dimanche 22 juin 2014

CÉSARS 2014: LE TRIOMPHE GALLIENNE


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Cinq césars pour Les Garçons et Guillaume, à table ! un pour La Vie d'Adèle, un autre pour L'Inconnu du lac, en tout sept césars pour trois films traitant ouvertement d'homosexualité. Découverte de l'autre et de soi, éveil du désir et quête d'identité, le temps où le cinéma gay était réservé à de rares festivals et des films indépendants est loin derrière nous. Les gays sortent du placard cinématographique.

Guillaume Gallienne a habilement déjoué les attentes du spectateur : plutôt qu'un garçon qui se découvre homosexuel, il a raconté l'histoire d'un jeune homme que l'on suppose gay et qui se découvre hétéro. Comédie fine sur l'enfance, l'adolescence, les clichés de la virilité, et au final l'un des plus beaux hommages aux femmes que l'on ait pu voir au cinéma, Les Garçons et Guillaume, à table ! fait rire, réfléchir, et émeut dans un couple mère-fils inoubliable incarné par le même acteur. La difficulté, cependant, réside dans la lecture que certains spectateurs feront du film : des parents inquiets courront peut-être vers leur fils homosexuel pour lui dire « Tu vois, mon fils, si ça se trouve, tu es comme Guillaume Gallienne : tu penses être homo, mais c'est parce que tu n'as pas encore trouvé de jeune fille qui te plaise. » Non pas que ce fût l'intention de Gallienne, qui a eu le courage d'affirmer sa bisexualité. Il a fait un film sincère qui aidera sans doute d'autres jeunes gens : ceux qui, un peu efféminés, sont pris pour des homosexuels alors qu'ils préfèrent les femmes.

Parlons des femmes, justement. Le cinéma s'est très peu penché sur l'homosexualité féminine. When Night is Falling en 1995 racontait la vie d'une femme pieuse tombant amoureuse d'une artiste de cirque, dans un film à l'esthétique délicate. 

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Bound, l'année suivante, ajoutait un charme sulfureux à la relation féminine. Côté français, fort peu de choses, à part Gazon Maudit, toujours en 1995, empli de clichés, tout comme Pédale Douce, sorti la même année.

Dix ans plus tard, c'est Ang Lee, avec Le Secret de Brokeback Mountain, qui montrera un couple d'hommes avec finesse et sensibilité. Hedwig and the Angry Inch, peu connu mais très réussi, remarqué au festival de Sundance en 2001, posait la question de la transsexualité, dans un film rock haut en couleurs, adapté d'un spectacle de Broadway.

D'autres films mettent en scène des homosexuels qui ont marqué l'Histoire, comme Harvey Milk, Oscar Wilde, Truman Capote ou Frida Khalo (bisexuelle.)

Mais qu'en est-il des anonymes ? Les Invisibles leur rendait hommage en 2012. La Vie en rose, c'était l'enfance d'un garçon qui se rêvait petite fille, Tomboy, celle d'une petite fille qui se rêvait garçon. Dans Boys Don't Cry, Teena Brian se faisait appeler Brian Teena.

La Vie d'Adèle marque une vraie rupture dans le cinéma français. Ce n'est pas seulement l'éducation sentimentale d'une adolescente et son désir pour une jeune fille. La Vie d'Adèle est un film sur le couple. Un couple qui s'aime, se déchire, se jalouse, un couple comme les autres dans une passion féminine.

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Bien des hétéros se reconnaîtront dans Adèle et Emma: l'éveil du désir, son sommet, son déclin. Les scènes de sexe, très crues, peuvent bien sûr déranger, mais ont au moins le mérite de montrer que le plaisir d'une femme peut exister sans pénis. Chapeau bas aux actrices, toutes deux hétéros, pour leur interprétation. Adèle Exarchopoulos n'aura pas volé son césar. Il est intéressant de noter que le César du meilleur espoir masculin ait été attribué à Pierre Deladonchamps, qui incarne également un jeune gay dans L'Inconnu du lac.

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Doit-on regretter que La Vie d'Adèle n'ait pas reçu le César du meilleur film, au profit du long métrage de Guillaume Gallienne ? Rien n'est moins sûr. La Vie d'Adèle est remarquable mais avait déjà été largement salué par la critique et avait obtenu de nombreuses récompenses, dont le prix Louis Delluc et la fameuse Palme d'Or.

Quoi qu'il en soit, les Césars 2014 démontrent que le cinéma gay n'est plus un sous-genre, mais du cinéma tout court, et qu'il peut être du grand cinéma.

2 commentaires:

  1. Bel article,bien construit avec de solides arguments,mais je ne suis pas sur qu'on puisse parler de triomphe.C'est un peu l'arbre qui cache la foret car s'il est vrai que de plus en plus de films osent s'emparer de l'homosexualité,peu ont vraiment du succès en salle.Le Gallienne a bien marché mais ca reste une comédie grand public qui n'aborde pas frontalement les choses(et je ne l'ai pas vu car il m'a l'air assez faible et sentencieux).Le Kechiche doit son(relatif) succès à sa Palme D'Or cannoise et à son immense buzz grâce au clash médiatique Kechiche/Léa Seydoux mais la durée et sa réputation sulfureuse ont fait peur à beaucoup de monde.Les "américains" Brockeback Mountain,Milk,Bound et les autres ne me semblent pas avoir cartonnés non plus chez eux.Quand au seul film qui,selon moi,tient véritablement du cinéma gay("L'inconnu Du Lac,pas vu mais il est dans ma liste),qui en à véritablement entendu parler,et plus encore,veut le voir,à part les vrais cinéphiles?2014 est donc plus l'année de la visibilité(ce qui est dèja une grande avancée en soi) qu'un véritable triomphe.

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    1. Votre point de vue, sur la différence entre le triomphe et la visibilité, se défend. Je suis, je pense, un peu plus optimiste que vous.

      Dommage, cependant, de refuser de voir le film de Gallienne, il est réussi, et pas du tout sentencieux. Résumer le succès de Kechiche à la palme et au buzz médiatique, c'est oublier qu'il a fait un long chemin pour être reconnu par la critique et le public (L'Esquive, La Graine et le mulet notamment.)

      Je suis moins fan de L'Inconnu du lac (une ambiance un peu surfaite, à la Ozon.)

      Bonnes séances !

      Marla

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