mercredi 8 mars 2017

T2 TRAINSPOTTING : C’EST DE LA BONNE ?



 

Par Clément




De la première à la dernière seconde de T2 Trainspotting, mes sentiments furent pour le moins ambivalents : irritation et fascination, énervement et admiration…


J’étais mal à l’aise. J’étais plus dithyrambique cette nuit d’été où, insérant une VHS de mon oncle (une K7 vidéo, oui oui) Trainspotting m’avait explosé à la figure.



Trainspotting 1 : Very Good Trip




C'était éblouissant : scénario délirant, acteurs en roue libre, réalisation virtuose, montage halluciné, argot et accent écossais qui claquent, BO décapante… tout était là pour me faire ressentir l’effet d’un bon gros trip. J’avais ressenti cela lors de la scène du cimetière dans Easy Rider, mais sur un film entier, jamais.


La fameuse scène du trip LSD dans Easy Rider (1969), réalisé par Dennis Hopper
La fameuse scène du trip LSD dans Easy Rider, réalisé par Dennis Hopper (1969)


20 ans se sont écoulés depuis que Renton (Ewan McGregor) a arnaqué ses trois amis en emportant les 16000£ d’une vente d’héro, ne s’arrêtant que pour donner sa part à Spud (Ewen Bremner), "innocent" du groupe. Depuis, Simon/Sick Boy (Jonny Lee Miller), et surtout le fou furieux Begbie (Robert Carlyle) l’ont mauvaise. 

Le premier doit jouer au maître-chanteur pour vivre, et le 2e est en prison. À la mort de sa mère, Renton revient à Glasgow, seul, sans fric, et recroise ses anciens compagnons. Simon et Begbie y voient l’occasion de se venger, et Spud reste complètement à l'ouest. Cette fois, il y a une femme dans l’équation, Veronika (Anjela Nedyalkova).


Entre nostalgie et modernité


Toute l’équipe est réunie : les acteurs, Irving Welsh, auteur des romans originels, en producteur, John Hodge au scénario, Danny Boyle à la caméra. On est donc sûr que l’esprit du film culte des 90s sera respecté. On retrouve ce qui a fait le succès de Trainspotting : le visuel, la BO, le quatuor, toujours prêt à foncer d’abord et réfléchir ensuite, à confondre transgression et illégalité.

Les cinq acteurs principaux de Trainspotting (1996), réalisé par Danny Boyle
Les cinq acteurs principaux de Trainspotting (1996), réalisé par Danny Boyle

Certes, T2 Trainspotting joue sur la nostalgie, via des flashbacks, des retours sur des lieux emblématiques (la tombe de Tommy à la campagne), ou des personnages chéris, comme Diane, l’ex de Renton, mais il n’en fait pas trop : les héros ont vieilli, le monde a évolué. L’important n’est plus d’avoir sa dose quotidienne, mais de survivre dans le monde réel.



Une démonstration est le célèbre monologue du premier film "Choose your life", repris par Renton, avec une petite mise à jour : les réseaux sociaux, le portable, qui nous ont fait communiquer plus et s'ouvrir moins. 

Mais la différence est de taille : dans le premier film, Renton concluait le monologue par "Qui a besoin de la vie quand on a l’héroïne ?" Ici, plus d’alternative : les appas trompeurs de l’héroïne ne suffisent plus au quatuor à fuir la vie. Même s’il est coulé dans le même moule que son modèle, T2 Trainspotting est bien plus noir, et c’est ainsi qu’il parvient à se différencier de son aîné… à un prix élevé.


Begbie (Robert Carlyle) dans T2 Trainspotting, réalisé par Danny Boyle (2017)
Begbie (Robert Carlyle) dans T2 Trainspotting, réalisé par Danny Boyle (2017)

 

Une mise en scène excessive


Je suis mitigé au sujet de Danny Boyle. Quand il ne s’efface pas devant un script chargé, c’est un virtuose de la caméra ; sauf que chez lui, la virtuosité tient souvent lieu de discours. Le script de Trainspotting appelait la virtuosité pour nous faire partager les sensations des junkies. Mais la suite présente une simple histoire de magouilles et de trahison, il ne s'agit plus d'une chronique d’héroïnomanes. Fini les échappées planantes, le réel et la banalité triomphent.



La mise en scène de Boyle est calquée sur le premier film : angles biscornus, photographie sous acides, effets spéciaux grandiloquents… c’est à l'opposé du scénario, plus grave. La réalisation ne prend pas en compte les 20 ans passés entre les deux films. Un changement de ton s'imposait.


Simon (Jonny Lee Miller), Renton (Ewan McGregor), et Spud (Ewen Bremner) dans T2 Trainspotting
Simon (Jonny Lee Miller), Renton (Ewan McGregor), et Spud (Ewen Bremner) dans T2 Trainspotting



L’ego du cinéaste est criant : il veut à tout prix que l'on remarque ses prises de vue acrobatiques. C’est gagné, T2 Trainspotting n’est plus un film mais un One-Boyle-show. On peut d’ailleurs faire le même reproche à la plupart de ses films. Pourtant, une mise en scène vulgaire est idéale si le scénario s’y prête : on peut ne pas aimer Les 8 salopards de Tarantino (le film est proche de T2 dans son sujet - la trahison - et sa mise en scène) mais on doit reconnaître à Tarantino une certaine cohérence entre scénario et réalisation.

 

Beaucoup de bruit pour rien


Hodge, en dehors des persos, n’a plus grand-chose à raconter. En fait, il commet la même erreur que Boyle : en 96, on se moquait de son scénario minimaliste, c’était sa (superbe) chronique des bas-fonds de l’Écosse qui importait.


Mais en 2017, il n'a pas d'autre choix que de nous raconter une histoire… Il se contente de trousser une histoire d’arnaque au prêt bancaire. Résultat, il ne se passe à peu près rien pendant le film. En étant cynique, je dirais que c’était pour Boyle une raison supplémentaire d’agiter sa caméra dans tous les sens pour cacher la misère.

Une autre grande erreur est de séparer les quatre larrons pendant presque tout le film. On a d’un côté Renton et Simon, Spud tout seul, tout comme Begbie. 

Le récit est coupé en trois parties qui se marchent sur les pieds, la faute aux emplois du temps chargés d’acteurs devenus célèbres. Hodge a dû faire avec, mais du coup, le film se traîne, et la jolie fille qui intègre leur groupe n’y change rien.


Renton (Ewan McGregor) et Veronika (Anjela Nedyalkova) dans T2 Trainspotting
Renton (Ewan McGregor) et Veronika (Anjela Nedyalkova) dans T2 Trainspotting





Petits fix entre amis


T2 est-il vraiment l’héritier de Trainspotting ? Il semble avoir plus de points communs avec le premier film du tandem Hodge-Boyle : Petits meurtres entre amis (1994).


Affiche de Petits meurtres entre amis, réalisé par Danny Boyle (1994)



Contrairement à Trainspotting, Petits meurtres entre amis est une comédie noire, soit le genre même de T2 Trainspotting : on y retrouve le gore comique, le scénario basé sur les trahisons entre "amis" qui se déchirent pour des billets verts, les coïncidences qui tombent mal… et la même mise en scène tape-à-l’œil. 

Begbie, dans ses pires jours, fait penser à David quand il vire psychopathe. La plupart des scènes-clé du film se déroulent à huis-clos, à l'instar de Petits meurtres entre amis, alors que Trainspotting se vit surtout en extérieur(s).



Petits meurtres entre amis, malgré son scénario malin, est un film irritant, voire hystérique, visant avant tout l’épate. Doit-on s'étonner que T2 Trainspotting charrie les mêmes défauts ? 



La scène la plus drôle restera la chanson "1690."

Les meilleures scènes sont dispersées entre deux clips vides. On aime aussi les multiples citations, de la parodie de Raging Bull à Shining en passant par Fight Club (les buildings qui s’écroulent au générique de fin). Ces scènes barrées donnent un aperçu de ce que le film aurait pu être : une version améliorée de Petits meurtres entre amis, et non de Trainspotting.


L'équipe du film de Trainspotting 2
L'équipe du film de Trainspotting 2


Pas un si mauvais trip


T2 Trainspotting n’est pas une suite infâme qui entame le mythe de l’original. Tout en gardant l’influence, il existe en tant que film autonome. Le manque de synchronie entre scénario, réalisation, et l’air du temps, le dessert hélas. M'enfin, ce n’était pas un very bad trip !


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