samedi 29 octobre 2016

MOI, DANIEL BLAKE DE KEN LOACH : PÔLE EMPLOI, NE QUITTEZ PAS







J'ai vécu à Dublin au plein cœur de la crise. C'était en 2010, et la crise des subprimes avait frappé fort. Une époque terrible où, pour un simple poste chez McDo, cent têtes se présentaient.



Époque étrange où il n'y avait de travail nulle part : ni au kebab, ni dans un petit restaurant qui se prétendait français, ni au pub du coin. Le chômage était si répandu qu'il était devenu grossier de demander à un inconnu ce qu'il faisait dans la vie. On évitait simplement la question. On profitait de la musique, des guitares, de la harpe et du folklore irlandais, on dépensait ses dernières pièces dans de une bière.

Nous n'en sommes pas encore à Trepalium, où le chômage est la norme et le travail l'exception. 



Mais certains contextes économiques laissent à penser que le chômage est une évidence pour ma génération.


Daniel Blake et son parcours du combattant


Daniel Blake n'est pas de ma génération. C'est ce qu'on appelle un senior, un quinquagénaire, un vieux, en somme. Daniel ne travaille plus. Non pas parce qu'il ne veut plus, et parce qu'il ne peut plus. Fragile du cœur, son médecin lui a donné un arrêt maladie définitif.

Quand il se rend à l'agence pour l'emploi de Newcastle, il entame un parcours du combattant pour obtenir une pension d'invalidité. C'est là qu'il rencontre Katie. Elle aussi éprouve le plus grand mal à obtenir ses allocations.

Daniel Blake (Dave Johns) et Katie (Hayley Squires) dans Moi, Daniel Blake, de Ken Loach (2016)
Daniel Blake (Dave Johns) et Katie (Hayley Squires) dans Moi, Daniel Blake, de Ken Loach (2016)


Une bureaucratie écrasante


Le parcours du combattant de Daniel Blake (touchant Dave Johns) rappelle la maison qui rend fou dans Les 12 travaux d'Astérix.




J'ai aussi tout de suite pensé au documentaire récent sur Pôle emploi, qui expliquait la difficulté de travailler pour ce mammouth français. 


Un autre documentaire, cette fois passée la télévision, décrivait cette machine pour l'emploi, franchement dysfonctionnante.

Pas le meilleur Ken Loach, mais...


Moi, Daniel Blake n'est pas le meilleur Ken Loach. On est loin, par exemple, de Land and Freedom. Pour le palmarès cannois, Julieta d'Almodovar était bien meilleur, tout comme Mademoiselle de Park Chan-Wook. Mais une telle sincérité se dégage de l'ensemble de Moi, Daniel Blake, que l'on ne peut qu'adhérer. Ken Loach, 80 ans, dépense encore toute son énergie à défendre les plus faibles. 

En montrant le parcours d'un homme démuni face à une bureaucratie écrasante, Loach montre une Angleterre ravagée par le chômage et l'exclusion. 

Si l'on tape "Newcastle" dans Google, le premier résultat est l'équipe de football. C'est drôle, j'ai entendu dire que Cannes, c'était l'inverse du football : ce sont des riches qui regardent des pauvres. Newcastle fait partie de l'Angleterre minière qui ne s'est pas tout à fait remise des années Thatcher. Nous ne sommes pas loin du comté de Durham où a grandi Billy Elliot. Nous ne sommes pas loin des chômeurs de The Full Monty. Nous ne sommes pas loin non plus des Virtuoses.

Cannes récompense un discours


Que l'on regarde un documentaire de France 2 qui montre l'impuissance des employés de Pôle Emploi ou une fiction qui adopte le regard des chômeurs, on ne peut que se désespérer d'un système qui broie les hommes mais qu'on nous vend que le seul possible.

Cannes, souvent, plutôt que de récompenser un film, une réalisation, une interprétation, récompense un discours. C'était le cas pour Timbuktu, remarquable. C'était le cas de Michael Moore en 2004. Gagner à Cannes, c'est savoir que son film va être vu. Et c'est beaucoup.

Il faut voir Moi, Daniel Blake, même si la mélancolie règne, même si le film marque la victoire d'un monde injuste. Chez Loach, ça commence mal et ça finit souvent très mal.

Vous n'oublierez pas Daniel Blake et son cri de révolte. Ce n'est pas parce qu'il perd la partie qu'il s'est battu pour rien.






Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !