mercredi 24 mai 2017

PIRATES DES CARAÏBES 5, LA VENGEANCE DE SALAZAR : SOS FANTÔMES







Par Clément


Les Experts : Caraïbes


"Mon business, c’est le transport ; mon job, c’est de transporter le public d’un endroit à un autre." Ainsi se résume Jerry Bruckheimer, plus grand producteur d’Hollywood en termes de films à gros budget (et de fortune personnelle).

On pourrait critiquer Bruckheimer d’avoir financé d’immondes navets aux côtés de bons blockbusters et de séries qui ont marqué la télévision (la franchise des Experts, notamment). Cependant, il est toujours resté fidèle à son credo. 


Il souhaite produire les films qui représenteront la quintessence d’un genre populaire. Ainsi, il ressuscite les films d’avion, genre très aimé d’Hollywood dans les années 40-50, avec Top Gun. Il dope le buddy movie à l’adrénaline pure avec Bad Boys et suites. Il reste le producteur du film-phare du genre "l’Amérique sauve le monde" avec Armageddon, et de la comédie musicale 80s avec Flashdance.


Armageddon, réalisé par Michael Bay (1998), un des plus célèbres poulains de l'écurie Bruckheimer
Armageddon, réalisé par Michael Bay (1998), un des plus célèbres poulains de l'écurie Bruckheimer


Pirates des Caraïbes représente le meilleur du style Bruckheimer, son cocktail, souvent déséquilibré au profit de l’action abêtissante, est ici mieux dosé : scènes trépidantes, romance accrocheuse, humour percutant, spectacle visuel permanent, Pirates des Caraïbes 5 est une vraie réussite. Si les 1er et 3e volets remplissaient le contrat, le 2e négociait mal son virage sombre, tandis que le 4e se prenait trop au sérieux : la franchise oubliait qu’elle était parodique. 


Après la déconvenue de ce dernier volet, on se posait la question : était-ce le combat de trop ?





Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar balaye les doutes : la franchise sait encore envoyer du bois, et massivement ! Le spectateur néophyte y trouvera son plaisir sans problème.


Henry Turner (Brenton Thwaites) fils de Will et Elisabeth, jure qu’il délivrera son père et son équipage de la malédiction qui l'a frappé dans le 3e film. Seul le Trident de Poséidon, artefact magique caché au fond de l’océan, peut briser toutes les malédictions maritimes. 


Henry cherche à recruter le fameux Jack Sparrow (Johnny Depp) pour l’assister. Sur leur chemin, ils croisent Carina Smyth (Kaya Scodelario, héroïne de la dystopie adolescente Le Labyrinthe). C'est une astronome trop brillante pour la société machiste de son temps. Les hommes veulent la voir pendue. Elle veut percer le mystère de son père qu'elle n'a jamais vu, et cela pourrait les mener au fameux Trident.
Mais Jack a malencontreusement libéré un ancien ennemi, Armando Salazar (Javier Bardem) capitaine devenu fantôme. Salazar s’est juré de tuer Jack par vengeance. 


La chasse au trésor peut commencer…

Un grand tour de manège


La force du film, c’est le scénario en béton armé (à quelques raccourcis près) de Jeffrey Nathanson. Premier point, il respecte la règle de Samuel Fuller "Si la première scène ne provoque pas d’érection, il faut tout recommencer". Grâce à un incipit gothique, on est pris directement dans un tour de manège géant, sans temps mort pendant 129 minutes.



Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)
Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)


On retrouve la virtuosité dont le scénariste faisait preuve dans Attrape-moi si tu peux de Spielberg. Les péripéties stupéfient par leur imagination débordante : on commence par l’un des braquages de banque les plus hallucinés de l’histoire du cinéma, puis pêle-mêle, une attaque de sélaciens morts-vivants, un remake d’un célèbre passage de la Bible, une guillotine-grand huit (si, si)… Jack Sparrow étant le pirate le plus malchanceux du monde, il faut y ajouter les abordages, les pièges, les explosions et les négociations débiles…


Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Un film flamboyant


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, grande aventure picaresque, est non seulement très rapide, mais aussi remplie à ras-bord. La mise en scène du duo Joachim Rønning-Espen Sandberg, en longs panoramiques de caméra, en plans larges, et au montage agréable, forment un film flamboyant. À l’ère des blockbusters aux scènes d’action illisibles, le film revendique fièrement d’être "vieille école", et s'avère plus efficace.


Si le film est si réussi, c’est parce qu’il maîtrise le récit choral. Jack Sparrow, moteur central des films précédents, n’a plus le rôle principal. Il partage équitablement la vedette avec le jeune couple Henry-Carina, Barbossa, et Salazar.

 
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


La plupart du temps, Jack subit les événements plus qu’il ne les provoque. Cette bande de (anti-) héros qui se lancent des vannes est jubilatoire. En cela, le film suit la même recette que Les Gardiens de la Galaxie. Le mélange action-humour-romance-aventures est explosif. Je vous laisse la surprise d'un caméo pour l'oncle de Jack.


La malédiction du Black Pearl 2.0


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar réussit là où Jurassic World avait échoué : faire un faux remake du film fondateur de la saga. En effet, on retrouve de nombreux thèmes de La malédiction du Black Pearl.



Affiche du film Pirates des Caraïbes, premier du nom, réalisé par Gore Verbinski (2003)


On retrouve dans Pirates des Caraïbes 5 l’équipage frappé par une malédiction, un trésor à chercher, un jeune couple de comédie américaine qui se fera des bisous après s’être envoyé des piques, et une vendetta. Même la musique, signée Geoff Zanelli, imite clairement le style d’Hans Zimmer dans le premier film de la franchise. Et si on trouve des coïncidences gênantes dans les deux scénarios, le souffle aventureux emporte tout.

 
 


Une recette efficace


Le scénario parvient chaque fois à nous proposer ces thèmes de manière innovante : plus d’humour, avec des mailles sémantiques tordantes, et du slapstick de cartoon, plus poussé que dans les volets précédents. Chapeau bas pour les décors, notamment l’incroyable tombe de Poséidon, et des fantômes toujours plus effrayants


Si Elisabeth était une femme d’action, Carina surclasse ses partenaires masculins en intelligence vive. Kaya Scodelario retrouve avec bonheur l’ironie sarcastique, et la froideur de son personnage d’Effy dans la série Skins (UK).


Elizabeth Stonem, dite Effy, dans Skins de Jamie Brittain et Bryan Elsley (2007-2013)
Elizabeth Stonem, dite Effy, dans Skins de Jamie Brittain et Bryan Elsley (2007-2013)


On s’autorisera tout de même à préférer Keira Knightley. Il était de toute façon difficile pour l’actrice de 24 ans de passer après un tel personnage.


Javier Bardem, époustouflant derrière son maquillage d’horreur, investit après No country for old men et Skyfall son écrasante présence physique dans un rôle de méchant jouissif. Son épouse, Pénélope Cruz, n’était pas si mémorable dans le film précédent. Lui tient la comparaison avec Barbossa.


Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Vieillissant, l’ancien rival de Jack se révèle émouvant alors qu’il cherche une rédemption.


Hector Barbossa (Geoffrey Rush) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Hector Barbossa (Geoffrey Rush) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Des personnages archétypaux




Les personnages sont plus archétypaux : le couple Henry-Carina n’a pas la flamme de Will-Elisabeth. Si le stand-up continu de Johnny Depp est un délice, il a tendance à gommer le côté rusé qui fait le sel du pirate Sparrow. Le personnage s’auto-parodie toujours plus, au point de ressembler à son pastiche Jack Céparou dans l’amusante web-série Noob.



Un sacrifice, pour que Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar tourne sur cinq moteurs au lieu d’un ou deux. La comparaison avec Star Wars VII (également un remake décevant d'un film fondateur) est d’autant plus justifiée que Carina partage avec Rey le traumatisme de l’absence du père (comme c'est original…), mais impulse au film son élan

Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Henry Turner (Brenton Thwaites) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Henry Turner (Brenton Thwaites) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Hollywoodien jusqu’au blanc des yeux, Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar se paie même une fin très satisfaisante, qui gonflera de joie le cœur des fans de la première heure...

 

La saga est relancée


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, en revenant aux sources du succès de la saga, accomplit l’exploit difficile de déchaîner l’enthousiasme quand on croyait la franchise perdue. Maintenant que la saga a utilisé son joker, il va lui falloir se réinventer pour le sixième film. Après un tel coup d’éclat, on a confiance. 

Jack Sparrow, juste après avoir appris qu'il allait rempiler pour un sixième film
Jack Sparrow, juste après avoir appris qu'il allait rempiler pour un sixième film


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