mardi 3 janvier 2017

AMERICAN PASTORAL : LE NOBLE MÉLODRAME D'EWAN MCGREGOR






Un drapeau qui brûle



Le film American Pastoral d'Ewan McGregor donne envie de lire le roman de Philippe Roth.






Ce drapeau qui semble à moitié brûlé, et le bureau de poste en flammes repris dans l'affiche américaine du film, me rappelle l'introduction de Malcolm X : sur un discours célèbre du leader Noir ("J'accuse le Blanc") un drapeau américain se consume.




On peut se demander pourquoi, sur l'affiche originale de American Pastoral, on a supprimé le drapeau devant le bureau de poste. Il ne brûle pas non plus dans la scène du film. Prudence de la part de McGregor, qui connaît le goût du public américain pour le nationalisme ?

Nous sommes en pleine guerre du Vietnam. Les afro-américains n'ont pas encore obtenu leurs droits civiques. C'est l'époque où les jeunes défilent dans la rue en scandant "LBJ, LBJ, how many kids have you killed today ?" Ils accusaient ainsi Lyndon B. Johnson de la boucherie du Vietnam.



Le rêve américain démonté


Le couple d'American Pastoral, c'est Seymour (surnommé le suédois) et Dawn, capitaine de foot et reine de beauté. En apparence, le cliché du rêve américain et son couple parfait. Ewan McGregor tient un rôle qui se rapproche d'Edward Bloom dans Big Fish de Tim Burton. Champion dans tous les sports, tout lui réussit, et il devient la coqueluche de son village natal. 





Il épouse même la plus belle fille du New Jersey.




Ils ont une fille, Merry.


Ce qui est intéressant dans une pastorale américaine, c'est ce qui se trame derrière.

C'est peut-être la psy du film, Sheila (incarnée par Molly Parker, excellente Jackie dans la série House Of Cards) qui nous donne l'une des clés de la personnalité de Merry. 





La psychologue indique que Merry a du mal à exister auprès de sa mère, qui attire toute l'attention. La petite fille bégaie, et elle trébuche particulièrement sur le mot "Beautiful", comme le duc de York trébuchait sur le mot "king" dans Le Discours d'un roi, terrifié qu'il était par son père, et l'idée de monter sur le trône. 


American Pastoral : un film politique ?


L'engagement politique de Merry sera peut-être le moyen d'exister pour elle-même. Elle se retrouve bouleversée un soir par des informations télévisées, et reproche à ses parents de "s'en foutre." 



Elle deviendra une femme engagée, au point de quitter sa famille pour rejoindre ses idéaux.

Quand Seymour apprend qu'un bureau de poste a explosé, faisant une victime, et que sa fille de 17 ans a disparu, il tente de comprendre.

Lorsqu'un film américain parle des militants politiques, il se met généralement de leur côté. 
Dans Le Majordome, cependant, biopic hyper calibré sur un majordome noir de la Maison-Blanche, le fils du héros fait partie des Black Panthers. Même s'il se trouve "réhabilité" à la fin du film, c'est tout de même le père, interprété par Forest Whitaker, qui incarne la figure du juste : il s'agit d'une énième version de l'Oncle Tom, noir servile heureux de courber l'échine devant des Blancs puissants.




Ewan McGregor nous propose autre chose : il adopte le regard d'un père qui tente par tous les moyens de comprendre sa fille, jeune et révoltée.

Contrairement à ce qu'ont dit certains critiques dans la presse, je ne pense pas que American Pastoral soit réactionnaire. Le film essaie juste de montrer le point de vue d'un homme de l'Amérique profonde qui voit un jour sa vie basculer. C'est un parti-pris qui se respecte, McGregor n'a pas prétention à proposer une peinture sociale de l'époque. On peut reprocher néanmoins au scénario d'angéliser le héros qui, dans le roman de Roth, entretenait une liaison avec la psychologue. Le film apparaît aussi bien moins politisé que le livre, mais il l'est par petites touches. Il traite surtout le sujet délicat de la violence des justes : Merry se bat pour la bonne cause, et pourtant ses actes radicaux font des victimes. Ce n'est pas parce qu'on se bat "du bon côté" que l'on ne fait aucune victime innocente. Tout comme Melville brisait l'idéalisation de la Résistance dans L'Armée des ombres, McGregor brise le mythe de non-violence de la révolte des années 60, qui ne se résume pas aux manifestations pacifistes des hippies, mais incluait, certaines fois, des actes terroristes.

Le discours engagé de Rita Cohen, au cœur du film, sur la condition des Noirs, le snobisme supposé de Dawn, bourgeoise qui se retrouve à traire les vaches, est plutôt bien vu, mais faux en ce qui concerne Seymour lui-même. En effet, il emploie dans sa ganterie 80 % d'employés noirs, dont de nombreuses femmes qu'ils traite en égales. 



Une première réalisation réussie


American Pastoral prouve que tout le monde se trompe : les militants avec leurs préjugés, le père de famille sur les enjeux sociaux de son époque et la personnalité de sa fille.

Je ne peux tout raconter. Disons que pour sa première réalisation, Ewan McGregor se défend très bien. Elle est sobre et efficace, et la photographie est superbe, de l'Amérique champêtre idéalisée (d'où le titre de "pastorale") à la fin du film, où Seymour, avec son imper et son chapeau sombre sous la pluie, fait penser à un héros de  film noir. 


Peut-être qu'Ewan McGregor a été démoli par la presse pour les mêmes raisons que Ryan Gosling concernant Lost River : quand un acteur, surtout beau gosse, se place derrière la caméra, des critiques jaillissent souvent pour le traiter d'enfant gâté qui n'aurait rien à dire. Il propose pourtant un beau mélodrame pour son premier long-métrage. 

L'interprétation est également remarquable. Mention spéciale pour la tirade de Jennifer Connelly à l'hôpital. C'est aussi un plaisir de retrouver Dakota Fanning, que l'on voit sur les écrans depuis toute petite (c'était la fille de Tom Cruise dans La Guerre des mondes, si si.) Quant à Ewan McGregor, il est émouvant en père de famille, même s'il a rendu son personnage trop manichéen.

Je donne quatre étoiles au film de McGregor car, contrairement à la plupart des films que je vois en salle, il m'a donné envie de changer de point de vue. Moi qui suis du genre à aller voir un biopic d'Angela Davis, qui ai organisé un concours autour du documentaire Merci Patron, j'ai pu, l'espace de deux heures, adopter le regard d'un Américain qui n'est jamais sorti du New Jersey, et s'épuise à aimer sa fille.

Il faut découvrir American Pastoral en salle. Le talent d'Ewan McGregor n'attend que de s'épanouir dans de prochains films. Vivement la suite.



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