dimanche 26 mars 2017

LA BELLE ET LA BÊTE : EXTRAORDINAIRE, MA CHÈRE WATSON








À huit ans, j'ai bousillé ma vidéo de La Belle et la bête.





Je veux dire vraiment bousillé. La bande est sortie de la vidéo et tout. Ça a failli signer l'arrêt de mort du magnétoscope.

Il faut dire qu'à l'époque, je regardais le film de Cocteau tous les jours. Ce n'est pas une exagération. Tous les jours, ça veut dire tous les jours, même quand ma tante venait, même quand y avait Les Simpson à la télé, même quand j'avais passé la journée au parc. Même le jour de Noël en serrant mon Tigrou contre moi.



Oui, j'ai gardé mon Tigrou. On ne jette pas ces choses-là.
Oui, j'ai gardé Tigrou. On ne jette pas ces choses-là.



Tigrou a survécu, mais pas ma vidéo. Ni la vidéo suivante. En fait, j'enregistrais La Belle et la bête de Cocteau dès qu'il passait à la télé, au cas où. J'ai épuisé ces vidéos comme on épuise des chevaux.



Ma collection de VHS
Ma collection de VHS


Dès sa sortie, j'ai acheté le coffret DVD, et en notre époque bénie où la matérialité disparaît au profit d'un fichier numérique qui ne casse pas sa bande, j'ai le film de Cocteau sans avoir peur de l'abîmer.


Quel soulagement.


Mais je ne vous ai pas parlé de la version de Disney. J'ai découvert le dessin animé en salle. En hébreu.





J'étais en vacances en Israël, et ma mère a cru bon de m'emmener voir le dernier Disney en avant-première. Nous avions compris l'essentiel, tant le conte est universel, et tant Disney, dans son talent musical et sa mise en scène, sait conter une histoire sans que la langue ne fasse barrage.

Ça sentait le pop-corn salé et l'enfance.

De retour chez moi, je bousillais une nouvelle vidéo.



Bas les masques !


À plus de 30 ans, j'ai vu je ne sais combien de versions du conte. Et deux séries.



La Belle et la bête, série de 2012
La Belle et la bête, série de 2012



Cette série de 2012 est pour le moins éloignée du conte original. Il s'agit d'une jeune fille et de sa mère attaquées par un meurtrier. La jeune fille survit, aidée par une créature fantastique, mais sa mère décède. 9 ans plus tard, elle retrouvera son sauveur, et tentera avec lui de retrouver le meurtrier. La "bête", dans la série, a ce point commun avec Hulk de se transformer sous l'effet de la colère.

Ce n'est pas la première série qui reprend le conte de manière très vague. Dans les années 80, on a eu droit à un autre sauvetage de la belle par la bête. Dans cette version, la belle devient avocate et demande l'aide de la bête pour résoudre ses affaires par voie... télépathique. Tout un poème.



La Belle et la bête, série des années 80
La Belle et la bête, série des années 80


À propos de poème, il me faut revenir à Cocteau. Je remarque que le masque de la bête est souvent inspiré du lion.





Pas évidente, la laideur, au cinéma. Il faut des laids esthétiques, assez beaux pour bien passer à l'écran. La laideur, ça marche en littérature, mais pas forcément en salle.

Résultat, la bête est loin d'être répugnante. Pour Disney, le problème reste entier. Comme pour Quasimodo dans Le Bossu de Notre-Dame, il s'agit de créer un personnage officiellement laid qui ne foute pas la trouille aux mômes.





Après toutes les versions que j'ai vues, je dois admettre que seuls le masque de Cocteau et la bête du dessin animé de 1991 m'ont convaincue. Allez savoir pourquoi, le masque de la bête en 2017, en CGI, sied mal au personnage.






C'était le même problème chez Christophe Gans.





Ce sont surtout les mouvements de la bouche qui gâchent l'ensemble, et donnent à la bête une dimension peu crédible.

C'est le seul élément qui nuise à l'ensemble de cette nouvelle version, très bien menée et réalisée, splendide dans ses costumes, ses décors, ses chansons. Si vous aimez Broadway, cette adaptation fera votre bonheur.


Feux d'artifices


Disney évite l'écueil de reprendre, plan par plan, l'original animé. Bill Condon propose une mise en scène qui, l'air de rien, fait entrer le conte dans le 21ème siècle. Certaines chansons sont ajoutées, qui ne sont pas forcément nécessaires, et on peut regretter l'absence de "Human Again", déjà coupée dans le dessin animé, et qui valait le détour. On retrouvait le morceau dans la version longue du dessin animé.






Il faisait peut-être redite avec le fameux "C'est la fête" où les objets chantent également. Ce passage est d'ailleurs très réussi dans le film de 2017. Disney, pour une fois, assume la dimension nocturne. De nombreuses scènes de La Belle et la bête se déroulent en effet de nuit. Sans tomber dans le gothique de Burton, Condon parvient à instaurer une nuit festive, lumineuse, où les objets dansent dans un feu d'artifices de couleurs.


Emma Watson, héroïne féministe


Ce qui a surtout évolué dans cette version de 2017, c'est Belle. Madame Leprince de Beaumont, auteure du conte au 18ème siècle, cherchait à donner aux jeunes filles une leçon de courage.





Chez Cocteau, et c'est le seul défaut du film, Josette Day incarne une Belle d'une naïveté confondante, bien loin des héroïnes d'aujourd'hui. Le dessin animé présentait une Belle digne et érudite, mais pas nécessairement courageuse.

Il faudra attendre Emma Watson en 2017 pour voir une Belle qui prenne vraiment l'initiative. Quelques changements dans la mise en scène, et le tour est joué. Belle, plutôt que de se sacrifier pour son père, prend sa place par la ruse et tente de s'échapper. Au lieu de laisser la bête venir dans la lumière pour l'examiner, elle prend d'elle-même le chandelier et lui fait face. Il suffit de presque rien, en somme, pour que la Belle, au-delà de sa vertu, devienne un modèle à suivre pour les petites filles d’aujourd’hui.




Le choix d'Emma Watson était judicieux. Son discours féministe à l'ONU la place comme femme de tête.

D'ailleurs, dans cette version, la Bête est lettrée, et Belle en tombe amoureuse en partie pour cela. Dans le dessin animé, la Bête ne savait pas lire, et Belle lui enseignait.


Un Disney gay-friendly ?


La modernité du film de 2017 se voit aussi dans le tandem Gaston / Le Fou, qui flirte avec l'homo-érotisme.



Gaston et Le Fou dans La Belle et la bête de Bill Condon (2017)
Gaston et Le Fou dans La Belle et la bête de Bill Condon (2017)

On découvre aussi avec joie, à la fin du film, lorsque les objets retrouvent forme humaine, des couples mixtes. Parmi eux, Lumière (Ewan McGregor) et Plumette (Gugu Mbatha-Raw.)





Bref, Disney semble avoir fait un pas en avant avec La Belle et la bête. C'est rassurant, car la version de Branagh de Cendrillon était désastreuse. Comme quoi, passer aux prises de vue réelles pour les dessins animés de Disney peut ouvrir la voie à une nouvelle mise en scène, et de l'audace, tout cela en beauté.




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orange star.jpg Pas bon À hurler !