vendredi 16 juin 2017

CREEPY : LA FÊTE DES VOISINS



Affiche de Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)



Par Clément


Alors on flippe


Même sans avoir recours au genre de l’horreur, les Japonais sont très doués pour faire naître le frisson. Kiyoshi Kurosawa en avait déjà donné la preuve avec le diptyque Shokuzai, et même l'un de ses premiers films, Cure, qui contenait déjà certains thèmes de Creepy : les psychopathes flippants, les cadavres qui se multiplient, les manipulations mentales.

Kyoko Koizumi dans Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa (2012)
Kyoko Koizumi dans Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa (2012)

Bouleversé par une prise d’otages où il fut blessé, l’inspecteur Takakura (Hidetoshi Nishijima) démissionne de la police. Il déménage dans une petite ville avec sa femme Yasuko (Yûko Takeuchi). Peu de temps après, Nogami (Masahiro Higashide)
, un ex-collègue, lui demande son aide pour résoudre une affaire qui le taraude depuis six ans : la disparition, du jour au lendemain, de tous les membres d’une famille, laissant seule leur fille Saki (Haruna Kawaguchi). 




Mio (Ryōko Fujino), Takakura (Hidetoshi Nishijima), Nishino (Teruyuki Kagawa), et Yasuko (Yûko Takeuchi) dans Creepy
Mio (Ryōko Fujino), Takakura (Hidetoshi Nishijima), Nishino (Teruyuki Kagawa), et Yasuko (Yûko Takeuchi) dans Creepy


Dans le même temps, Takakura et Yasuko font la connaissance de leur voisin Nishino (Teruyuki Kagawa) et de sa fille Mio (Ryōko Fujino). Nishino se montre de plus en plus effrayant. Yasuko devient irritable, Takakura a l’impression qu’un piège invisible se referme sur lui… 


Mon voisin le psycho



Les peurs les plus efficaces sont universelles. Lorsque dans les journaux, on interroge les voisins d’un.e tueur.se, combien de fois entendons-nous que cet personne avait l’air normale, serviable, gentille…

Comme le fait remarquer Takakura, la plupart des assassins sont des crèmes (Blue Velvet ne dira pas le contraire), alors si notre voisin est un peu inquiétant, cela indiquerait plutôt qu’il est inoffensif, non ?

Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)
Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)

Et si le mec d'en face était un assassin ? De ce simple pitch, Hitchcock a tiré Fenêtre sur cour, feu d’artifice ludique et malicieux. Tout en maintenant un ton léger, le maître du suspense fait sourdre l'angoisse.

Grace Kelly et James Stewart dans Fenêtre sur Cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954)
Grace Kelly et James Stewart dans Fenêtre sur Cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954)


Harper Lee, dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, nous fait partager la terreur de Scout et de la ville de Maycomb à propos d’Arthur "Boo" Radley, voisin muet, invisible, objet de rumeurs terrifiantes. Cependant, la rumeur est-elle fondée ? Plus près de nous, les Desperate Housewives, mais aussi les personnages de Big Little Lies, se sont interrogés sur leurs voisins


Arthur "Boo" Radley (Robert Duvall) dans Du silence et des ombres, réalisé par Robert Mulligan (1962)
Arthur "Boo" Radley (Robert Duvall) dans Du silence et des ombres, réalisé par Robert Mulligan (1962)

Côté voisins terrifiants, on a rarement fait mieux que les Castevet de Rosemary’s baby, voisins 
prévenants le jour, satanistes la nuit. 


Ruth Gordon et Sidney Blackmer (Minnie et Roman Castevet) dans Rosemary's baby de Roman Polanski (1968)
Ruth Gordon et Sidney Blackmer (Minnie et Roman Castevet) dans Rosemary's baby de Roman Polanski (1968)



Creepy : un script pas assez rigoureux


Même si Creepy sème des twists de plus en plus horribles, le scénario n’est pas ce qui est le plus intéressant : l’exposition, bavarde, s’étend sur près du premier tiers du film. Ainsi l’enquête policière n’a-t-elle d’autre but que de donner un passif à Nishino. Elle se révèle prévisible, ce qui ne l’empêche pas de s’étirer en longueur.

Takakura (Hidetoshi Nishijima) et Nogami (Masahiro Higashide) dans Creepy
Takakura (Hidetoshi Nishijima) et Nogami (Masahiro Higashide) dans Creepy

Kurosawa demeure flou sur le rôle joué par la fille de Nishino. On relève aussi plusieurs incohérences dans le film, y compris le dernier twist, renversement de situation inexplicable. On s’étonne aussi de l'inefficacité flagrante de la police.



Le secret de la cave noire


Si Creepy est réussi, c’est qu’il est avant tout le portrait d’un homme mentalement déréglé.

Teruyuki Kagawa est étonnant en misanthrope détraqué, alors même qu’on le voit rarement passer à l’action. Faible physiquement, vaguement ridicule dans sa cynophobie (peur des toutous) il sidère lors de ses apparitions, alternant blagues douteuses, sous-entendus menaçants, brusques crises de colère, sourires figés… tout y passe.


Yasuko (Yûko Takeuchi) et Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy
Yasuko (Yûko Takeuchi) et Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy


Même après ses menaces, il persiste à communiquer avec ses voisins, dans un jeu cruel du chat et de la souris, comme pour le violeur de Elle. On ne sait jamais quand il va frapper.


Ses intentions sont glaçantes. Les amateurs d’Esprits Criminels retrouveront la même motivation chez les méchants de l’épisode 5.16 Hansel et Grétel. Le sadisme de Nishino n’est jamais "volontaire", il est le fruit d’un raisonnement tordu. Creepy adopte le point de vue inverse de Captives qui filmait le calvaire des victimes et non de l'agresseur. Kurosawa pare ainsi à la tentation de trop en faire, travers dans lequel tombait hélas Atom Egoyan.



Naoko Sâto (la mère) et Mio (Ryōko Fujino) dans Creepy
Naoko Sâto (la mère) et Mio (Ryōko Fujino) dans Creepy

Kurosawa refuse le happy end facile : le retour à la normale n’aura pas lieu, conséquence d’avoir fréquenté trop longtemps un démon, une fin comparable à celle, très noire, d’Harmonium. La fin de Creepy aurait été plus forte si Kurosawa avait coupé son film cinq minutes plus tôt, mais même le pessimisme japonais a ses limites.

Le casting du film Creepy de Kiyoshi Kurosawa
Le casting du film





"Plus réussi est le méchant, plus réussi est le film" (Hitchcock)


Malgré les zones floues de son scénario et son exposition à rallonge, Creepy n’en est pas moins un vrai cauchemar, mis en scène avec un crescendo qui donne le frisson (plans fixes comme autant de prisons virtuelles, photographie des scènes de cave glauque…) et porté par un méchant à la perversité mémorable.




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