vendredi 11 novembre 2016

FOOD COOP : L'AMÉRIQUE SOLIDAIRE






Aller voir Food Coop le lendemain de l'élection de Donald Trump, c'est un peu comme écouter les Beach Boys sous la pluie : il faut vouloir marcher à contre-courant, refuser la victoire de la haine, du rejet de l'autre, des pauvres, des étrangers, des gays, des femmes. C'est aimer tous ceux-là et savoir qu'il existe aussi une Amérique solidaire, belle, dans des lieux où tous travaillent au bien de la communauté, et tous sont les bienvenus.


Membre heureuse du Food Coop filmé par Tom Boothe (2016)
Membre heureuse du Food Coop filmé par Tom Boothe (2016)


Le vrai Brooklyn ?


Oui, car Food Coop, c'est l'utopie en marche. Prenez 2h45 sur votre mois, et offrez-les bénévolement au Park Slope Food Coop. Vous pourrez ainsi faire vos courses dans ce supermarché dont rêvait Louis-Julien Petit dans Discount. Ce Food Coop existe bel et bien à Brooklyn, qui semble inspirer en ce moment le cinéma indépendant américain.

Brooklyn,ce quartier de New-York qui a donné son titre "français" au joli film d'Ira Sachs, Brooklyn Village, est aujourd'hui la scène d'un documentaire sobre, humain et passionnant sur ce que Sachs ne montrait pas. 

On se rend compte devant Food Coop que Brooklyn Village, salué par la critique, y compris sur ce blog, présentait en réalité la banlieue new-yorkaise de façon trop binaire: Jake, fils de la classe moyenne de Manhattan, s'installait avec ses parents à Brooklyn, pour y trouver, comme tant d'autres habitants de l'île, davantage d'espace pour un loyer plus modéré. Tony, natif de Brooklyn avec ses parents pauvres, devenait son ami avant que les considérations adultes et les problèmes d'argent ne les séparent.


Les deux amis Tony et Jake dans Brooklyn Village d'Ira Sachs (2016)
Les deux amis Tony et Jake dans Brooklyn Village d'Ira Sachs (2016)


Miranda dans Sex and the City faisait déjà dans les années 90 le même choix que les parents de Jake. Aujourd'hui, dans la série Younger, le créateur de Sex and the City, Darren Star, présente Brooklyn comme le nouveau rendez-vous hype de la côte est.


Younger, nouvelle série de Darren Star, diffusée depuis 2015
Younger, nouvelle série de Darren Star, diffusée depuis 2015


Ce que nous dit Tom Boothe, c'est que cette vision idéalisée de Brooklyn est trompeuse.

Melting potes


Cette vision binaire des bobos contre les pauvres est déconstruite avec intelligence dans Food Coop. Il existe à Brooklyn beaucoup plus de Tony que de Jake, qui se battent, luttent pour (sur)vivre, vivent dans une extrême précarité. D'autres, de classe moyenne, vont également au Food Coop pour la qualité de ses produits et la dimension solidaire. Ils y viennent aussi parce que c'est plus dur de faire les courses au prix fort quand la fac du fiston coûte 30 000 dollars l'année. On voit dans Food Coop le vrai melting pot(es). Ces amis d'une fois par mois se retrouvent et partagent un idéal de bien-être pour tous.

Choisir le documentaire a du bon. Tom Boothe, à l'instar d'un Michael Moore de la première heure, est allé rencontrer les habitants de Brooklyn, les écouter comme rarement on écoute.


Le réalisateur de Food Coop, Tom Boothe
Le réalisateur de Food Coop, Tom Boothe


Pas de charité, de la solidarité


Food Coop m'a rappelé l'une des mesures des Restos du Cœur, qui propose à ses bénéficiaires de faire leurs courses dans un supermarché où bénévoles et associations vendent des produits de grande consommation à bas prix, et permettent aux plus démunis de payer leurs courses et se sentir, l'espace d'un moment, comme des citoyens ordinaires. 


Or, Food Coop ne nous parle pas de charité, mais de coopération (Coop) de collaboration et de participation. Donner du temps au supermarché solidaire permet à ses membres de bénéficier de ces courses à bas prix, dans un système vertueux très bien expliqué par Tom Boothe. Les 17 000 membres du Food Coop en sont propriétaires. Pas de loi du marché, pas d'actionnaires, pas de publicité. Juste des gens.

Le réalisateur a interviewé des caissiers, des membres au rayonnage, à l'administration, et cette petite entreprise qui n'a pas pour but le profit tourne très bien. On aurait aimé, peut-être, que Tom Boothe sorte un peu de Brooklyn et aille interviewer les fermiers qui envoient leurs produits au Food Coop, et savent qu'ils seront rémunérés de manière équitable. Il aurait fallu, aussi, une perspective plus large dénonçant les profits de la grande distribution, qui vend des produits médiocres pour bien plus cher. Montrer des exemples, c'est bien. Analyser un système, c'est mieux.

L'élan et l'espoir


Cependant, il y a un tel élan dans ce documentaire, que l'espoir renaît malgré l'actualité politique difficile.  C'est une bouffée d'air pur pour les déçus de l'élection d'hier. C'est un message d'espoir pour tous les Américains et les Français qui veulent croire qu'un autre monde est possible.

Dans le Food Coop, une psychanalyste est à la caisse, un graphiste remplit des cartons, une psychologue gère les plannings, un couple de réalisateurs tournent un court-métrage pour promouvoir le supermarché solidaire. On les voit, dans une scène épatante, dessiner le storyboard de leur film à coup de marqueur sur un carton retourné.


Une psychanalyste à la caisse dans le Food Coop filmé par Tom Boothe (2016)
Une psychanalyste à la caisse dans le Food Coop filmé par Tom Boothe (2016)


Le film ne joue hélas que dans quatre salles d’Ile de France. Si vous le pouvez, déplacez-vous au Louxor, au Nouvel Odéon, au Méliès ou à l'Utopia Stella.

Contre la haine, la frustration, la bêtise, le rejet de l'autre, la misogynie et l'homophobie, on pourra toujours compter sur le cinéma.


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !