dimanche 28 mai 2017

CANNES 2017 - 120 BATTEMENTS PAR MINUTE : PASSEZ À L'ACT UP !









À 20 ans, j'avais une veste en velours violette, assortie à mes cheveux. Sur cette veste, j'avais épinglé un badge.




Je n'ai jamais ôté le badge de la veste. Il faisait partie d'elle, et elle de moi. Je portais ce triangle rose sur la poitrine, et j'appris plus tard qu'il s'agissait du symbole dont on affublait les homosexuels dans les camps de concentration. Pour moi, c'était un symbole de lutte contre le Sida.


Génération Sida


Le Sida est le fléau de ma génération. Celui qui fait penser à la mort pendant l'amour. La capote, pour les hommes que j'ai connus, c'est une seconde peau. Inconcevable de ne pas la mettre. Ça a même brisé mon premier couple. Le jeune homme disait "Ça fait comme une barrière entre nous," et la barrière devint véritable. Je ne l'ai plus revu.

Si la capote est un réflexe pour ma génération, je sais qu'on le doit en grande partie à Act Up. Le slogan "Mets ta capote ou t'es mort", les actions de prévention dans les écoles, les affiches dans les rues et les manifs, tout cela, on le doit en partie à Act Up.

Cette année, je suis allée à Cannes sans y aller. Le Gaumont Opéra projette ce week-end une grande partie de la sélection cannoise et, pour la première fois depuis longtemps, j'ai payé ma place. Avec joie. C'est un plaisir de défendre un film comme 120 battements par minute. L'ambiance dans la queue, déjà était exceptionnelle. Tous les gays de Paris, en couple, entre potes, étaient venus assister à la projection. Quelques militants Act Up avec leur t-shirt, aussi.

Dans 120 Battements par minute, on suit une bande de potes. Thibault, chef d'Act Up Paris, homosexuel et séropo, Hélène, mère du jeune Marco, séropo à 16 ans, Sophie, lesbienne qui milite, comme tous les membres, pour l'accès de tous aux soins, qu'ils soient étranger.e.s, travailleur.se.s du sexe, homos, hétéros, bi ou trans.


Des acteurs criants de vérité



Et puis il y a Nathan, séronégatif qui se bat pour les droits des copains. Il est beau mec et interprété avec sincérité par Arnaud Valois. Il tombe amoureux, comme les spectateurs, de Sean, jeune, beau et malade. Nahuel Perez Biscayart, dans ce rôle, est une révélation.



Sean (Nahuel Perez Biscayart) dans 120 battements par minute de Robin Campillo
Sean (Nahuel Perez Biscayart) dans 120 battements par minute de Robin Campillo


Il a des airs de Xavier Dolan, Sean. Quand, dans le métro, il dit comment le Sida a changé son regard sur le monde, il rappelle le personnage de Romain Duris dans Paris de Klapisch.






Tous les personnages de 120 Battements par minute sont inspirés de personnes réelles, et les acteurs sont criants de vérité. Mention spéciale pour Adèle Haenel, qui incarne parfaitement le type de militante que l'on croise dans les assos, avec sa fraîche grande gueule.




Adèle Haenel en lesbienne militante chez Act Up dans 120 Battements par minutes, de Robin Campillo
Adèle Haenel en lesbienne militante chez Act Up dans 120 Battements par minutes, de Robin Campillo



Act Up : un militantisme controversé



Il faut recontextualiser 120 Battements par minute. Act Up a été créé en 1989, et l'on suit les militants au début des années 90, quand la capote n'est pas encore une évidence, et que les clichés réservent le Sida aux gays, toxicos et prostitué.es.



Les membres d'Act Up sont de véritables activistes, et je suis moi-même mitigée quant à leur manière de mener le combat. Le personnage d'Adèle Haenel reproche à ses partenaires une action qui a étrangement tourné. Violence ou pas ? Ne faut-il pas des coups d'éclat, même ratés, pour que la cause soit entendue ? Les moments les plus réussis du film sont les AG, appelés RH (réunions hebdomadaires) : on a la sensation, dans la salle de cinéma, d'y participer, surtout avec un public aussi réactif et respectueux du combat.


120 Battements par minute : la beauté du combat



Les manifs sont très bien filmées. Robin Campillo alterne avec talent instants contemplatifs et scènes d'action.



Sit-in d'Act Up dans les rues de Paris filmé en plongée par Robin Campillo dans 120 Battements par minute
Sit-in d'Act Up dans les rues de Paris filmé en plongée par Robin Campillo dans 120 Battements par minute

120 Battements par minute, par sa force documentaire, rend avec réalisme et sobriété les actions d'Act Up, extrêmes, courageuses, controversées. Même s'il est trop long et tire-larmes sur la fin, le film de Robin Campillo rend bien le combat pour les droits des malades du Sida au début des années 90, grâce à une mise en scène soignée et des acteurs époustouflants.




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