samedi 25 février 2017

NOCES : CELLE QUI VOULAIT ÊTRE LIBRE







Zahira a 18 ans. Libre et déterminée, elle vit sa vie de lycéenne entourée de sa meilleure amie et de sa famille. Son frère aîné est son confident.

On découvre Zahira dans une clinique où elle doit décider ou non de garder un enfant, quand elle sort à peine de l'enfance elle-même.

Cette erreur de jeunesse lui coûtera cher : ses parents veulent à tout prix la marier à « un bon musulman » pakistanais. Le poids des traditions pour une jeune fille qui a grandi à l'européenne était déjà le thème de Joue-la comme Beckham, comédie rafraîchissante sortie en 2002.






Pour Noces, c'est le drame. On ne rejette pas impunément le destin imposé par la famille. Le qu'en-dira-t-on est trop fort, l'impératif des apparences emporte tout. Zahira, dans sa liberté occidentale, veut s'affranchir du joug de la famille et de la domination masculine.



Chronique d'un mariage forcé


Le génie de Stéphane Streker tient à provoquer chez le spectateur une 
certaine empathie pour la famille de Zahira et ses codes d'un autre temps. Son père a une dégaine de brave type, sa mère a des yeux tendres emplis d'espoir. Sa sœur Hina ressemble à une héroïne balzacienne, ou à une beauté tout en sagesse des romans de Jane Austen. 




Hina a trouvé un apaisement dans son malheur, elle s'est fait, en un mot, une raison. Zahira a davantage de mal à accepter l'idée d'un mariage arrangé. Parce qu'elle est rebelle, il s'agira de plus en plus d'un mariage forcé. 

Les trois jeunes gens qui lui sont présentés m'ont rappelé les trois princes falots du conte de Fantaghiro. Les trois princesses, l'une très belle, l'autre spirituelle et la benjamine courageuse, ont eu le choix entre un idiot, un modèle de laideur et un arrogant fini. Du côté de l'animation, Merida chez Pixar (Justement surnommée "Rebelle") a aussi le choix entre plusieurs fâcheux.

Zahira n'a pas voix au chapitre. Entre trois fâcheux se cache le malheureux élu à qui l'on exige qu'elle scelle sa vie. Parce qu'elle le qualifie de 
gentille, c'est Adnan, le moins pire, qu'elle épousera. Timide, perdu, il est prisonnier comme elle du filet des traditions archaïques. 

Un film tout en nuances


L'ensemble est merveilleusement filmé, avec un sens délicat de la lumière. Les acteurs sont tous remarquables, et Lina El Arabi est une vraie révélation. 





C'est aussi un plaisir de retrouver Alice de Lencquesaing dans le rôle de l'amie fidèle, et de découvrir à l'écran la beauté d' Aurora Marion, qui joue sa sœur Hina.

Stéphane Streker propose un film tout en nuances, sans manichéisme. On se met même à comprendre le dilemme et les motivations de la famille de Zahira, jusqu'à la scène finale…

Le réalisateur belge dénonce moins le fanatisme religieux qu'une éternelle condition de la femme, comme l'indique Hina dès la bande-annonce. À croire que depuis les revendications de Beauvoir dans Le Deuxième sexe, rien n'ait changé. 




La philosophe et écrivain Simone de Beauvoir
La philosophe et écrivain Simone de Beauvoir


Le personnage de Simone de Beauvoir dans Les Amants du Flore disait à une mère bourgeoise obsédée par les apparences et l'organisation d'un "bon mariage" pour sa fille, "Vous l'aimiez mieux morte que libre." Ça marche pour Zahira en 2017. C'est terrible et glaçant.

Découvrez Noces en salle. Vous allez aimer Zahira, et trembler pour elle jusqu'à la dernière seconde.




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