mardi 1 août 2017

SONG TO SONG, LE JOLI NAUFRAGE DE TERRENCE MALICK





Si j’ai mis tant de temps à écrire sur Song to Song, c’est que je ne savais pas bien quoi dire. Tout, pourtant, était fait pour me plaire : un film musical, ma chère Rooney Mara, le beau Ryan Gosling, les seventies, et la caméra fluide de Terrence Malick. La bande-annonce du film me faisait rêver d’avance. 






Elle promettait du rythme, du désir, de l’amour, de la jeunesse et de la folie. On était en droit d’attendre deux couples qui se croisent, s’aiment et se haïssent, et un beau sujet sur la jalousie, bien sûr. Peut-être même une aventure de road movie. Il n’en est rien.


Promesses non tenues


Pendant les premières minutes, je me suis laissé emporter par la beauté des plans et la musique diffuse.

Le pitch nous vendait très bien le film :



Une histoire d'amour moderne, sur la scène musicale d'Austin au Texas, deux couples - d'un côté Faye et le chanteur BV, et de l'autre un magnat de l'industrie musicale et une serveuse - voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock'n'roll fait de séduction et de trahison.

Pour la première fois, le synopsis Allociné semble dire davantage que le film, tant sa vacuité est palpable. Je veux bien que l’on fasse du cinéma expérimental, je suis même sa première fan. Mais quand le réalisateur semble aussi perdu que ses personnages (et donc ses acteurs) que dire de l’ensemble, à part que l’on s’ennuie ? Je ne peux m’empêcher de penser à ce que j’écrivais au sujet de Valérian, en reprochant à Besson de ne pas connaître les bases de l’écriture scénaristique, je peux dire quasiment la même chose pour Song to Song


Les rapports entre les personnages sont flous. Quel est exactement le rôle de Cate Blanchett dans ce naufrage joliment filmé ?





Mystère. La Ligne rouge était un film complexe, métaphysique, mais on ne se demandait pas qui était le héros ni quel était son but. Lui se le demandait, et ça suffisait bien.

Et puis il y a un second couple dans ce naufrage, incarné par Michael Fassbender et Nathalie Portman. Mais ce couple, on le voit à peine. La gémellité établie entre Rooney Mara et Nathalie Portman ajoute à la confusion de l'ensemble.

J’hésite même, du coup, à aller voir Voyage of Time, qui me séduisait pourtant d’emblée.






Song to Song n’est jamais qu’un long flirt entre Ryan Gosling et Rooney Mara. C’est déjà ce que je reprochais à La La Land, où le couple - cette fois avec Emma Stone - n’en finissait pas de tomber amoureux. Mais La La Land, au moins, racontait une histoire, aussi convenue soit-elle. Malick a 73 ans, et plus grand-chose à prouver. Est-ce qu’il se contente, comme Godard, d’expérimentations qui ressemblent à des errances cinématographiques, en comptant sur l’intelligentsia pour en dire du bien ?

Cette situation me rappelle un passage du film PROFS, film loin d’être extraordinaire, mais qui reste amusant. Il mettait en scène les profs farfelus d’un lycée.



Cours de dessin. Les élèves peignent. De l’art abstrait, semble-t-il. Le prof de dessin (excellent Luchini) passe dans les rangs, et s’arrête devant la toile d’un élève qui paraît perdu.
- Qu’est-ce que c’est, ça ?
- Je sais pas.
- Vous attendez peut-être que je vous le dise ? Faire le con en espérant que celui qui regardera sera intelligent, c’est bon quand on est célèbre. Pour vous, c’est encore trop tôt.

Song to Song correspond très bien à l’ironie de Luchini dans le film. Malick attend-il qu’un critique éclairé lui dise de quoi parle son film ? Est-ce à moi, qui aime tant interpréter les films prise de tête, de le dire à mes lecteurs ? Le film de Malick n’est ni bon ni mauvais. En quelque sorte, il n’est pas.



Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :



  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire