samedi 6 mai 2017

MARY (GIFTED) : MA NIÈCE, MA BATAILLE








Marc Webb, réalisateur de la rom-com très réussie 500 jours ensemble nous propose en 2017 un joli film sur une enfant surdouée, et son oncle qui tente de lui offrir une enfance normale, d'aucuns diraient une enfance tout court.

500 Jours ensemble parlait, plutôt que d'une histoire d'amour, d'un couple dysfonctionnel.


Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel dans 500 Jours ensemble (2009)
Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel dans 500 Jours ensemble (2009)

Dans Mary, le scénariste Tom Flynn évite à nouveau l'histoire attendue, où l'on verrait un homme se battre, au contraire, pour que sa nièce surdouée obtienne une éducation - et par conséquent une vie - hors-norme.



Un joli film nuancé


Choix judicieux que ce parti pris, qui évite tout manichéisme, et permet de se poser de nouvelles questions sur ce qu'on appelle la douance (le fait d'être surdoué.e). A-t-on raison de pousser les enfants au plus haut, quitte à les transformer en singes savants, quand ils possèdent un don exceptionnel ? Doit-on, au contraire, les priver de l'excellence ?

Ce débat, très bien mis en images par Marc Webb, fait que la "méchante" grand-mère de l'histoire (Evelyn, incarnée subtilement par Lindsay Duncan) ne l'est pas vraiment.


Lindsay Duncan (Evelyn) et Mckenna Grace (Mary) dans Mary, de Marc Webb (2017)
Lindsay Duncan (Evelyn) et Mckenna Grace (Mary) dans Mary, de Marc Webb (2017)

Les films nuancés sont rares. Webb démontre la difficulté du compromis en pareille situation, et fait confiance au spectateur pour comprendre les motivations de chaque personnage.

Mais Marc Webb réussit à rendre Mary touchante et unique en son genre. La composition de Mckenna Grace y est pour beaucoup. Il est aussi agréable de retrouver Chris Evans, que je connaissais pour son rôle dans Scott Pilgrim, aux antipodes de celui-ci.


Chris Evans en acteur arrogant dans Scott Pilgrim (2010)
Chris Evans en acteur arrogant dans Scott Pilgrim, d'Edgar Wright (2010)


Chris Evans en oncle aimant dans Mary (2017)
Chris Evans en oncle aimant dans Mary (2017)

Webb tient le pari, donc, de parler douance avec finesse. Pas évident de parler d'enfants surdoués au cinéma, surtout quand il est question de mathématiques, sujet pas forcément sexy.

Les enfants surdoués au cinéma


En 2014, Asa Butterfield incarnait un surdoué des maths dans Le Monde de Nathan.




Dans le film de Morgan Matthews, il était aussi question de la douleur d'être différent (Nathan est autiste) et de la voie royale qui n'est pas forcément celle de l'excellence académique.


Le Petit homme, téléfilm sorti en 91, nous présente un petit garçon doué pour tout, les arts comme les sciences. Un film charmant, même si j'ai un gros doute concernant la coupe de cheveux du gosse.

Adam Hann-Byrd et Jodie Foster dans Le Petit homme
Adam Hann-Byrd et Jodie Foster dans Le Petit homme (1991)

Sur un ton plus fun, Matilda de Roald Dahl a été adapté en 1996. Ici, l'intelligence de Matilda est frustrée parce qu'elle reste dans une école ordinaire. La non-sollicitation de cette intelligence fera naître en elle des pouvoirs magiques.





À bien y réfléchir, je me demande si Sixième Sens de Shyamalan n'est pas une variation du thème de la douance. Cole, supérieurement intelligent, développerait ainsi son pouvoir de voir et parler aux morts. 


Haley Joel Osment (Cole) dans Sixième Sens, de M. Night Shyamalan (1999)


Haley Joel Osment apparaît d'ailleurs comme un petit génie du cinéma. Il suffit de le voir en interview.


Allez voir Mary en septembre 2017



Marc Webb offre, dans Mary, en plus d'une variation réussie sur le vieux thème de la douance, une nouvelle réflexion sur la différence entre père biologique et du père / oncle adoptif, de la filiation du sang et de celle du cœur. 

Il suit avec talent le conseil de Henry James, de montrer sans paroles. Plutôt que de dire dans une voix off lourde que l'oncle Frank est généreux, Webb le filme en train de revenir de la fourrière, non pas avec un seul chat, mais trois, pour leur éviter la piqûre fatale.

La scène de l'hôpital, que je vous laisse découvrir en salle, est également formidable.

Allez voir Mary quand il sortira en septembre en France. Les films nuancés, touchants et finement interprétés sont trop rares.



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