrante.

Il y a le road movie solaire Little Miss Sunshine, où la famille dysfonctionnelle s'aimait quand même, et se donnait pour but d'emmener la cadette à un concours de miss.

Abigail Breslin (Olive) dans Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006)
Abigail Breslin (Olive) dans Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006)

La meilleure famille dysfonctionnelle, au fond, n'est pas au cinéma, mais dans une série télévisée. Six Feet Under, c'est cinq saisons pour comprendre les Fisher, famille de croque-morts qui s'aime en se faisant du mal.

Les personnages de Six Feet Under, série d'Alan Ball (2001-2005)
Les personnages de Six Feet Under, série d'Alan Ball (2001-2005)

La relation entre Claire, la cadette, et son frère aîné Nate, parti pendant des années à Seattle pour revenir à la mort du père, est très proche de la relation entre Suzanne (Léa Seydoux) et Louis (Gaspard Ulliel) dans Juste la fin du monde. Quand il revient dans la maison familiale après 12 ans, il découvre sa sœur en jeune femme. Les deux se rendent compte qu'ils ne se connaissent pas. Et puisque une journée, c'est trop court...


Dolan est habituellement doué pour choisir sa bande originale. Si Eiffel 65 faisait des étincelles dans Mommy, le tube de boîte de nuit "Dragostea din tei" ne prend pas. Ça ne prend plus. Il n'y a que le générique de début pour sauver la mise. Camille est toujours un choix judicieux pour une BO. Son titre résume le film dans son entier : Home is Where it Hurts (à la maison, ça fait mal.) La chanson dit que le foyer n'est pas un port. "À la maison, dans ma maison, c'est là que j'ai peur," nous murmure Camille.





Le temps qui reste


Je suis un peu en colère contre Dolan. Il tenait un thème prometteur, et son film s'avère surfait comme un mauvais Ozon. Dans Le Temps qui reste (2005) le héros ne disait rien à personne, et c'était bien comme ça. 

Fallait-il une fin à la Peter's Friends, avec le personnage de Stephen Fry qui avouait à ses amis de jeunesse, juste avant le tic-tac du nouvel an, qu'il était gravement malade ?

  Le dîner du nouvel an dans Peter's Friends, de Kenneth Branagh (1992)
Le dîner du nouvel an dans Peter's Friends, de Kenneth Branagh (1992)

Je ne sais pas comment Juste la fin du monde aurait pu finir, mais certainement pas sur ce dernier plan cliché, cette lourde métaphore. Dolan reste un très bon cinéaste. Dans J'ai Tué ma mère, ça criait déjà entre mère et fils mais on y croyait dur comme fer. Il y avait une sincérité, un talent brut dans le film de 2009 (et dans Mommy) qu'on ne retrouve pas ici. Comme si Dolan avait trouvé la recette pour plaire à Cannes, et ne cherchait pas davantage.

J'aurais bien aimé dire, comme d'autres amis blogueurs, que Juste la fin du monde était ma palme du cœur. Mais non. J'attendrai Moi, Daniel Blake, et je verrai si j'aime toujours autant Ken Loach.

Pour Dolan, vous pouvez aller le voir, et j'espère que vous serez touché. Je suis toujours un peu navrée de ne pas adhérer à un film qui émeut des centaines d'autres. Allez le voir, donc. Et racontez-moi.


Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !