mardi 11 avril 2017

LIFE - ORIGINE INCONNUE : PERSONNE NE VOUS ENTENDRA CRIER







Par Jean-Ludovic


Expérience cinéma


J'entends, depuis quelques années, le terme "Expérience cinéma" revenir dans des débats autour de films tels que Mad Max, Avatar ou The Revenant.


La Réalité Virtuelle commence à s'imposer et les premiers films apparaissent sous ce format. À l'heure où nous pouvons en visionner n'importe où et sur n'importe quel écran, jusqu'à plus soif, on nous vend la salle de ciné comme l'occasion de voir un film de manière inédite.

Dès lors, les campagnes de presse surenchérissent sur le "spectacle total" et "l'expérience visuelle".




L'un des célèbres plans de Gravity, de Alfonso Cuaron (2013)
L'un des célèbres plans de Gravity, de Alfonso Cuaron (2013)


Le retour en force du survival spatial


Cette prolifération publicitaire en cache une autre : le retour en force du film d'astronautes ou "survival-spatial."

Depuis 2012 et le retour de Ridley Scott à la science-fiction, avec son Prometheus, les numéros de cirque mettant en scène scientifiques, aliens, et autres séances d'isolement dans ces cieux étoilés où "personne ne vous entend crier", ont la cote.







Suite à la révolution Gravity, sont arrivés dans nos salles terriennes Interstellar, Seul Sur Mars, Premier Contact (un peu à part) et l'inénarrable Passengers



Bien que tous très différents dans leur scénario et leur mise en scène, ces longs-métrages se retrouvent sur un point : il ont pour ambition d'offrir une expérience visuelle, et permettent au spectateur de réfléchir sur les origines de l'humanité et le dépôt de brevet du yaourt dans l'ère néolithique.


Oui, le yaourt était déjà là au temps de l'homme des cavernes. C'est Danone qui le dit.
Oui, le yaourt était déjà là au temps de l'homme des cavernes. C'est Danone qui le dit.



Bref, ces films sont là pour en mettre plein les yeux et la tête. Ou nous prendre pour des cons, au choix, mais jamais avec modestie.

Alors que l'oncle Scott est sur le point de poursuivre cette nouvelle quête d'absolu avec Alien : Covenant, un petit outsider entre dans l'arène : Life - Origine Inconnue.



Que la chasse commence !


Life, derrière son titre qui voit grand, nous conte l'histoire du petit Calvin.



Calvin dans Life, Origine Inconnue, de Daniel Espinosa
Calvin dans Life, Origine Inconnue, de Daniel Espinosa


Calvin vient de Mars. Arrivé à bord de la Station Spatiale Internationale à l'aide d'une modeste capsule, Calvin devient, aux yeux de l'humanité, la première preuve d'une vie extra-terrestre.

Il est donc confié aux bons soins d'un groupe de six scientifiques, chargés de l'étudier dans un labo en orbite, avant de le présenter à nos semblables.

Seulement voilà, Calvin ne connaît ni l'amour ni Instragram. Calvin a faim. S'extirpant de sa cage de verre, il se faufile dans les couloirs de la station. La chasse peut commencer.




Alien, modèle revendiqué



Vous l'aurez compris, les scénaristes de Life n'ont reculé devant rien. Tout comme le réalisateur, Daniel Espinosa, qui ouvre son film sur un vertigineux plan-séquence en apesanteur. Il nous présente ainsi ses personnages en extase à l'arrivée de la capsule.


Rebecca Ferguson dans Life, Origine Inconnue
Rebecca Ferguson dans Life, Origine Inconnue


Life n'a pas peur de ressembler à 90 % aux blockbusters d'auteurs actuels. Il reprend surtout l'idée de départ d'Alien : le huis-clos spatial, ou le jeu de cache-cache entre un équipage et son hôte.




Ne bénéficiant ni du sens pictural de Ridley Scott, des conceptions biomécaniques de H.G Giger, de l'influence visuelle de Moebius (Jean Giraud), et encore moins d'une partition de Jerry Goldsmith, Life ne tentera jamais l'impossible, à savoir égaler son modèle.


Il n'en reprendra que quelques motifs en guise de clin d'oeil, du lance-flamme à la créature grandissante, en passant par les conduits d'aération, les sources de chaleurs, et les capsules d'hyper-sommeil.

C'est sur deux autres points que le film va se distinguer de l'oeuvre matricielle de Ridley Scott.

Tout d'abord, Life déroule constamment en apesanteur dans un lieu réaliste (une station spatiale telle que ne la verrions sur Discovery Channel). Deuxième originalité : le fameux Calvin, sa nature changeante, et par-dessus tout son interaction avec ces corps qu'il tentera de pénétrer.


Une mise en scène tentaculaire


Le travelling d'ouverture n'est qu'une infime partie de ce qui constitue Life.

Daniel Espinosa met au service de son film de multiples procédés formels : du style found-footage (tablettes, skype, reportages vidéo) à la caméra subjective (les yeux du monstre, les scaphandres de l'équipage), pour choisir un découpage classique.
D'un calme presque naïf dans un premier temps, le montage se resserre, les plans se figent. Les communications se coupent, les vitres se brisent et les moniteurs virent au noir.

L'ubiquité qui permet de tout voir, de tout contrôler par l'écran, n'appartient plus au spectateur, ni à l'équipage. La terreur s'installe. Être partout est désormais le privilège de Calvin, qui, grâce à sa petite taille et son corps modulable à souhait, se compresse et se faufile partout.

Dans un premier temps, la mise en scène, d'une fluidité absolue, rappelle davantage Mission to Mars de De Palma que Gravity d'Alfonso Cuaron. Elle donne une idée précise de l'architecture de la station, telle un être tentaculaire dont le cœur serait un laboratoire.








Calvin, monstre fascinant


Dans une imagerie moderne peu sujette au hors-champ et à l'invisible, Calvin a toute sa place. Il est un pur produit de son époque.


Tandis que par pure nostalgie visuelle, de nombreux blockbusters fantastiques (Jurassic Park, Star Wars) tentent de revenir à l'animatronique, le monstre de Life est un être 100 % numérique.

La terreur ne joue plus sur le noir, l'invisible, l'instant inattendu où la créature frappera, mais sur son rapport avec le corps humain.

Life est un film d'angoisse pure, bien mieux 
qu'un divertissement gore. Au-delà de la claustrophobie qu'il génère, il s'agit d'un film d'une terreur viscérale.



Un air de Black Mirror


Life ne se veut jamais porteur d'une quelconque réflexion grandiloquente, comme pouvaient le faire récemment Interstellar ou Premier Contact. Il s'agit d'un spectacle primaire, presque traditionnel, un film de genre virant rarement à l'exercice.

Life pourrait être considéré comme un remake d'Alien à l'ère du numérique et de la toute-puissance de l'image. En effet, toutes les scènes avec Calvin, ou presque, laissent place à une vitre, un moniteur, un hublot, un filtre séparant les hommes de la créature monstrueuse qu'ils ont engendré. Ce rapport aux écrans rappelle la série Black Mirror.





Ryan Reynolds à travers le hublot dans Life - Origine Inconnue
Ryan Reynolds à travers le hublot dans Life - Origine Inconnue


Life se rapproche de l'esprit de Carpenter des années 70-80 (The Thing, Fog, Halloween.) Le mal prend tous les visages et semble invincible.



Monstrueusement... efficace


Bien que fortement déconseillé aux arachnophobes, Life est un film rare, à la fois simple et monstrueusement efficace. Il s'agit d'un pur spectacle porté par de brillantes idées sous-jacentes.

Cela faisaitt longtemps que je n'avais pas eu peur en salle, et franchement, cela m'a fait un bien fou.





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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !