vendredi 12 mai 2017

LE GRAND MÉCHANT RENARD : TROIS BÊTES ET UN COUFFIN







Par Sirius


J'ai été invité en projection aujourd'hui. L'attachée de presse n'a rien vu, bien sûr, Marla était là pour faire diversion. Mais moi, son chien Sirius, je me suis glissé dans la salle étoilée du cinoche des Champs.

Le Grand méchant renard est adorable et hilarant. Le héros du film fout à peu près autant les jetons que Mike dans Monstres et compagnie.

Mike Wazowski dans Monstres et Compagnie, des studios Pixar
Mike Wazowski dans Monstres et Compagnie, de Pete Docter, des studios Pixar (2001)

C'est un renard, comprenez-vous, qui se prend d'affection pour des poussins. Fatalement, ça complique.





Si vous aimez l'humour de Daniel Pennac (d'ailleurs narrateur d'Ernest et Célestine, des mêmes réalisateurs) les gags des Simpsons et l'esprit de Tex Avery, Le Grand méchant renard est fait pour vous.


Dans le théâtre des animaux que proposent Benjamin Renner et Patrick Imbert, on découvre l'histoire de ce renard sentimental. On apprend aussi par quel miracle un canard, un cochon et un lapin ont sauvé Noël, et comment, surtout, ces trois compères ont dû livrer le bébé Pauline à la place d'une cigogne démissionnaire.

Les cigognes peu fiables, Marla connaît bien. Moi aussi. À cette époque, j'habitais encore dans le grand Nord canadien. Je vivais à Yukon, à la frontière de l'Alaska, où je suis né.





Peck la cigogne, qui aime un peu trop le cidre, a livré un paquet juste devant chez moi.




Il était si adorable que je n'ai pas eu le cœur à le laisser dans le froid. Je l'ai caché sous une couverture, près du feu, pour ne pas que les autres chiens de traîneau le voient.

Question : comment envoyer cet oisillon en Amérique du Sud sans être vu ? Ça faisait quand-même une trotte depuis le Canada. Et un sacré changement de climat.




Bref, il m'a fallu agir. Je devais emmener ce bébé toucan à l'aéroport le plus proche.

Mais Polka a tout fait foirer.




Dès qu'elle a vu l'oisillon sous la couverture, elle a voulu le garder.

- Ne t'en fais pas, je vais le réchauffer de ma fourrure, je ne bougerai plus. Comme une poule. Il est si mignon. On va l'appeler Alfred.

Contredire une mère, c'est dangereux. Mais il y a pire : un renard qui découvre un bébé toucan et décide de le vendre au plus offrant sur eBay.





C'est ce soir-là que Polka et moi, on s'est fait la malle avec le toucan enveloppé d'un linge blanc. Je le tenais dans ma gueule, tâchant de le garder au chaud. Nous avons emporté des provisions, des croquettes pour nous-mêmes, et des fruits pour le petit. Nous avons marché des heures jusqu'à Whitehorse, capitale de Yukon.

Sauf que l'aéroport est à Vancouver.

- On prend l'avion ? dis-je à Polka.
- Ah non, le bus, c'est moins cher et plus discret.

Sauf que ça prend 38 heures, sans compter les changements.




On a donc traversé pendant 6 jours la Colombie britannique...



... en autobus :




Le défi était de piquer, chez les bipèdes, suffisamment de nourriture pour nous tous entre deux voyages.

Une fois arrivés à l'aéroport de Vancouver, j'ai proposé à Polka :

- Bon, on le met dans une valise de touristes en partance pour Mexico, et on se fait la belle.
- Tu veux laisser ce petit ange dans une valise ? Qu'il soit coincé des heures dans la soute à bagage, c'est ça ?
- Mais...
- Pas de mais. On l'accompagne, et on revient ensuite.

Une fois à l'aéroport, embrouille en vue.




Le douanier, porc-épic suspicieux, nous demanda d'un ton sec :

- Déclinez vos identités.
- Sirius et Polka, Malamutes d'Alaska.
- Vous êtes mariés ?
- Non, l'Alaska ne reconnaît pas le mariage husky.
- Et vous allez où, comme ça ?
- Au Mexique, pour un voyage en amoureux, dit Polka avec une joie sincère.
Puis le petit a pointé son bec hors de mon baluchon.
- C'est quoi, ça ? lança le douanier, agressif.
- Oh, rien. C'est à nous.
- Vous allez du Canada au Mexique avec un toucan ? Si vous voulez faire du trafic d'oiseaux, faites au moins le voyage dans le bon sens.
- Pas du tout, c'est... notre enfant.
- Avec un bec d'oiseau ?
- On a pris un donneur.
Le porc-épic nous regarda avec suspicion.
- Je voulais tellement un petit, vous savez, dit Polka en prenant un air triste. Vous avez des petits, vous ?
- Eh bien...
- On s'attache à ces bêtes-là, vous savez. Alors bec d'oiseau, cou de girafe, dents de croco, ça nous était bien égal. 
Le porc-épic regarda Polka, ému. D'un ton bourru, il marmonna "C'est bon, passez."

Puis il y eut l'avion. Dans Le Grand méchant renard, Pauline, bébé à livrer, fait preuve d'une joie extatique, y compris en plein danger.





Mais Alfred, c'est une autre histoire. Vous connaissez le cri du toucan ? Ça donne ça :





Imaginez le mal de tête sur cinq heures trente de vol.

L'hôtesse de l'air, cependant, a été charmante. 





De sa voix douce, elle nous a demandé ce que nous voulions boire et manger. Elle s'est un peu étonnée de voir deux huskies commander des fruits, des insectes et des œufs, mais elle est restée très professionnelle.

Enfin, nous sommes arrivés à Mexico. Ce qui posa un nouveau problème : pouvait-on laisser Alfred là-dedans ?






- Allons, Polka, ce n'est pas parce que Mexico est la ville la plus polluée au monde, l'une des plus corrompues, et qu'elle est 242 fois plus peuplée que Yukon, qu'Alfred n'y sera pas bien.

Je ne vous mettrai pas une photo de Polka en colère. Vous n'en dormiriez pas.

Alors j'ai filé doux, et on a accompagné le petit jusqu'à Riviera Maya. Cela nous a pris seulement 18 heures à l'arrière d'un camion. 

Quand soudain, on en a vu un.



- Des chiens-loups, dans cette région ? Vous êtes bien les premiers que je vois.

- Je vous comprends, dis-je. Vous êtes aussi le premier toucan que nous rencontrons. Enfin, le deuxième.

J'ouvris le linge qui contenait Alfred.

- Erreur de livraison ? demanda le toucan de la Riviera, qui semblait avoir l'habitude.
- Oui, répondis-je.
- C'est par là. Il nous montra de son bec un jeune couple. 





Inspirée par ce spectacle, Polka me lécha la truffe.

- Pas devant le petit, voyons. 

Puis Alfred dit son premier mot. Le toucan femelle l'entendit, le regarda, et versa une petite larme.


***

Voilà ce qu'il advint d'Alfred le toucan, et la raison pour laquelle il faut aller voir Le Grand méchant renard : les belles histoires sont rares. N'en manquez aucune.



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