dimanche 28 janvier 2018

WONDER WHEEL, DE WOODY ALLEN : LA ROUE TOURNE À VIDE







Cher Woody,

Hier soir, j'ai revu Prends l'oseille et tire-toi, et découvert l'un de tes anciens scénarios, Tombe les filles et tais-toi. Pour me consoler. Oui, j'ai dû me consoler de Wonder Wheel, 1h40 d'ennui total. Pourtant, au générique, noms des acteurs dans l'ordre alphabétique, écrits blancs sur noir, mon coeur s'exaltait. Le nouveau Woody, le nouveau Woody ! répétais-je comme une gosse, comme l'on se réjouit du Beaujolais nouveau ou du matin de Noël.





Wonder Wheel suit le personnage de Kate Winslet, Ginny (tu es toujours fan de Ginger Rogers, hein ?) actrice ratée devenue serveuse, mal mariée à un forain (James Belushi, méconnaissable.) Elle a un fils d'un premier mariage, petit gars pyromane qui a désespérément besoin d'un psy. Y a-t-il un film de toi qui ne parle pas psychanalyse ? Guerre et Amour et Bananas, peut-être.

Et puis il y a le beau maître-nageur, Mickey (Justin Timberlake). Et Ginny voudrait qu'il la sauve de la noyade, cette vie morne où elle s'est enfermée.

C'est alors que Juno Temple débarque. Et quand Juno Temple débarque, je suis habituellement charmée. Elle est recherchée par des gangsters, et se réfugie chez son père forain pour leur échapper.

Nous sommes donc à Coney Island dans les années 50. Je sais que tu es un peu coincé dans les années 50, nostalgie de ta jeunesse oblige. Mais Woody... Comme pour Magic in the Moonlight, il n'y a guère que la photo à retenir de Wonder Wheel. Que fais-tu de la fête foraine qui te sert de décor ? Rien. Du milieu forain qui inspira les plus grands cinéastes, de Fritz Lang pour Liliom à Fellini pour La Strada, en passant par Tod Browning pour Freaks


Juno Temple (Carolina) perdue dans Coney Island
Juno Temple (Carolina) perdue dans Coney Island



Ginny (Kate Winslet, habituellement remarquable) se plaint sans cesse du bruit de la fête foraine, mais cela n'ajoute rien à ton scénario. Dans Annie Hall, le petit garçon vivait au dessus des montagnes russes, ce qui faisait trembler sa maison et le rendait nerveux. Où est ton inventivité, Woody ?

Que fais-tu du fils pyromane, Richie ? Rien, à part quelques jolis plans où le feu s'emballe.

Les gangsters ? On les voit à peine, et ils servent juste d'excuse à ponctuer la fin du film. Ton triangle amoureux ? On en retiendra rien, pas une réplique savoureuse (dont pourtant tu avais le secret) pas une situation rocambolesque qui a fait le succès de tes grands films. Tout se traîne sur ton Coney Island de pacotille. Pas une fois on tremble pour Ginny et sa liaison, dont le mari pourrait tout découvrir. Le mari, parlons-en. James Belushi se retrouve affublé d'un marcel, comme un autre ivrogne et époux indigne dans l'un de tes vieux films : La Rose Pourpre du Caire

Le recyclage ne s'arrête pas là, hélas. Richie, petit rouquin, ne vaut pas tes alter ego enfants dans Annie Hall ou Prends l'oseille et tire-toi. Juno Temple, fille en détresse qui se retrouve sur le palier d'un homme bougon, c'est une redite de la merveilleuse cruche de Whatever Works. Ah oui, sans oublier la hippie de ta série ratée, Crisis in Six Scenes.

Avec ton couple d'ivrognes, leurs maux de tête et leur vie rustre, tu voudrais faire du Tennessee Williams sans y parvenir. Wonder Wheel, par moments, apparaît comme du théâtre filmé. Bien filmé, mais long et morne, comme les vies qu'il met en scène.

Quant à la manière de courtiser les dames, elle n'a pas changé d'un iota depuis Hannah et ses soeurs, qui date quand même de 86. Justin Timberlake drague Juno Temple à coups de bouquins, à la manière d'Elliot pour Lee.


Justin Timberlake en maître-nageur dans le dernier Woody Allen
Justin Timberlake en maître-nageur dans le dernier Woody Allen



Oui, tu te recycles, et en un sens, on ne peut pas vraiment te le reprocher, après une cinquantaine de longs métrages. Devant Wonder Wheel, je me suis souvenue d'un bon documentaire que j'avais vu sur ta vie et ton travail.





Dès cette bande-annonce, on te voit user de post-it, et copier-coller des bouts de scénarios et répliques qui te plaisent pour créer une histoire. Eh bien, devant Wonder Wheel, je t'imaginais reprendre tes vieux scénarios et les découper, les agencer autrement, pour faire croire à un nouveau film. Je t'aime tant, Woody, et tu m'as déçue tant de fois.

Pour moi, Hannah et ses soeurs reste ton meilleur film. Wonder Wheel est quasiment le plus mauvais. Je dis quasiment, parce que Vous Rencontrerez un bel et sombre inconnu est de loin le plus épouvantable. 

Je me fais toujours avoir, en bonne fan con. Tes films, je vais les voir tous les ans. Mais cette fois... ton prochain film, A Rainy Day in New York, ne me tente pas du tout. Ça ressemble à du Woody Allen qui se laisse aller : encore New York, encore une affiche alléchante avec les stars montantes du moment. Mais guère plus, sans doute.

Prouve-moi le contraire, Woody. Fais-moi rêver à nouveau.




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