lundi 30 octobre 2017

AU REVOIR LÀ-HAUT : UN MONUMENT








Quelle connerie, la guerre

Les mots de Prévert résonnaient en moi à regarder Au Revoir là-haut, surtout sa première partie, terrible, au coeur des tranchées. Je faillis pleurer, après avoir vu un soldat propulsé dans les airs par un obus.

Je fus agacée d'abord par la réalisation si proche de Jeunet : son vert caractéristique, sa photo, ses focales courtes. Difficile de ne pas penser à Un Long dimanche de fiançailles (2003) où Dupontel jouait déjà un soldat qui contait son histoire :




Je me suis laissée emporter par le récit d'Albert Maillard, ancien combattant de la Grande Guerre. Il raconte à un policier son histoire, celle d'une arnaque formidable. Mais d'abord d'une amitié.

Maillard, en pleine guerre des tranchées, a la vie sauve grâce à un tout jeune homme, Edouard Péricourt, davantage artiste que soldat.


Edouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart et Albert Maillard (Albert Dupontel)


A peine Péricourt a-t-il sorti Maillard de son trou qu'il se prend un éclat d'obus en pleine face. Il se retrouve mutilé. Peut-être pas autant que le héros de Johnny Got his Gun, mais quand même.



Nahuel Perez Biscayart dans Au Revoir là-haut mutilé visage

Quand les médecins des années 20 lui proposent une chirurgie faciale douteuse, il leur dit...


Nahuel Perez Biscayart dans Au Revoir là-haut je vous dis merde


Parce qu'il est artiste, Edouard parviendra à se reconstituer lui-même un visage.


Nahuel Perez Biscayart dans Au Revoir là-haut masque

Le talent de Dupontel est d'allier avec délicatesse le drame et l'humour. Certaines répliques sont mémorables, comme :


Si j'ai appris quelque chose à la guerre, c'est de taper sur des gens qui m'avaient rien fait. 

Dupontel joue toujours aussi bien les grands naïfs (il adoptait le même ton dans Neuf Mois ferme, en criminel sentimental). C'est une joie de revoir Niels Arestrup à l'écran, qui semble abonné aux films de guerre. 

Enfin, je dis film de guerre. Comme dans le chef-d'oeuvre de Trumbo, Johnny Got his Gun, il s'agit moins de montrer le champ de bataille que l'absurdité des conséquences de la guerre : hommes mutilés et traumatismes terribles. Au Revoir là-haut est un drame magnifique qui, comme le livre de Pierre Lemaitre qui obtint le prix Goncourt en 2013, met en lumière un conflit père-fils à valeur universelle.



Au Revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013


Au Revoir là-haut est un film à voir et revoir, pour la finesse de son jeu, pour sa beauté visuelle. Touchant, étonnant, il installe Nahuel Pérez Biscayart au rang d'immense acteur. 

Merveilleusement mis en scène, Au Revoir là-haut nous donne une nouvelle image des Poilus, par la voie de l'intime. Il faut toujours raconter la grande Histoire par le truchement de la petite. Albert Dupontel l'explique très bien lui-même :





Courez voir Au Revoir là-haut, bijou français de cette année 2017.



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