samedi 30 septembre 2017

ÇA : LE BALLON ROUGE






Attention, le clown revient.




Il vous foutait les jetons quand il passait sur M6 entre deux pubs pour liquide vaisselle ? A moi aussi. A l’époque, il était incarné par Tim Curry, celui qui jouait le travesti dans le Rocky Horror Picture Show. Dans l’adaptation de Ça en 1990, il foutait la trouille avec du bon vieux maquillage et un ballon rouge. En 2017, c’est Bill Skarsgard qui reprend le rôle. Vu que son dernier rôle était dans Divergente 3, on comprend qu’il préfère se cacher derrière un masque.

Il n’est pas mauvais en clown tueur, mais ressemble quand-même à un travelo avec des dents de lapin.






Regardez-moi Ça


Le titre du téléfilm français était « Il » est revenu, et traduisait le It anglophone. It, en anglais, c’est à la fois ce qu’on ne peut pas nommer et ce qui désigne tout. Le clown fait trop peur pour qu’on puisse lui donner un nom, et en même temps, comme l'épouvantard dans Harry Potter, il prend la forme de ce qui vous fout le plus les jetons : une araignée géante, un serpent à sonnette, la gueule de Christine Boutin.

En psychanalyse, le ça est le monde des pulsions et des instincts primaires, ce qui nous fait agir avec nos tripes plutôt qu’avec la tête. C’est aussi la psychanalyse qui nous dit pourquoi on a peur des clowns : ce qui fait peur, c'est le masque, ou plutôt ce qui se cache derrière le masque. Le clown, avec son visage grotesque et son ballon rouge, est à la fois amical et hostile : il envoie des signaux contradictoires, et représente une sourde menace.





Avoir peur, c’est répondre à cette menace ambiguë, très bien rendue par le clown de King, farceur au ballon rouge - le ballon rouge est empli de sang. C’était aussi un symbole dans Sixième Sens de Shyamalan, quand Cole, le petit garçon, monte lentement l’escalier vers une chambre où se cache un fantôme.






Le cinéma aime les clowns



Le cinéma se passionne depuis longtemps pour les clowns meurtriers. L’un des plus réussis reste celui-là...



Mais le cinéma a aussi produit de merveilleux nanars sur les clowns. Le plus mémorable s’appelle Les Clowns tueurs venus d'ailleurs. Oui, c'est le vrai titre.

Comment vous résumer Les Clowns tueurs venus d'ailleurs ?
Le mieux, c'est de laisser Debbie, héroïne du film, raconter son histoire :

Le flic : Assieds-toi, et commence par le commencement, tu veux ?

Debbie : Très bien. Alors voilà, on était tous les deux dans le jardin public, et on a vu passer une étoile filante, alors on a décidé d’aller à sa recherche. Mais au lieu de trouver le météorite, on est tombé sur un chapiteau de cirque, et on est entré à l’intérieur, et c’est là qu’on a vu ces deux personnes dans ces barbes à papa roses ressemblant à des cocons ! Je te jure, ce n’était pas un chapiteau de cirque, c’était autre chose.

Le flic : Quoi ? Quoi ?
 

Mike : Un vaisseau spatial. Et il y avait ces choses, des espèces de clowns tueurs, et ils nous ont envoyé du pop corn ! On est parti juste à temps.

Ah, les nanars des années 80, avec leurs dialogues subtils et les brushing permanentés qui vont avec. 






Comme pour tous les nanars, la VF est encore plus épatante que la VO.

En parlant de VF, celle du téléfilm Il est revenu devait beaucoup à la performance de Jacques Ciron, grand acteur de doublage qui faisait la voix de Grippe-Sou. Pour la petite histoire, toujours du côté effrayant, il annonce les instructions dans l'attraction la Tour de la terreur à Disneyland Paris, inspirée de La Quatrième dimension.








Film de potes ou film d'horreur ?



Alors, la question à 10 000 euros : est-ce que Ça... fait peur ?


Pas si sûr. Les dents du clown dans la première scène gore sont vaguement ridicules, et rappellent justement les nanars cités plus haut. Ça, c’est un peu comme Les Dents de la mer : c’est le monstre qui fout le film par terre. Dommage, parce que Andy Muschietti rend par ailleurs très bien l’esprit de King.

Stephen King nous parle souvent dans ses romans d’une bande de copains. Dans Ça, il s’agit des 7 veinards : ils vont se serrer les coudes pour vaincre le clown meurtrier. 




Les 7 veinards dans Ça d'Andy Muschetti
Les 7 veinards dans Ça d'Andy Muschietti (2017)

Dans "Le Corps," nouvelle du même auteur, une bande de gamins part à la recherche d’un pote disparu. Cette nouvelle a été adaptée par Rob Reiner en 86, sous le titre de Stand by me



Les copains de Stand by me, de Rob Reiner (1986)
Les copains de Stand by me, de Rob Reiner (1986)


Le ton et la photographie du film Ça rappellent beaucoup le film de Rob Reiner. Le thème des enfants partis à vélo chercher un copain disparu a été repris récemment dans l’excellente série Stranger Things



Les potes de Stranger Things
Les potes de Stranger Things


Andy Muschietti est cinéphile, et connaît bien ses classiques, notamment les grandes adaptations de King au cinéma. La scène où Beverly, fille de la bande, se retrouve couverte de sang dans sa salle de bains, rappelle le personnage de Carrie dans l’adaptation de de Palma en 76. L’un des méchants du film, Patrick, qui harcèle les 7 veinards, est le portrait craché d’une brute dans une autre adaptation de King : Christine, de John Carpenter.







Muschetti nous offre donc une reconstitution sympa des années 80. Seul problème : il veut à la fois rendre hommage aux films des années 80 loués dans les vidéo club, et plaire à un public ado d'aujourd'hui fan d'Annabelle. Du coup, il se perd en ruptures de ton, jusque dans la bande originale. Il n’arrive pas à choisir entre le film d'horreur et le film de potes. Ça vous fera peur si vous aimez les jump scares, ces scènes d’horreur un peu faciles qui font sursauter. Mais le scénario manque de suspense.


Qu'est ce que Ça change ?


Il y a quand-même de bons côtés dans cette nouvelle version, comme des dialogues à double sens. Billy, au début du film, a la crève, et dit à Georgie, son petit frère : I’m dying, ce qui veut dire "J’agonise". Georgie, lui, ne veut pas perdre le bateau confectionné par son frère, et dit au clown : "Je ne peux pas repartir sans, Billy me tuerait." Toujours côté dialogues, les vannes entre les enfants sont aussi très drôles.

Le téléfilm de 90 était en deux parties, chacune d’une heure et demi. Le film Ça sera aussi en deux parties, chacune de 2h15 : le bon côté de faire plus long ? Mieux connaître chacun des 7 Veinards, quand la première version insistait beaucoup sur Billy et Beverly. 







Beverly, en 2017, n’a plus rien de la petite fille sage du téléfilm. 

Elle est plus courageuse que les garçons, et devient même chef de bande. Elle tient tête à son père de manière plus efficace aussi. On se rend compte que chez la plupart des ados du film, vaincre ses peurs, c’est d’abord tenir tête aux parents. C’est le cas pour Eddie et sa mère envahissante. Muschietti met davantage en lumière Mike et Stan. Il rend aussi justice au méchant Henry Bowers, chef de bande des caïds, en montrant son rapport au père.

Pour en savoir plus sur le clown tueur et les enfants qui le combattent, le mieux, bien sûr, est de lire le roman de King.




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