samedi 25 mars 2017

GOING TO BRAZIL : FILLES PERDUES, HUMOUR GRAS



Going to Brazil de Patrick Mille (2017)
  



  
Par Clément



 

Going to Brasil commence comme Mes meilleures amies, comédie américaine de 2011 : trois jeunes femmes frustrées reçoivent des nouvelles d’une quatrième qu’elles avaient perdue de vue : elle va se marier et leur demande d’assister à la cérémonie. 



Les actrices de Mes meilleures amies, réalisé par Paul Feig (2011)
Les actrices de Mes meilleures amies, réalisé par Paul Feig (2011)

Jalousie et ressentiments couvent au sein du trio composé de Chloé la-forte-en-gueule (Margot Bancilhon), Agathe la coincée (Alison Wheeler) et sa sœur cadette agressive Lily (Philippine Stindel). Mais après tout, Katia (Vanessa Guide) leur paye le voyage au Brésil où elle va désormais vivre avec son (riche) fiancé et son futur enfant. Alors pourquoi pas ?


Thelma et Louise sous amphets




Les quatre filles à peine débarquées, le film vire à la parodie de Thelma et Louise, sous amphets : après avoir accidentellement défenestré un soulard qui tentait de la violer dans une boîte, Lily embarque tout le monde dans une folle cavalcade à travers le pays pour échapper tant à la police qu’au père de la victime, Augusto (Chico Diaz), un chef d’entreprise tendance mafioso. Ah, dernière chose, l’agresseur n’était autre que le fiancé de Katia qui comptait bien « profiter » de son enterrement de vie de garçon.

Et ce n’est que le début…

La bande-annonce avait tout pour me plaire : on me vendait une comédie débridée et rythmée, riche en situations loufoques, des personnages assumant la caricature, des femmes d’action sortant des rôles psychologico-torturés dont le cinéma d’auteur est friand. 

Les Inconnus avaient pastiché cette tendance dans leur satire des Césars : Les escarres.




Bref, je m’attendais, avec Going to Brazil, à une comédie d’aventures ou une farce pop-corn grosse comme un camion, deux genres très appréciables dès lors que les scénaristes s’y tiennent. Oui, la farce fonctionne si on sait utiliser la vulgarité comme moteur de transgression. Et c’est là que ça se gâte…


Course-poursuite insensée



Car Patrick Mille également acteur (il tient le rôle du diplomate veule) reste dans un entre-deux qui sanctionne son film. Le crescendo insensé de la course-poursuite entre le quatuor et le Corleone à la petite semaine rappelle Les Tribulations d’un Chinois en Chine et L’homme de Rio, comédies d’aventures de Philippe de Broca qui ravissent par leur élégance, leurs héros en roue libre, et le côté BD déjantée.


Jean Rochefort, Ursula Andress, et Jean-Paul Belmondo dans Les Tribulations d'un chinois en Chine, réalisé par Philippe de Broca (1965)


La scène d’explications chez le diplomate a des airs de On s’fait la valise, Docteur ? de Peter Bogdanovich qui mettait en scène une mémorable explication chez un juge atrabilaire.




Vulgaire et putassier



Sauf que la vulgarité patapouf des héroïnes de Going to Brazil anesthésie le volet aventureux. De plus, elles ne sont jamais sympathiques. Chacune, sous couvert "d’ouvrir les yeux des autres", ne cessent de crier. Difficile de se prendre d’affection pour des personnages aussi odieux. Loin d’être féministe, le film parviendrait presque à réhabiliter la théorie misogyne de Freud sur l’hystérie, maladie soi-disant féminine.


Chloé (Margot Bancilhon) dans Going to Brazil de Patrick Mille (2017)
Chloé (Margot Bancilhon) dans Going to Brazil de Patrick Mille (2017)



Si Lily se distingue par son côté taciturne, ses trois amies tournent sur le même humour : mieux que le doublon, le "trouplon". Going to Brazil possède le même défaut que l’adaptation d’Absolutely Fabulous



Joss Whedon disait qu’un film était une fête entre amis : si le spectateur a l’impression d’être invité à cette fête, le film est réussi. S’il se sent à l’écart, le film est mauvais. Ici, les actrices s’éclatent, pas nous. Nous n’avons plus quatre personnages, mais quatre machines criardes animant un script putassier. La vulgarité ne peut pas se contenter d’être gratuite, travers que l’on retrouve dans Sausage Party, que ce blog a élu pire film de l’année 2016, ce qui situe l’ambition de Going to Brazil

Le casting sexy toujours en tenues légères ne fait pas illusion sur la durée. Au final, beaucoup de cris, et peu de chuchotements.


Chloé (Margot Bancilhon), Agathe (Alison Wheeler), Lily (Philippine Stindel), et Katia (Vanessa Guide) dans Going to Brazil
Chloé (Margot Bancilhon), Agathe (Alison Wheeler), Lily (Philippine Stindel), et Katia (Vanessa Guide) dans Going to Brazil


Recalé à Nanarland



Et si le film était un bon vieux nanar ? J’y ai pensé car, à quelques rares occasions, le scénario, à force d’aller dans le n’importe quoi, finit par longer des rives que seuls les cinéastes déviants ont l’audace d’aborder.

Les héroïnes se transforment en  Rambo et attaquent une villa pleine de gardes. Une sympathique chef d’un gang de drogue lance 25 exclamations locales à la minute. Sans parler de ces dialogues émouvants de sobriété ("Tu n’es qu’une coincée de la teuch !"), ou ce méchant qui compte ses expressions faciales sur les doigts d’une main amputée de quatre doigts. 

Mais ce ne sont que des promesses non tenues : où se trouve la démesure de Arrêtes (sic) de ramer, t’attaques la falaise ! ou la débilité assumée de Mon curé chez les Thaïlandaises ? étrons de cinéma dont la démesure était rafraîchissante.


M. Hervé (Patrick Mille lui-même) dans Going to Brazil
M. Hervé (Patrick Mille lui-même) dans Going to Brazil


Going to Brazil n’est rien de tout cela, c’est un film "réaliste" où les situations, si folles soient-elles, s’enchaînent logiquement. Le film échoue là où le Fatal de Michael Youn réussissait parfois : à force d’idiotie crasse, on finissait par échapper des trombes de rire qu’on ravalait ensuite, honteux, avant de rire à nouveau.




C’est que du lourd !



Le Brésil n’est filmé que sous l’angle des propriétés luxueuses, de boîtes muy caliente, et vaguement leurs sylvestres espaces. Les habitants sont des étalons machos ou de belles plantes déchaînées. 

La référence du film semble être le désolant Pattaya : la Thaïlande façon reportage de M6 paraît aussi réaliste que le Brésil de Mille.


Les actrices de Going to Brazil


D’ailleurs, on se demande si Fabien Onteniente n’a pas été engagé comme premier assistant réalisateur : les fêtes bling-bling semées généreusement sont dignes du réalisateur de Camping




Mille tenait un bon sujet pour dépoussiérer la comédie française de son aspect mollasson, son humour calibré, ses histoires de boulevard. On l’entrevoit avec son tempo affolant. En faisant de l’hystérie ordurière son moteur, la surenchère gratuite comme but, et des pantins irritants ses personnages, Going to Brazil donne envie de chercher la bonne humeur à portée de main, dans notre réel.


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