lundi 5 décembre 2016

ARÈS : LE DERNIER COMBAT





Arès est la bonne surprise du moment au cinéma. Ça n'avait rien d'évident. Je suis très sévère avec les dystopies, et une dystopie française était un gros pari. Et pourtant, là où les mauvaises langues disent que les Français ne sont pas doués pour les films de genre, Jean-Patrick Benes leur donne tort avec brio.

Un peu de rétro-futuriste, un peu de cyber punk, Benes connaît ses classiques, et use d'une photo à la Léo Carax ou à la Jeunet, dans un Paris-brouillard aux teintes jaunes. 

Paris enveloppé d'un brouillard jaune dans Arès, de Jean-Patrick Benes
Paris enveloppé d'un brouillard jaune dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)


Arès nous dit, comme toutes les dystopies, que l'avenir s'annonce mal. Le film devrait crier le manque de moyens, et au lieu de cela, le réalisateur fait preuve d'une grande inventivité pour les plans et la mise en scène. L'ensemble rappelle ce vieux slogan "En France, on n'a pas de pétrole (ni de moyens hollywoodiens) mais on a des idées."

Si vous aimez Trepalium...


Le principe d'Arès est le même que celui de la série Trepalium : le chômage et la misère sont devenus la norme. C'est l'emploi, l'exception.



Arès est le nom d'un combattant abîmé, Rocky futuriste à la merci de grandes entreprises. En effet, dans la dystopie de Benes, le corps est à vendre. Pour les lutteurs, il s'agit d'être sponsorisé par une entreprise qui teste sur eux de nouvelles drogues potentiellement dangereuses. Eh oui, en 2035, plus de scandale de dopage dans le sport : il est devenu légal.

Reda, dit Arès (Ola Rapace) dans le film de Jean-Patrick Benes (2016)
Reda, dit Arès (Ola Rapace) dans le film de Jean-Patrick Benes (2016)


Libre aux sportifs de se mettre en danger pour une grosse somme d'argent. Ce sera le choix d'Arès. Il porte le nom du dieu de la guerre, et se retrouve malgré lui guerrier contre le système.

Le corps en dystopie : un beau sujet peu exploité


De nombreuses dystopies évoquent le corps, mais toujours en périphérie de l'intrigue. Orwell dit dans 1984 que le sexe a le pouvoir de réduire le Parti en miettes. Dans Le Meilleur des mondes, Huxley décrit une société où "tout le monde appartient à tout le monde." Dans Nous Autres de Zamiatine, le héros fuit le désir comme la peste.

Il n'y a guère que La Servante écarlate, de Margaret Atwood, pour parler du corps des femmes en dystopie, exploité par une société qui les réduit au rang de pondeuses. Cette idée est d'ailleurs reprise dans le dernier Mad Max.

Dans Matrix, le corps des individus ne sert à rien, tant ils demeurent prisonniers de l'illusion de la machine, qui dicte à leur cerveau ce qu'ils sont censés voir. Neo, après avoir choisi la pilule rouge, utilise ses yeux pour la première fois.

Neo a le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge dans Matrix, de  Lana et Lilly Wachowski (1999)
Neo a le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge dans Matrix, de  Lana et Lilly Wachowski (1999)


Benes ne tombe pas dans l'écueil de parler prostitution. il évoque la marchandisation du corps sous d'autres aspects, plus novateurs, comme cette télé-réalité proposée par Myosotis, trans, qui diffuse sa vie privée en ligne.


Myosotis dans Arès trans travesti travelo
Myosotis (Micha Lescot) dans Arès


Arès : une bonne surprise



Ne regardez pas la bande-annonce, elle spoile tout le film. Dites-vous juste que si vous aimez le cinéma de genre, les belles jeunes filles aux cheveux roses (Anouk, révélation du film, n'est pas sans rappeler Mélanie Thierry dans la dystopie récente de Terry Gilliam, Lilou chez Besson et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et le ciné fauché bourré de trouvailles, Arès peut vous plaire.

Anouk (Eva Lallier) dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)
Anouk (Eva Lallier) dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)

Bien ficelé, haletant et pertinent, Arès ravira les amateurs de dystopie, de science-fiction et d'anticipation. Il n'y a pas que les Anglais pour nous foutre les jetons sur notre avenir proche. En France, on sait aussi réfléchir sur le cauchemar futuriste.


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