jeudi 21 septembre 2017

CANNES 2017 - FAUTE D'AMOUR (LOVELESS) : NI PAPA NI MAMAN








Aliocha est un petit garçon qui porte le prénom d'un personnage de Dostoievski. Le roman Les Frères Karamazov parle de parricide, mais dans Faute d'amour, c'est un enfant qui se meurt doucement.

Ses parents, Boris et Genia, sont trop occupés à se déchirer pour s'occuper de lui. Pris au milieu d'un divorce particulièrement violent, Aliocha surprend la dispute de ses parents quant à sa garde. Aucun des deux ne veut le garder. Il disparaît.


Les égoïstes que nous sommes


Faute d'amour apparaît comme le revers sombre de la comédie Papa ou Maman. Martin Bourboulon mettait en scène un divorce cocasse où les parents se faisaient la guerre pour laisser leurs enfants à l'autre. Andrey Zvyagintsev (son nom fait un carton au Scrabble) nous propose une chronique de la Russie de son temps. Il dénonce, plus largement, les égoïstes que nous sommes.

Aliocha est visible dans seulement six plans de Faute d'Amour. Le film se concentre davantage sur le couple Boris / Genia, obsédés par eux-mêmes, suréquipés technologiquement et pourtant incapables de communiquer.


Boris (Alexey Rozin) est le père d'Aliocha dans Faute d'amour, de Andrey Zvyagintsev
Boris (Alexey Rozin) est le père d'Aliocha dans Faute d'amour, de Andrey Zvyagintsev


Ce couple, j'ai mal de l'admettre, c'est nous. Zvyagintsev adopte un ton à la Tennessee Williams pour dresser le tableau noir de ses contemporains.


Boris et Genia ne sont pas des monstres, ils sont même effrayants d'humanité. Ils ne pensent qu'à eux, à leur nouveau partenaire, à leur boulot, aussi terne soit-il.  Pas de place pour Aliocha, qui semble encombrer ses parents, et se retrouve traité comme un meuble.

- Tu veux pas le refourguer à ta mère ?
- Elle en voudra pas.

Ah, la grand-mère, parlons-en. C'est de loin le personnage le plus terrifiant. Il rappelle, là aussi, les matrones façon Tennessee Williams. Moralement parlant, il n'y a pas grand-chose à sauver. Par la violence de son discours, elle rend Genia plus humaine, et c'est elle qui s’inquiétera le plus de ce qu'il est advenu de son fils.


Maryana Spivak dans Faute d'amour
Maryana Spivak dans Faute d'amour


Malgré cette nuance, le couple demeure étonnant de froideur et de vérité. La Russie elle-même est dépeinte comme glaciale, bien au-delà de son climat. Comme dans L'Echange de Clint Eastwood, Faute d'amour dénonce l'incompétence de la police, qui lance les recherches d'un mineur seulement huit jours après sa fugue. Zvyagintsev accuse plus largement le dysfonctionnement de la société russe. À sauver, peut-être, l'association qui recherche les enfants disparus.


Un sombre miroir


Ne vous attendez pas à un roman à la Dickens, où les méchants parents se rendraient compte de leur erreur et deviendraient meilleurs. Boris et Genia sont les personnages d'une farce cruelle : ils n'évoluent pas, ou, pour Genia, si peu. Quant à Boris, il délaisse également l'enfant de sa nouvelle compagne, qui joue seul tandis qu'il regarde la télévision.

Il faut voir Faute d'amour, mais avoir, disons, le cœur bien accroché. 

Faute d'amour est l'un des très bons films de Cannes 2017 : franc, cruel, sans concession. Si vous n'avez pas peur qu'un réalisateur vous tende un sombre miroir de vous-même et de la société contemporaine, allez-y. Je finirai sur la réflexion qui m'est venue en fin de séance : "C'est bien vu, hélas."




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