samedi 26 novembre 2016

SWAGGER : LA CITÉ DES PRINCES


Régis dans Swagger




Par Sidonie



Le terme Swag ou Swagg vient à l’origine du terme "Swagger" en anglais qui signifie "la manière de se présenter au monde avec confiance et avec style." C’est la sophistication du style vestimentaire associé à une attitude "cool."

Encore un film de banlieue ?


Énième film sur la banlieue... 

Vont-ils réciter du Marivaux, comme dans L’Esquive, ou être montrés en clichés sur pattes… Quel sort vont-ils subir encore ?

D‘abord, une ouverture magnifique filme Aulnay comme une ville américaine. La tour Eiffel scintille... au loin. Puis la caméra part d’un personnage dans sa chambre pour un travelling arrière qui montre la cité comme une construction malhabile mais poétique. Défile sous nos yeux une série de portraits adolescents.





L'élégance. Celle de la parole, d’abord. Pour la plupart d'entre eux elle est précise, articulée, fine, habitée. Le discours est réfléchi et imaginatif. Les échanges dévoilent toutes les facettes de ces beaux adolescents, l’affirmation forte de leur identité, les multiples questions qu’ils se posent, et leurs analyses.

Des portraits puissants 


Chacun dégage une belle intensité. Régis ouvre le film : jeune homme calme, très drôle et qui assume sa singularité. Avec raffinement, il arbore un look très original avec panache. Le réalisateur, Olivier Babinet, souligne cette particularité par de très beaux passages de fiction, et les habille d’un écrin de cinéma. Une scène, filmée comme une comédie musicale, montre Paul qui assume costume classique et amour de la pop et qui enfin sourit.



Paul, l'élégant de Swagger
Paul, l'élégant de Swagger


Naïla, petite intellectuelle, cherche une explication à toute chose. Elle tient un discours où alternent des passages hilarants sur le complot Mickey / Barbie et les dures lois du monde réel (passer le BAFA afin de payer ses études d’architecture). Son intense réflexion vise sans doute à maîtriser son angoisse, qui est commune à de nombreux jeunes.


L’enfance volée


Au delà de leurs expériences souvent difficiles, aucun n’accuse, aucun ne se plaint. Certaines évocations, même pudiques et elliptiques, racontent les difficultés familiales, les parents perdus, illettrés, parfois violents mais toujours respectés. Une seule jeune fille craque devant l’absence d’une partie de sa famille inconnue. Tous se projettent, construisent un avenir, et "font avec."

S’il y a bien un dénominateur commun à tous, c’est la perte prématurée de l’innocence, la conscience trop aiguë de leur responsabilité, des limites objectives du réel. Une très jeune fille confie avec émotion : "Si je devais revivre mon enfance..."

L’image de soi est interrogée sur plusieurs plans. Celle qui est si blessée qu’elle ne peut dire son nom, a subi trop de brimades pour regarder la caméra en face mais considère qu’elle va mieux. Régis, délicat et peut-être secret. Paul, magnifique sans aucun ridicule dans un costume porté chaque jour qui reflète sa moralité et sa maturité.


Le casting de Swagger invité sur le plateau de Quotidien par Yann Barthès
Le casting de Swagger invité sur le plateau de Quotidien par Yann Barthès


Le réel, en plus beau


Le réel n’est pas le thème du film. La banlieue est montrée de manière parcellaire, les "guetteurs" apparaissent en ombres qu’il suffit de ne pas regarder. La police, sirènes hurlantes dans la nuit, réveille une famille. Ils regardent par la fenêtre, et la mère rendort son enfant en le bordant. 

Cette déréalisation transparaît aussi grâce poules et un chameau. Serait-ce un clin d’œil à La Haine (qui n’était pas non plus un film de banlieue) où une vache se promenait dans la cité ? 


Ce qui frappant pour ces jeunes, c'est l’absence de "français de souche" ou de "français-français." Ils n’en connaissent pas, en ont à peine croisés, à part sur les trottoirs de... Paris. Mais comme le dit Régis avec un naturel désarmant "Je n’ai rien contre." Nulle amertume dans ce constat, il rêve d’habiter à Paris. 


Naïla a bien compris que, dès qu’ils en ont les moyens, les habitants d'Aulnay partent. On ne saurait y croire, puis on se rappelle ces mères tunisiennes qui ont fait la grève car on n'enseignait plus le français à l’école de leurs enfants.



Naïla dans Swagger
Naïla, la féministe de Swagger

Puissance des témoignages, gros plans saisissants, les nuances du récit et envolées tantôt lyriques, tantôt comiques, nous attachent à ces beaux gamins, nous interrogent sur l’abandon des territoires. Olivier Babinet rend haletant le récit de ces enfants inoubliables.


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