mercredi 14 septembre 2016

WHERE TO INVADE NEXT? LE TOUR DU MONDE DE MICHAEL MOORE






Michael revient, et je suis toujours ravie de le voir. Avec sa sympathie, son éternelle casquette, et son don de mettre les gens de pouvoir face à leurs paradoxes. On sait depuis Sicko que Michael Moore est un amoureux de l'Europe. Dans le film de 2007, il interviewait des étudiants français qui lui clamaient que l'université était gratuite en France. Or, c'est faux, les étudiants paient 500 euros l'année, ce qui représente, il est vrai, une bagatelle pour les Américains (Harvard est à 50 000$ l'année, plus les frais de campus, hum.)

Michael Moore idéalise l'Europe


L'idéalisation de l'Europe continue dans Where to Invade Next, son nouveau film. Moore a décidé d'envahir à lui seul l'Europe. Point de tanks, de soldats, de bombes, juste sa caméra pour venir piller le continent, non pas de son or, mais de ses idées. Des idées lumineuses qu'il souhaite rapporter dans son pays natal. La première est rieuse, et se suit avec plaisir. La deuxième est laborieuse, répétitive, et moralisatrice. 

Moore est plus convaincant lorsqu'il est drôle. Farenheit 9/11 avait déjà un côté pathos, et Sicko comportait déjà des erreurs factuelles.

Dans Where to Invade Next, Moore nous dit que les Italiens ont 8 semaines de congés payés. Eh bien non. Ils ont quatre semaines de congés payés, et 11 jours féries rémunérés dans l'année, soit 31 jours par an. C'est beaucoup, bien sûr, comparé aux Américains qui obtiennent, s'ils ont de la chance, deux semaines de congés payés. Ces congés ne sont pas imposés par l'Etat, c'est le choix de chaque entreprise, d'où des différences énormes entre les salariés selon leur employeur, leur statut et leur poste. 


Michael Moore et le couple d'italiens interviewé dans Where to Invade Next
Michael Moore et le couple d'italiens interviewé dans Where to Invade Next

Des idées bonnes à prendre


Côté français, oui, les cantines sont plutôt bonnes, surtout comparées aux anglaises, avec leurs frites à tous les repas arrosées de sauce gravy, et le distributeur de sucreries à la sortie de la cafétéria. Une cantine dans une petite école alsacienne sera sans doute excellente, mais le sera-t-elle partout ?

Quand Moore montre des ouvriers allemands heureux au travail, montre-t-il la précarité de milliers d'autres ? Quant au spa offert aux salariés stressés, ça ne doit pas concerner tous les travailleurs. L'idée est à retenir, cependant, pour éviter les maladies longue durée.

Quand il dit que l'université française est gratuite, sait-il que les écoles qui assurent les meilleurs emplois (HEC, Sciences Po...) coûtent 12 000 euros l'année, et que les boursiers ne sont pas si nombreux ?

Le réalisateur a raison, cependant, d'envier à la France l'éducation sexuelle à l'école (prôner l'abstinence aux États-Unis a des effets catastrophiques) et à la Finlande ses bons résultats qui excluent le QCM, parodie d'examen.

Moore a aussi raison d'encourager les Américains à protester, surtout concernant les frais universitaires. En même temps, en Angleterre, pays qui n'a pas la culture de la manifestation, les cortèges contre l'augmentation des frais d'inscription en décembre 2010 (de 3 000£ à 9 000£, soit 10 000 euros) se sont transformés en manifs sauvages, et ont donné une image négative des contestataires.

Une intention louable, mais une démonstration lourde


Certaines images du film prouvent que Moore a toujours la forme.

L'Allemagne selon Michael Moore Germany map carte
L'Allemagne selon Michael Moore


Mais l'ironie mordante qui le caractérise est loin de dominer l'ensemble. Entre le pathos face au Norvégien dont le fils a été victime du tueur d'Oslo, la diabolisation des banquiers et l'insistance lourde sur l'importance des femmes au pouvoir, Moore donne en fait du grain à moudre à ses ennemis, qui s'empresseront de dire : "Selon Moore, la prison, c'est fun, et il faut légaliser toutes les drogues. Il est anti-américain."

L'intention de Moore est louable, mais la démonstration est si lourde qu'elle ne rend pas service au sujet. Pourtant, Dieu sait que les Américains ont besoin d'une couverture sociale et d'un droit du travail plus solide. Aux Etats-Unis (comme en France, d'ailleurs) l'écart salarial entre hommes et femmes reste supérieur à 20%. L'éducation est hors de prix et s'avère peu efficace.

Surtout, Moore établit des liens douteux entre ce dont il témoigne dans les différents pays du monde, et des événements politiques. Pêle-mêle, la chute du dictateur tunisien et l'importance des planning familiaux, l'individualisme américain et le mur de Berlin. En mêlant vision (trop) personnelle des choses et faits historiques, Moore se montre moins convaincant que dans Bowling for Columbine, où une recherche sérieuse servait la satire.

Michael Moore a perdu de sa verve


Oui, Michael Moore a perdu de sa verve, et si je le suivrai toujours avec plaisir, je me demande s'il retrouvera un jour la pertinence et la drôlerie de ses premiers films. Même les moments de drame sont moins marquants : on pleurait devant Roger et Moi (1989) face à une mère exclue de son domicile tandis que Roger Smith déclamait tranquillement son discours de Noël. Where to Invade Next filme des détenus passés à tabac par des matons sur We Are the World, et allez savoir pourquoi, ça ne prend pas.

J'aime Michael Moore. J'aime son esprit, son courage, son discours. Et pourtant son manque de rigueur lui fait rater le but qu'il se propose: changer l'Amérique.


Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !



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2 commentaires:

  1. Pour ma part, ne m'attendant à rien, j'ai été agréablement surprise par ce documentaire. Certes, il est certain qu'il y a parfois cette vision Bisounours, de la mise en scène, des choses dirigées... Mais ça ne m'a pas dérangée car je pense que Moore en a conscience et le principal est de voir où il veut en venir. C'est pédagogique et malgré la grosse critique envers les Etats-Unis, j'ai trouvé le discours assez optimiste (et c'est drôle en plus) !

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    1. Je comprends ton point de vue. Je connais bien le cinéma de Moore, et du coup, je suis plus sévère. On n'est jamais content ! :-)

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