vendredi 19 mai 2017

LES FANTÔMES D'ISMAËL : MATHIEU AMALRIC HANTÉ PAR SON EX



Marion Cotillard (Carlotta) et Mathieu Amalric (Ismaël) dans Les Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin (2017)




Les fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin est un énième film cannois surnoté, ennuyeux à mourir et faussement intellectuel.

Même si Sidonie, il y a deux ans, a fort bien défendu Trois Souvenirs de ma jeunesse, Les Fantômes d'Ismaël, qui reprend le "feuilleton" de Paul Dedalus, établit un parallèle douteux entre un cinéaste hanté par son épouse disparue et le film qu'il souhaite tourner. Difficile de trouver un point commun clair entre  Ismaël (Mathieu Amalric) cinéaste dépressif est quasi insomniaque, et Pierre, héros de son film, (Louis Garrel) espion peu charismatique. Ça commence comme du Melville, façon film d'espionnage. Puis l'on passe à la vie amoureuse chaotique du réalisateur, Ismaël. Le film dans le film est peu clair, en somme la mise en abyme est ratée, et le montage confus.


Le festival de Cannes commence très mal. Cette histoire de fantôme n'en est pas vraiment une, et ne joue jamais sur l'ambiguïté fantastique qu'on serait en droit d'attendre. 
À bien y réfléchir, des dizaines de livres, films, et même de téléfilms de M6 ont traité ce sujet : un homme qui se croit bien installé avec une nouvelle compagne voit sa vie bouleversée quand son amour de jeunesse, laissé pour morte, refait surface.



Marion Cotillard (Carlotta) face à Mathieu Amalric (Ismaël) dans Les Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin (2017)
Marion Cotillard (Carlotta) face à Mathieu Amalric (Ismaël) dans Les Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin (2017)


Point de fantôme dans le film, malgré son titre. Desplechin s'avère donc déceptif, surtout quand il fait référence à Hitchcock, le suspense en moins.

Les épouses fantomatiques au cinéma


En effet, l'épouse disparue se nomme Carlotta (Marion Cotillard) en référence à Vertigo, qui mettait déjà en lumière un mystérieux portrait.


Portrait de Carlotta dans Vertigo (Sueurs Froides) d'Hitchcock (1958)
Portrait de Carlotta dans Vertigo (Sueurs Froides) d'Hitchcock (1958)


On pense également à Rebecca, et l'on est bien déçu devant ce Desplechin, qui reprend le thème de l'épouse d'outre-tombe sans grande nouveauté.

Les plus célèbres nouvelles d'Edgar Poe mettaient déjà en scène ce réseau de symboles.



Barbara Steele pose pour son portrait face à Vincent Price dans La Chambre des tortures, de Roger Corman, inspiré d'Edgar Poe (1961)
Barbara Steele pose pour son portrait face à Vincent Price dans La Chambre des tortures, de Roger Corman, inspiré d'Edgar Poe (1961)


Dans un tout autre style, La Mort est rousse, téléfilm de 2002 avec Elsa Lunghini, présentait sensiblement le même scénario que Les Fantômes d'Ismaël. Un épisode de Sex and The City ("Three is a crowd", saison 1, épisode 3) où Carrie est hantée par l'ex-épouse de Big, est largement mieux mené et rythmé que le dernier opus de Desplechin.

Toujours côté séries, la très bonne première saison des Revenants posait aussi la question du retour d'un défunt époux.




Adèle et Simon, l'époux fantôme dans Les Revenants (2012)
Adèle et Simon, l'époux fantôme dans Les Revenants (2012)


Même Jane Eyre (que Charlotte Gainsbourg a d'ailleurs interprétée) fait face à l'épouse fantomatique de Rochester dans le roman de Brontë. 

Les fantômes d'Ismaël : faire du vieux avec du vieux


"Mais non, vous n'avez rien compris, me direz-vous, il s'agit de fantômes métaphoriques." Admettons. Mais alors, qui nous explique le pourquoi des cauchemars d'Ismaël ? D'ailleurs, de quoi rêve-t-il ? Se sent-il coupable de la disparition de Carlotta ? Mystère.


Je ne peux même pas dire que Desplechin fasse du neuf avec du vieux. En réalité, il fait du vieux avec du vieux : morne voix off, acteurs peu inspirés, ensemble guindé et académique.

Que fait Desplechin de ce sujet maintes fois traité ? Pas grand-chose. Tout est lent, laborieux, tombe à plat. Le réalisateur donne le sentiment de changer l'or en plomb : Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard et Mathieu Amalric sont des acteurs extraordinaires, ici au service d'un faible scénario, comme c'est trop souvent le cas dans le cinéma français.


Marion Cotillard (Carlotta) et Charlotte Gainsbourg (Sylvia) dans Les Fantômes d'Ismaël
Marion Cotillard (Carlotta) et Charlotte Gainsbourg (Sylvia) dans Les Fantômes d'Ismaël


Le sentiment qui vient en fin de projection, c'est "Tout ça pour ça". Desplechin ne tire rien de ce triangle, qui n'apparaît même pas étrange aux yeux des spectateurs. A croire que les histoires de fantômes ne sont pas le fort des réalisateurs français.


Desplechin a pourtant un très bon sens du cadrage, et sait filmer les reflets des miroirs comme personne. Il eût été bienvenu que l'effet de miroir se retrouve dans le scénario, trop peu travaillé.


Une ouverture de Cannes décevante



Même le débit du texte par les acteurs manque de naturel. La voix off littéraire  n'est
en soi pas gênante, mais s'alourdit à mesure que le film avance, surtout qu'elle ne raconte rien. Les pérégrinations d'Ismaël finissent par lasser. Même la fragilité de Charlotte Gainsbourg, la finesse du jeu de Mathieu Amalric et la beauté de Marion Cotillard (qui ne parvient pas à être mystérieuse) ne sauvent pas le film. Un nombre étonnant de spectateurs s'endort pendant la séance.

Les Fantômes d'Ismaël est simplement décevant, dans le tintamarre de l'ouverture cannoise.




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