dimanche 15 avril 2018

TOMB RAIDER : LES AVENTURES D'INDIANA JANE


Alicia Vikander dans Tomb Raider de Roar Uthaug (2018)




Par Tim Bullock


À la base, c’est une histoire simple sans beaucoup d’originalité ; couplé en outre à une nouvelle quête du père (vous avez remarqué que les héros recherchent rarement leurs mères ?). Tomb Raider se présente comme un nouveau film d’action/aventure. C’est un peu plus que cela.

Une vision moins sexiste de Lara Croft


Tomb Raider cuvée 2018 a ceci d’intéressant qu’il s’agit d’un retour aux sources. Le jeu vidéo est sorti pour la 1ère fois en 1996 et s’est vu adapté en 2001 et 2003. Le nouveau film se base cependant sur une version du jeu de 2016. Ce qui change ? Lara Croft pour commencer ! Finie l’image ultra-érotisée qu’Angelina Jolie avait portée à l’écran.


Lara Croft (Angelina Jolie) dans Lara Croft : Tomb Raider, réalisé par Simon West (2001)
Lara Croft (Angelina Jolie) dans Lara Croft : Tomb Raider, réalisé par Simon West (2001)

Alicia Vikander intègre une dimension moins voluptueuse et abandonne le short moulant pour un pantalon. Ce n’est pas un simple détail car la bombe sexuelle qui donnait des suées aux geeks est remplacée par une "vraie femme" (comprendre, avec un physique un peu moins fantasmagorique). Il y a davantage de réalisme et donc moins de sexisme. Ça ne va pas loin mais c’est un début.

Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider, réalisé par Roar Uthaug (2018)
Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider, réalisé par Roar Uthaug (2018)



Un surréalisme assumé


Ce qui change aussi, c’est la distanciation que prend Tomb Raider par rapport à lui-même. Ainsi, alors que Lara vient d’échapper à deux périls mortels et qu’elle croit pouvoir profiter d’un peu de repos, un troisième péril mortel pointe le bout de son nez ! Et la jeune femme de jeter un "Sérieux ?" incrédule et légèrement agacé. Le scénario assume pleinement le côté surréaliste de son propos.

Joint à plus d’humour que dans les opus précédents, cela confère un peu de légèreté au propos. Cela lui retire également de l’originalité puisque le tandem action/humour est un cocktail déposé au moins depuis Bruce Willis et Piège de cristal (1988) !

Bruce Willis dans Piège de cristal, réalisé par John McTiernan (1988)
Bruce Willis dans Piège de cristal, réalisé par John McTiernan (1988)


C’est ce côté "au-delà du réel" qui faisait la force de la version Angelina Jolie. En ramenant Lara Croft vers le monde des simples mortels, Tomb Raider se banalise.


Un film d'aventures classique mais efficace

Tomb Raider, c’est de l’aventure. Pour la lancer, le scénario choisit la facilité : la quête d’un artefact maléfique capable de plonger le monde dans la mort. Encore un péril mortel, ça devient lassant ! Pour le coup, doubler cette quête d’une quête du père (dans le top 5 des MacGuffin les plus clichés du cinéma) s’avère plus intéressant puisque c’est réellement la seconde qui motive Lara. La "pilleuse de tombe" (traduction littérale du titre) s’en tamponne pas mal de l’objet de la recherche ; classique mais efficace quête des origines.

Lord Richard Croft (Dominic West) dans Tomb Raider
Lord Richard Croft (Dominic West) dans Tomb Raider

Chercher quelqu’un, c’est aussi se chercher soi-même. Voilà qui distingue Lara Croft de cet autre pilleur de tombe qu’est Indiana Jones. Même si celui-ci a aussi cherché son père. Bon, la combo artefact de pouvoir-quête du père de Tomb Raider est un marronnier du film d'aventure, c'était déjà le cas l’année dernière avec Pirates des Caraïbes 5 et le personnage de Kaya Scodelario

Kaya Scodelario dans Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)
Kaya Scodelario dans Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)


Quand l’action est lancée, Tomb Raider déroule sans faiblir, niveau rythme. Lara fait du vélo. Lara fait du bateau. Lara court. Lara saute. Lara nage. Lara tire à l’arc... De chaque plan, Alicia Vikander assure sa part de travail et compose une très convaincante Lara Croft, plus sensible, plus faillible mais tout aussi efficace qu’Angelina Jolie. Néanmoins, cela n’enlève pas le côté "catalogue d’images" que l’on peut ressentir. Un peu comme si les scénaristes avaient coché les cases du scénario de film d’action standard (et en fait, au vu de leurs CV, deux des trois scénaristes écrivent majoritairement des blockbusters d’action).

Lu Ren (Daniel Wu) et Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider
Lu Ren (Daniel Wu) et Katniss... euh pardon Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider



Pour un film d’aventure comme Tomb Raider, c’est mieux de mettre le prix dans les décors. Sur ce coup-là, c’est honorable. Si l’île est assez basique, l’architecture du tombeau est très bien faite. Impossible cependant de ne pas sourire devant ces mécanismes pluriséculaires (à moins de mille ans d’âge, la cuvée n’est pas un millésime) qui s’ouvrent bien gentiment ou devant ces pièges à usage unique, classiques qui ne déçoivent jamais : sors de ce corps Indiana Jones !

Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider
Lara Croft (Alicia Vikander) dans Tomb Raider



Un méchant en demi-teinte


Côté interprètes, rien d’époustouflant. Dominic West s’en tire plutôt bien en Lord Richard Croft. Il joue sobrement pour donner plus de force à l’émotion qu’éprouve un père devant sa fille (même si celle-ci n’en a fait qu’à sa tête mais il fallait bien lancer le film), mais aussi pour rendre l’instabilité d’une psyché frappée par une quête improbable et des épreuves bien réelles. Walton Goggins en Mathias Vogel est par contre décevant à force d’être prévisible.

Mathias Vogel (Walton Goggins) dans Tomb Raider
Mathias Vogel (Walton Goggins) dans Tomb Raider


Ian Glen dans le premier volet avait bien plus de classe. Et dans le deuxième, c’était Gérard Butler qui… bon, en fait Walton Goggins, finalement, ce n’est pas si mal… N’oublions pas de remercier Kristin Scott Thomas venue chercher son chèque de retraite.



Agréable, sans plus

Tomb Raider
est donc un très honnête film d’aventure qui revient en arrière pour mieux aller de l’avant. Alicia Vikander est une interprète très intéressante pour une Lara Croft plus réaliste et plus sensible.

Roar Uthaug (au centre), réalisateur de Tomb Raider
Roar Uthaug (au centre), réalisateur de Tomb Raider

Le film n’évite toutefois pas l’écueil du manque d’originalité. Agréable à regarder certainement mais pas beaucoup plus.




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