dimanche 11 juin 2017

K.O. AVEC LAURENT LAFITTE : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)







Fabrice Gobert, créateur des Revenants, nous propose au cinéma un nouveau thriller, K.O., avec Laurent Lafitte. Gobert persiste et signe quant au flou entre la vie et la mort, rêve et réalité, à travers l'histoire d'Antoine Lecomte, salopard au travail comme dans sa vie privée. Il organise des matches de boxe qui peuvent rapporter gros.

Antoine n'a que des ennemis. Rien d'étonnant à ce que, un jour, l'un des employés de la chaîne de télé pour laquelle il travaille lui tire dessus.

Il se réveille à l'hôpital. En rentrant chez lui, le code a changé et sa compagne a pris sa place. En revenant au boulot, il se rend compte que ses collègues ont changé de rôle, et que lui se retrouve... présentateur météo. S'agit-il d'un complot pour lui voler sa vie ?

Devant cet homme sorti d'un long coma et qui ne reconnaît plus sa vie, on pense d'emblée à Dead Zone de Cronenberg.







Après cinq ans dans le coma, Johnny Smith se réveille. Sa fiancée a épousé un autre homme et il s'aperçoit avoir hérité d'un curieux don de divination. Le film de Cronenberg est un modèle du genre, et la trame de Stephen King était passionnante.

Or, K.O. s'avère faussement complexe : on a juste affaire à une nouvelle figure de Scrooge. La version comique de Scrooge, Un jour sans fin, part du même principe : le personnage de Bill Murray revit en boucle le même jour jusqu'à ce que'il change son rapport au monde et aux gens.

Antoine, dans K.O. est lui aussi un méchant qui, lors d'une expérience peu ordinaire, va s'amender. Dans À Propos d'Henry (1991) Harrison Ford jouait déjà un salaud qui devenait tout gentil après s'être pris une balle.

K.O. est cousu de fil blanc, même s'il marche sur la corde du fantastique. Du genre fantastique cependant, Fabrice Gobert ne tire pas grand-chose, à part peut-être de multiples références à La Quatrième dimension.



De Dead Zone à The Twilight Zone



De nombreux épisodes de la série des années 60 semblent avoir inspiré le cinéaste. Dans "Un monde différent", un homme vit une vie satisfaisante, puis il entend "Coupez". Il est en réalité acteur, et mène une vie très morne. Cependant, il croit dur comme fer que la vraie réalité était la première. 

Dans "Peine Capitale", un condamné à mort revit sans cesse son exécution. À chaque fois qu’il revit son cauchemar, tous les personnages sont là, mais jouent d’autres rôles. Sur le même thème, "Le parallèle" mettait en scène un astronaute échoué dans un monde parallèle, où ceux qu’il connaît ont changé de rôle. 

Si seulement deux scénaristes sont crédités pour K.O., Fabrice Gobert et Valentine Arnaud, ils doivent beaucoup à Rod Serling.






Fabrice Gobert, fan de Fincher



Fabrice Gobert est à l'évidence un fan de Fincher. Antoine, dans "sa première vie", organise des combats de boxe. Dans la deuxième, il participe à un club de combat souterrain directement piqué au Fight Club de Fincher.





Problème de K.O. : le pitch nous suggère une machination, un complot, un délire paranoïaque. Lors de l'avant-première, il promettait "un film intime et audacieux", et Laurent Lafitte se réjouissait de jouer autre chose qu'un homme qui divorce ou viole les dames. Or, ce genre de film à double lecture est extrêmement difficile à écrire. Fincher nous proposait, dans The Game (1997) un jeu si élaboré pour "amuser" un homme riche qu'il confine à la machination pour le rendre fou.





Dommage que le scénario de KO soit bancal, car la réalisation est prometteuse (cadrage, symétrie, plans façon Orson Welles). C'est la fin, surtout, qui est décevante. La promesse du pitch doit entraîner un scénario en béton, et Gobert tombe dans la facilité en dernière partie.

Une fin décevante (Attention Spoilers)


La piste du complot au travail était la plus intéressante. On aurait pu abattre Antoine pour lui voler sa place, sa vie. Tout le monde, d'ailleurs, semble profiter de son malheur : sa compagne, sa fille, ses maîtresses, ses collègues. On aurait pu avoir un Corporate à la sauce fantastique, où l'homme à abattre en entreprise le serait au sens littéral. Ce qu'il advient à Ingrid, DRH enceinte qui perd son bébé, nous met également sur la piste d'un complot général pour mettre hors-jeu les dirigeants de la chaîne.


Ingrid (Clotilde Hesme) dans K.O. de Fabrice Gobert
Ingrid (Clotilde Hesme) dans K.O. de Fabrice Gobert


Une fois que Gobert a (presque) réussi à nous faire douter de ce qui arrive à son héros, il propose une fin bateau, paresseuse et très décevante. On entre dans les méandres d'un scénario complexe, mais en fait... Antoine est resté dans le coma tout ce temps, et meurt à la fin, une fois que son drôle de rêve lui ait permis de devenir un homme meilleur. Cette fin est moralisatrice au point que l'on puisse l'interpréter comme suit : Antoine était un vilain monsieur qui, passé par ce purgatoire, gagne son paradis ; il s'excuse auprès de sa maîtresse, regarde sa secrétaire avec plus de douceur et a appris à aimer sa compagne. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, à part celui des scénaristes français, qui ne parviennent pas à travailler suffisamment leur script pour surprendre le spectateur, habitué aux films à chute et à double lecture.

Belle réalisation, bons acteurs, scénario décevant


Ce n'est pas étonnant de la part du showrunner des Revenants, qui avait réalisé une série prometteuse et tenait alors un bon sujet. La fin de la première saison est en queue de poisson, même si elle est joliment filmée. La seconde saison, hélas, est creuse, et son scénario ne tient pas la route.

C'est néanmoins un plaisir de retrouver Clotilde Hesme dans le rôle d'Ingrid (elle jouait la veuve inconsolable dans Les Revenants). Chiara Mastroianni est touchante de sincérité et Laurent Lafitte demeure un bon acteur de thriller.


Dommage pour le scénario de K.O., car Fabrice Gobert est un cinéaste dans l'âme, et sait réaliser des plans intéressants. Mais la phrase de Clouzot selon laquelle il faut une bonne histoire pour faire un film reste, plus que jamais, d'actualité.



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